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"La Grèce et nous, c’est pareil". Pour F. Bayrou, l’heure est à "l’abandon de l’irresponsabilité"

Interview pour RFI / Le Monde / TV5Monde

, 3 juillet 2011

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Quelques passages de cette interview consacrée à la présidentielle 2012, au Centre, à l’affaiblissement de l’économie française, aux interventions militaires françaises, à la Syrie… et à l’Himalaya de la dette.

Notes partielles. Seul le prononcé fait foi. Interview à écouter sur rfi.fr.

En 2011, la bipolarisation, non seulement ne permettra pas de résoudre les problèmes de la France, mais empêchera de le faire. Parce que les problèmes ont atteint une telle acuité qu’il faudra, pour les résoudre, une majorité nouvelle.

Les Français auraient devant eux, si nous n’existions pas, deux camps, et la moitié (de chacun) des deux camps dit « on va annuler la mondialisation ». Ceci est un mensonge, un leurre qui ne se réalisera pas – sauf à connaître un grand malheur pour la France !

On ne peut entraîner un pays à se réformer, à prendre les décisions qui s’imposent, que si on part de la vérité. Or ça fait des années qu’à chaque campagne électorale, on fait des promesses abusives ! Partir de la vérité, c’est la seule chose qui puisse faire adhérer (les Français) à l’effort national nécessaire pour que la France redevienne le grand pays qu’elle n’aurait pas dû cesser d’être… et que ses enfants aient du boulot !

Vous ne pouvez pas le faire en considérant que la moitié de la France est l’ennemie de l’autre ; parce que ça vous empêche de faire naître cet effort national. La preuve historique, c’est que chaque fois qu’il a fallu entraîner le pays vers sa reconstruction, on a associé des forces diverses : le Conseil National de la Résistance, c’en était un (témoignage) ; quand le général de Gaulle est arrivé, il a fait ça. Chaque fois que (s’) impose un effort exceptionnel, on dit : on va faire taire pour un moment les querelles subalternes, on va associer à l’effort national tous ceux qui acceptent d’aller dans ce sens-là.

Pourquoi l’Allemagne se trouve aujourd’hui dans cette situation enviable, que tout le monde regarde en disant "ce pays nous montre l’exemple" ? Parce qu’au début des années 2000, M. Schröder a mis en place un effort de réformes qu’il a appelé « Agenda 2010 », qui a été soutenu, non pas (seulement) par la gauche, mais par le centre et une partie de la droite allemande, et qui a été suivi par un gouvernement qui a réuni le SPD et la CDU autour de cet effort. La question n’est pas tant celle des combinaisons politiques que celle du projet pour reconstruire le pays. C’est le projet qui doit faire la majorité, et pas la majorité qui doit faire le projet.

En 2012, si je n’étais pas au 2ème tour, probablement je dirais, et nous choisirons ensemble ce que nous ferons. C’est bien la moindre des choses. Je n’ai pas voté pour Nicolas Sarkozy en 2007, habité par la certitude que ses valeurs et sa pratique du pouvoir étaient absolument contradictoires avec ce que la France, comme grand pays, comme peuple, attendait. Donc je ne voulais pas être de la majorité, sachant bien à cette date que Nicolas Sarkozy allait être élu. C’était un choix d’indépendance. Maintenant, ce choix d’indépendance se transforme en choix de construction d’une majorité nouvelle.

La progression de l’extrême-droite, comment vous l’interprétez ?

Les inquiétudes de l’opinion, chaque fois qu’elles grandissent, cherchent des points de fixation : en général un bouc émissaire qui expliquerait, de façon presque magique, toutes les difficultés. Les réponses du Front National, si elles étaient appliquées, seraient un malheur épouvantable.

Dire « c’est la faute des immigrés », c’est dresser les Français les uns contre les autres.

Et si on sort de l’euro, on connaîtra la même misère qu’a connu l’Argentine.

Question sur une candidature à la présidentielle

C’est à partir du mois de janvier que les électeurs se mettent à écouter ce qu’on leur dit, à regarder ceux qui leur parlent. Tout d’un coup ils se posent la question « au fond, quels problèmes doit-on trancher, et qui va-t-on pouvoir suivre pour trancher ces questions ? ».

Aujourd’hui, les problèmes ne sont pas sur la table, les personnalités ne sont pas encore choisies. L’opinion bouge tellement vite, l’actualité bouge si vite, il y a tellement de nuages à l’horizon, qu’il faut seulement être humble et souple !

L’organisation politique de la France empêchera de résoudre les problèmes : il faut donc en sortir, et nous portons le seul projet qui permettra de trouver cette nouvelle organisation.

Je sais que la situation du pays exige des réponses nouvelles – et tous les autres candidats, sans exception, se situent dans le camp de la gauche ou de la droite.

Il existe un espoir, et c’est cet espoir qui doit prendre corps pour que les Français se saisissent de cette élection présidentielle, afin de changer leur destin.

La Grèce a obtenu un nouveau sursis…

La Grèce et nous, c’est pareil. Même pour qui n’aurait aucune foi dans l’idéal européen, par pur égoïsme, il faudrait sauver la Grèce : parce que le tsunami déclenché par une faillite de la Grèce emporterait notre pays. Nous avons à porter un Himalaya de dettes. Elles ne sont supportables — et encore — que parce que nous avons des taux d’intérêt très bas. A l’instant où ils augmenteraient en raison de la faillite de la Grèce, nous ne pourrions plus assumer la charge de notre dette.

Ce qui arrive à la Grèce pourrait arriver à la France ?

Mais évidemment ! Tout le monde le sait. Cela peut arriver à l’Italie, à l’Espagne, au Portugal, à la France. Parce que nous avons laissé s’accumuler les dettes. J’ai faut une campagne en 2007 sur ce sujet… nous y sommes. Nous sommes suspendus à la bonne santé de l’euro auprès des « marchés financiers », c’est-à-dire des prêteurs.

Je pense que c’aurait été la responsabilité du Président de la République d’accompagner la prise de conscience par l’opinion, comme Barack Obama le fait tous les jours, par une démarche de sensibilisation des Français à ce qui se passe autour de nous, aux menaces. Il a choisi de ne pas le faire, pour une raison que je ne comprends pas. Il y a comme une habitude que prennent les dirigeants : penser que c’est à eux de prendre les décisions, et que les peuples suivront. L’idée que je me fais, c’est que, surtout dans une période de crise, les dirigeants doivent rechercher l’appui, le soutien, ou au moins de la compréhension des peuples.

Nicolas Sarkozy, on lui reproche de trop parler !

On ne parle jamais assez de l’essentiel. Pierre Mendès-France a marqué l’histoire de la République, pendant les mois où il en a eu la charge, en étant une fois par semaine auprès des Français pour leur expliquer ce qui se passait, ce qu’il allait faire, dans quel calendrier il allait le faire ; de manière que le peuple soit partie prenante du choix qui le concerne.

Faut-il des politiques fiscales, budgétaires, sociales communes à l’échelle européenne ?

On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. On ne peut pas avoir une monnaie commune et continuer chacun à mentir aux autres pour dissimuler la situation dans laquelle (il) se trouve. (Cela) crée une situation de péril grave pour la monnaie et pour la zone.

Vous iriez jusqu’au fédéralisme ?

M. Trichet a dit qu’il faudrait une autorité budgétaire, un commissaire qui organiserait le dialogue entre les grands argentiers des pays, j’y suis favorable.

On ne peut pas faire « chacun pour soi ».

Le meilleur mot pour l’Europe, ce n’est pas « fédéralisme », qui est très ambigu en France, c’est « coopérative ». L’Europe est une coopérative. Et dans une coopérative, on a un devoir de responsabilité les uns par rapport aux autres.

Ce n’est pas des abandons de pouvoir : c’est l’abandon de l’irresponsabilité. On n’est pas responsable seulement pour soi-même, mais par rapport aux autres !

Nicolas Sarkozy dit que ce n’est pas nécessaire, car il y a déjà beaucoup d’intervenants.

C’est vrai, et il en porte une grande part de responsabilité lui-même ! Quand on a fait le traité de Lisbonne, un traité absolument illisible, on a créé le labyrinthe européen. C’est Nicolas Sarkozy qui l’a fait. Il y a trop d’intervenants : le « chacun pour soi » triomphe. C’est une grave erreur.

J’ai un espoir : je partage le jugement (du) Premier Ministre polonais, Donald Tusk : il faut non seulement sauver la Grèce mais aussi donner un espoir au peuple grec.

Ne présenter l’Europe que comme un matraquage, un coupe-coupe, pour supprimer tout ce qui permet à un peuple de vivre, c’est une très mauvaise affaire.

Un futur Président (devrait annoncer qu’il) y aura de toute façon une cure d’austérité en France ?

Si l’horizon est « cure d’austérité », cela échouera ! On a besoin de quelque chose de complètement différent : c’est de retrouver une dynamique et un équilibre. Les deux !

Il faudra probablement des prélèvements supplémentaires, dépenser moins, si possible tout en maintenant l’effort dans des secteurs essentiels comme l’éducation ; (et aussi) rechercher une dynamique nouvelle.

La France souffre bien entendu parce qu’on a fait des bêtises avec la dette, mais principalement parce que son économie est en train de perdre la bataille, dans quasiment tous les secteurs ! Ce qui fait que nous n’avons, ni l’emploi, ni la richesse ; que nous ne pouvons pas tenir le modèle social. Donc la question, c’est : comment on retrouve la santé du pays ?

Le président de Renault, dans les difficultés de son entreprise, sa rémunération va être de 10 millions d’euros : ce n’est pas raisonnable !

Comment on fait ?

Il y a la fiscalité ! C’est très simple, vous créez des prélèvements, et vous faites en sorte que la conscience publique sache qu’il y a des efforts à faire en bas, et des efforts à faire en haut, y compris au pouvoir ! C’est un minimum de décence.

Ben Laden a été éliminé : les forces de la coalition doivent se retirer le plus rapidement possible ?

C’est la mission : on se retire le plus rapidement possible d’Afghanistan en organisant une transition qui fait que des forces raisonnables prennent le contrôle du pays. Cet enchaînement est toute la difficulté, (que rencontre) Barack Obama lui-même.

Vous approuvez l’annonce du Président Sarkozy ?

Tout à fait ! Je n’ai jamais dit que Nicolas Sarkozy ne faisait que des erreurs ! Il en a fait beaucoup, et je l’ai dit, mais j’ai approuvé la décision en Afghanistan et l’ai voté quand il le fallait.

Nous sommes en Afghanistan depuis 2001, gouvernement Jospin : j’étais dans l’opposition, et j’ai voté pour cette intervention, parce que nous étions liés avec les Etats-Unis par le traité de l’Atlantique Nord, qui fait que quand un de ses membres est attaqué, il est nécessaire que les autres lui portent secours. Et je n’ai jamais regretté cette décision.

Le bilan est maigre ?

Peut-être aurait-il était plus grave si nous n’avions pas été là. Il faut de la responsabilité.

Sur la Libye, le gouvernement va demander au Parlement que l’intervention soit prolongée.

Je soutiendrai le gouvernement dans cette affaire. Si nous n’étions pas intervenus, les démocrates libyens auraient été écrasés et Kadhafi continuerait à parader. Cette intervention a ouvert une nouvelle époque : c’est le moment où les grandes démocraties disent « on ne peut pas faire n’importe quoi ».

La question, c’est : qu’est-ce qu’on fait en Syrie ? Le chèque en blanc signé à M. Bachar el-Assad par les grandes puissances, sous l’influence de la Russie et de la Chine, c’est le droit de torturer et de martyriser le peuple de ceux qui voudraient un peu de liberté. Et ceci est inacceptable.

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