« retour à l'accueil France Démocrate, Le journal de la démocratie en mouvement
»«
»«

Contribuer au site Syndiquer le site Impression Contact Plan du site

En lien

Qu’attendre des « think tanks » dans la vie politique ?

, 23 novembre 2009

Vu 2182 fois | 3 commentaire(s) | Noté 4.9/5 par 07 votant(s)

Les « think tanks », laboratoires d’idées « indépendants » (des partis politiques), sont à la mode ces dernières années. À quoi servent-ils ? En quoi se différencient-ils des partis politiques et comment communiquent-ils avec ces derniers ? À côté du modèle dans lequel chacun espère inspirer un parti ou une tendance précise, on pourrait imaginer des think tanks lieux de rencontre et de débats entre partis, pour informer l’opinion publique. Mais dans un cas comme dans l’autre ... pour changer la société, il ne suffit pas de réfléchir, il faut aller aux élections et les gagner.

Selon le site Euractiv.fr (février 2009), "le nombre de think tanks en Europe a plus que quadruplé au cours des dernières années (environ 1200 sur un total de 5000 dans le monde), et ils sont devenus plus actifs et inventifs dans la diffusion des solutions politiques auprès des décideurs. Mais ils risquent de se transformer en groupes de pression, étant confrontés à des questions de financement, d’autonomie et d’innovation."

Certains think tanks sont spécialisés, regroupant des experts dans un domaine (relations internationales, justice, construction européenne, économie, sport, éducation, écologie…), d’autres sont plus généralistes. Sans soutenir officiellement un parti, beaucoup affichent une tendance politique, en faisant la promotion d’idéaux et de politiques publiques. Par exemple Terra Nova, qui comprend notamment les principaux fondateurs de son devancier Les Gracques), annonce vouoir refonder « la matrice idéologique » de la gauche progressiste.

Deux leaders du Mouvement Démocrate viennent de créer leurs clubs : Jean-François Kahn a lancé un club de réflexion « le Crréa » (Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives). Corinne Lepage a annoncé le lancement d’un nouveau « club citoyen », Terre Démocrate, constitué pour deux tiers de membres de la société civile, et dont l’objectif est de « proposer des actions concrètes, sur la base de l’observation des bonnes pratiques dans la société française, en partant de ce qui fonctionne dans la société pour en évaluer la pertinence ».

Selon eux, les partis politiques traditionnels ne permettent pas de changer la société. Leurs structures, leurs modes de gouvernance, leur organisation, leurs luttes de pouvoir ainsi que leurs méthodes de travail ne favorisent pas l’écriture et l’émergence d’un projet de société qui soit véritablement nouveau.

Pourtant le MoDem ne les a jamais empêchés de s’exprimer, bien au contraire. Quel est alors l’apport de leurs clubs ? Pouvoir travailler avec des experts de la vie civile, qui refuseraient de dialoguer avec un parti ? Effectivement, un club de réflexion peut être... un réservoir d’idées, dans lequel les partis sont libres de puiser, sans avoir l’inconvénient de prétendre à des postes d’élus, donc s’affranchissant des contraintes liées aux luttes fratricides de pouvoir.

Mais il n’a aucun moyen d’action directe pour changer la société. Il ne peut qu’exercer un pouvoir d’influence. Alors que le propre d’un parti est non seulement de présenter une offre idéologique, mais aussi d’occuper des postes de décision, aussi bien à l’échelon local que national ou européen. C’est ainsi que fonctionne notre démocratie.

Ces derniers temps, les partis politiques sont critiqués par leur attitude partisane, leur manque d’idéaux, d’imagination, de projet de société. Il est presque mal vu d’appartenir à un parti politique et il vaut mieux le taire dans le milieu professionnel. Une forme de « laïcité politique » est en vogue : défendre des idées, oui, mais pas un parti.

Au final, nous sommes dans un contexte politique où les lignes sont en train de bouger et où tout le monde s’observe. Il y a clairement une demande d’un nouveau projet de société et une nécessité de rassemblement. Il y a aussi des points idéologiques de convergence évidents entre les écologistes, les démocrates et les socialistes. Il serait temps que ces forces politiques dialoguent en public pour faire part de leurs convergences et différences, devant tous les Français, comme l’a proposé François Bayrou.

Et si ces forces politiques se rassemblent au sein de cercles de réflexion pour concrétiser dans le dialogue leurs idées convergentes... ensuite, comment traduiront-ils cette convergence sur la scène politique et dans les urnes ?

Or la politique, c’est aussi des hommes et des femmes qui défendent un idéal et sacrifient beaucoup de leur vie privée, qui subissent avec courage et pugnacité défaites, trahisons, abandons, pour, parfois, arriver à faire gagner leur cause. Nous sommes encore de nombreux militants qui soutenons un homme ou une femme politique et en même temps un idéal incarné par cette personne, sans résumer pour autant notre parti à une organisation au service d’une ambition personnelle.

En conclusion :

- Les think tanks sont utiles mais ne pourront pas remplacer les partis politiques.

- Le dialogue public entre partis politiques est nécessaire et salutaire. Il manque aux Français (quelle nostalgie des débats télévisés, des joutes oratoires des années 1970 et 1980 !). Il peut être favorisé par les think-tanks, lieux de dialogue où peuvent s’exprimer sur des thèmes communs des personnes issues de la vie civile et de différents partis, mais comme ils ne peuvent pas s’exprimer au nom des partis, leur rôle s’arrête là.

- Un grand rassemblement de forces politiques concurrentes et ayant chacune leur sensibilité, mais convergeant sur l’essentiel autour d’un projet de société alternatif, est plus que jamais nécessaire. C’est plutôt à la presse, aux médias, d’organiser la médiation justement, le dialogue public auquel les Français ont droit et qu’ils souhaitent. Pas seulement pour faire de beaux discours sur de belles idées, mais pour gagner ensemble des élections !

Noté 4.9/5 (07 votants)

La réponse de Jourdan

Posté le 12 décembre 2009, à 15h 36mn 00s
Qu’attendre des « think tanks » dans la vie politique ?

Marianne. En voilà un excellent article ! mais oui, je suis bien d’accord avec toi sur toute la ligne ! un" think thank"", aussi bien conçu soit il, ne remplacera jamais un parti politique ; le modem offre avant tout une possibilité humaine de dialogue entre les gens et les militants ; il n’est que d’aller tracter sur les marchés pour voir que les gens se désintéressent rarement du travail politique : un sourire complice, une allure pressée mais qui ne laisse pas indifférent, (plus rarement) une demande d’explication, tous ces échanges sont autant de signes d’un contact humain qui offre une possibilité d’échange amorcée dans un espace public, une lecture silencieuse ou approbatrice, avec ou sans tract d’ailleurs, car la liberté du sujet citoyen, c’est de pouvoir toujours dire oui ou non (ou encore de s’abstenir) au plus profond de soi même (pour les tractages sur le terrain, chacun a sa stratégie .. moi-même, j’ai tendance à aller vite pour mieux aller au contact des gens.). Il reste à espérer que la vie politique hexagonale puisse toujours tourner autour des débats et des enjeux électoraux.La vie d’un parti politique est fondamentale. Tous les échelons de la représentation politique doivent être concrétisés par un tract et je crois que si un parti avait l’idée de supprimer le tract, on assisterait un peu à la disparition de l’essence même des partis politiques, car un parti restera toujours consubstantiel au programme qu’il propose. Pour le reste, il est vrai que les think thanks sont séduisants, mais tout de même, si de telles suggestions peuvent être utiles pour bâtir la réflexion politique, il faut encore croire qu’un parti s’y substituera (ou le complètera) toujours largement, car nous aurons toujours besoin d’élus qui pensent pour animer, gérer et préserver nos territoires. Certaines questions plus techniques peuvent être passionnantes, surtout lorsqu’elles restent concrètes, mais le choix citoyen, c’est d’abord de proposer aux Français qui vivent sur leurs territoires quelques idées générales simples et démocrates, qui font que les hommes vivent avec un sentiment de considération qui justifie leur être le plus intime. Voilà pourquoi le modem à toute sa place dans la vie politique. Bien à toi, Pierre.

La réponse de Laurent Boisseau

Posté le 9 décembre 2009, à 18h 01mn 15s
Qu’attendre des « think tanks » dans la vie politique ?

Tout à fait d’accord avec votre analyse. Comme vous, je déplore la disparition des véritables débats politiques remplacés par des opérations de communication. Et on assiste en même temps à cette désaffection des citoyens pour la politique, avec cette forme de "laïcité politique" comme vous l’exprimez. C’est effectivement par la promotion du débat autour de projets de société, mais aussi leur incarnation par des leaders qui se mettront en position pour les concrétiser par le jeux du scrutin républicain, que nous pourrons inverser cette tendance. Les think tanks ont leur utilité, mais ne pourront jamais remplacer les mouvements politiques qui concourrent à l’expression du suffrage universel.

La réponse de Christophe Lacomba

Posté le 27 novembre 2009, à 16h 27mn 01s
Qu’attendre des « think tanks » dans la vie politique ?

"Nous sommes encore de nombreux militants qui soutenons un homme ou une femme politique et en même temps un idéal incarné par cette personne, sans résumer pour autant notre parti à une organisation au service d’une ambition personnelle" :

Le problème c’est que notre système électoral fait une part de plus en plus belle à l’homme, à la personne du candidat, au grand show à l’américaine. Il fait en sorte que l’élection la plus importante soit la présidentielle, car tout le reste suit (législatives en particulier) pour remettre tous les pouvoirs dans les mains d’un seul homme (le président) et d’une oligarchie (le parti majoritaire et son cercle d’initiés). A l’approche de cette élection (pourtant lointaine), tous ceux qui y pensent en se rasant agissent sous l’emprise de leur ego, au détriment des idées. Le meilleur, celui qui gagnera, ne sera plus celui qui aura avec lui et derrière lui un programme novateur, mais celui qui sera le plus médiatique.

"C’est plutôt à la presse, aux médias, d’organiser la médiation justement, le dialogue public auquel les Français ont droit et qu’ils souhaitent. Pas seulement pour faire de beaux discours sur de belles idées, mais pour gagner ensemble des élections !" : les médias sont aux mains du pouvoir en place, et c’est bien pourquoi ils évitent de mettre en scène des grands débats d’idées. Ils sont aux ordres, et ne doivent surtout pas gratter les vernis. Il est tellement plus excitant pour eux et payant en terme d’audimat d’orchestrer des passes d’armes et des pugilats où volent bas des attaques personnelles entre deux protagonistes (comme ils ont su faire avant les Européennes avec des séries de duels, comme celui Bayrou/Cohn-Bendit). Ils sont convaincus que le peuple demande du pain et des jeux de gladiateurs, pas des débats sereins d’intellectuels, et les annonceurs aussi !

"Les think tanks sont utiles mais ne pourront pas remplacer les partis politiques" : entièrement d’accord... surtout tant qu’on ne changera pas les modes de scrutin, tant qu’on en finira pas avec les cuisines électorales, les petites magouilles, les cumuls de mandats, tant que les partis politiques n’organiseront pas leur mode de désignation de leurs candidats de façon démocratique, tant que leur stratégie électorale ne sera pas élaborée avec un minimum de concertation et de transparence avec les adhérents.

À la Une

Brèves - Voir toutes les brèves S'abonner aux brèves

Le dessin du jour