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Corinne Lepage à Copenhague : "Il y a un virage de l’organisation du monde"

, 18 décembre 2009

Vu 2145 fois | 0 commentaire(s) | Noté 4.6/5 par 05 votant(s)

L’eurodéputée MoDem, qui fait partie de la délégation du Parlement Européen, témoigne d’un échec en marche sur toute la ligne... et d’une ligne de front mondiale qui a profondément changé.

Répondant à Christophe Barbier sur LCI au sujet de l’organisation du sommet :

"C’est lamentable ... les ONG ne peuvent plus accéder, la délégation du Parlement européen n’a même pas le droit d’assister en tant qu’observateurs à la plénière. Pour vous dire le degré de démocratie qui règne ici.

- (Christophe Barbier) ... Est-ce qu’on va vers un échec annoncé ?

(Corinne Lepage) Oui, incontestablement, cela va extrêmement mal. Il faut bien comprendre d’abord qu’il y a un virage de l’organisation du monde. Hier en plénière, qui est-ce qui a tenu le haut du pavé en plénière ? La Chine, l’Inde, le Brésil, les 77. L’Europe, là-dedans, un peu absente ; les Etats-Unis, très présents en coulisse.

En fait, il ne se passe plus rien, tout est bloqué. Tout simplement parce que les Etats-Unis ne veulent pas d’un engagement contraignant. Les 77 font d’un Kyoto 2 un blocage absolu. Et les Européens dans tout cela ont beaucoup de mal à parler d’une voix unie.

- Est-ce que Barack Obama est attendu un peu comme le Messie pour débloquer la situation en acceptant des objectifs contraignants pour les Etats-Unis ?

Ce serait une manière de débloquer la situation, mais nous avons quand même à faire à un blocage de la part des 77 qui veulent impérativement un Kyoto 2, et les Américains ne veulent pas en entendre parler. Je pense que Barack Obama ne pourra pas revenir là-dessus.

- Sur les 2° supplémentaires, ne pas dépasser 2°, tout le monde va être d’accord ?...

Mais bien sûr, mais cela fait déjà 2 ans que tout le monde est d’accord sur les "" et sur les "50% en 2050".

Le problème qui était (à traiter) ici, c’est comment on fait ? quels actes ? quelle convention contraignante ? quels objectifs par pays ? quels financements on met en place ? comment on organise ces financements ?

Et sur tout cela, on n’a rien, rien, rien.

Par voie de conséquence, même s’il y a un accord politique, il sera en réalité sur un désaccord, et on aura encore perdu un an.

Quand on entend ici la voix des Maldives, la voix des AOSIS, la voix de tous ceux qui sont aujourd’hui confrontés au changement climatique, on est franchement en colère, notamment contre les climatosceptiques et les pétroliers, qui ont saboté cette conférence dès le départ.

- Combat d’arrière garde de leur part ?

Non, je crois qu’il y a eu beaucoup plus que cela. Le blocage des 77 interpelle beaucoup de gens ici, qui se demandent s’ils veulent vraiment un accord, alors même que l’Afrique est demanderesse et a besoin d’un accord, notamment financier. Il y a beaucoup de choses qu’on ne comprend pas.

- Le Brésil, la Chine, selon vous, sont en train d’emmener ce sommet vers l’échec ?

C’est collectif, il ne faut pas dire que c’est la faute de l’un plus que la faute de l’autre. Même si on peut être sûrs que samedi soir, chacun va se renvoyer la responsabilité de cet échec.

Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a un échec dans l’organisation globale de cette conférence, un échec au niveau de la compétence et un échec au niveau des politiques, qui ne sont pas capables de répondre au besoin premier des peuples qui est celui d’assurer leur survie. Si la politique n’est pas capable de faire ça, alors à quoi sert-elle ?

- Sur l’aide, tout de même on avance ? On parle de 10 milliards de dollars par an ...

Oui, ça c’est bien, c’est sur le court terme. Le problème, c’est les engagements financiers sur le long terme. Les 100 milliards dont on a besoin, qu’est-ce que c’est que 100 milliards par rapport à ce que l’humanité vient de donner aux banques en 2008 ? Vous vous rendez compte ? Ces 100 milliards on ne sait même pas comment on les finance.

Il y avait un espèce de consensus autour d’une taxe sur les transports maritimes et aériens, qui donnerait de l’ordre de 40 milliards ; même ça, c’est remis en cause. L’accord sur les forêts, le RAID, dont on pensait qu’il aboutirait, on n’est pas sûrs qu’il aboutira.

Très franchement, non seulement on on a l’impression de ne plus progresser, mais on a l’impression que là où on pouvait avoir un accord, on est en train de régresser.

- On parlait aussi d’une taxe sur les transactions financières, une nouvelle taxe Tobin ?

Je la soutiens complètement, je fais beaucoup de travail au niveau européen pour essayer de faire en sorte que l’Europe aille dans cette voie, donc je suis tout à fait sur la ligne du président Sarkozy, le seul problème c’est que ce n’est pas dans le sujet, il ne sera pas discuté de cela à Copenhague ...

C’est une question purement financière qui relève plus du G20, s’il pouvait y avoir un engagement

- Nicolas Sarkozy est très attaché à la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement. Est-ce que ce sujet a une chance de venir à la table des chefs d’Etat et d’en sortir validé ?

Il a complètement raison, parce qu’il faut sortir des considérations purement nationales pour aller vers une organisation mondiale. Malheureusement, là aussi, ce n’est pas directement dans la feuille de route de Copenhague.

Tant que nous resterons dans des considérations nationales sans comprendre qu’on est en face du premier problème qui n’est (soluble) qu’à l’échelle planétaire, parce que nous sommes tous interdépendants les uns des autres, si on n’arrive pas à organiser cela, on ne fera rien.

- ... Est-ce que vous en voulez à José Manuel Barroso d’avoir été assez pessimiste dès le début ?

Je ne lui en veux pas ! Le discours de la présidence suédoise hier était un discours très volontariste. L’Europe a fait des efforts considérables. Le problème est que l’Europe ne se fait pas suffisamment entendre ici, alors même que cette conférence onusienne se tient sur le sol européen.

Le cavalier seul de la France n’a pas arrangé les choses. Malheureusement pour le président Sarkozy, il n’est plus président de l’Europe ! Il y a un autre président. Nous aurions tous beaucoup gagné à travailler collectif et non pas individuel.

(Extraits retranscrits approximativement. Pour le texte complet de l’entretien, voir la vidéo sur le site LCI, qui seule fait foi. En fin d’entretien, Corinne Lepage répond aussi à deux questions de politique intérieure sur le MoDem et Europe-Écologie, et sur l’interdiction éventuelle du port de la burqa).

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