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Ce n’est pas Bayrou qui a changé, ce sont la droite et la gauche !

, 14 septembre 2009

Vu 2249 fois | 3 commentaire(s) | Noté 4.7/5 par 010 votant(s)

On entend que François Bayrou, Marielle de Sarnez avec le MoDem opéreraient un glissement "à gauche". Or, depuis 20 ans, la gauche et la droite ont changé de coordonnées dans l’espace des valeurs et des leviers d’actions à privilégier. La droite s’est déportée à droite, le Parti socialiste n’est plus socialiste. C’est François Bayrou qui a gardé ses coordonnées.

L’offre publique de dialogue faite par François Bayrou et Marielle de Sarnez à toutes les forces politiques démocrates et progressistes, notamment socialistes et écologistes, qui souhaitent une alternance à la politique actuelle du gouvernement, suscite diverses réactions, positives et chaleureuses pour les uns, embarrassées pour les autres, moqueuses des habituels porte-parole et porte-flingue de la majorité gouvernementale. Elle fait bouger les lignes car elle incite à ouvrir de nouvelles portes, à dévoiler les cartes, à se remettre en question et enfin à parler des sujets de fond devant les Français.

Cette proposition est interprétée par différents médias comme un "glissement" à gauche, voire comme un reniement d’une position passée d’une centre plus proche de la droite. Même Mediapart (article de Mathilde Mathieu) n’y a vu qu’une posture tactique politicienne, sans poser le problème de fond, en disant "Pour éviter qu’écologistes et socialistes fassent une OPA sur le Modem, sorti très affaibli des élections européennes, Bayrou leur a lancé une « offre publique de dialogue », dimanche 6 septembre, en clôture de l’université d’été du mouvement, organisée à La Grande-Motte." Et pourtant, pour François Bayrou, on le lit clairement dans la suite de l’article, la ligne de partage politique est à présent entre « l’idéologie des inégalités » de Nicolas Sarkozy, (...) ceux qui se résignent à voir ce régime, (...) avec ses injustices sociales et démocratiques, durer pendant 10 ans et corroder ce qui fait la France » ; et de l’autre côté, « ceux qui veulent une alternance », ensemble qui s’élargit à "la gauche", aux Ecologistes et au MoDem. Rien de plus clair sur le fond.

François Bayrou, Marielle de Sarnez et autres cadres et militants du Mouvement Démocrates, qu’ils soient anciens de l’UDF ou nouveaux du MoDem, n’ont pas changé pour l’essentiel de valeurs, de fondamentaux. Ils ont fait valoir de nouvelles priorités face à l’urgence climatique et face aux injustices croissantes, mais restent sur l’idéal démocratique, républicain, alliant la liberté d’expression, de création, d’entreprise, une liberté de marché (sous condition de régulation !) et la solidarité, la protection des faibles, un socle de protection sociale et des services publics garantissant l’égalité des chances et l’octroi d’un service à tous et sur tout le territoire non forcément asservi à la rentabilité, notamment dans la santé et dans l’éducation.

En revanche, la droite a changé. Autrefois, la droite était plus conservatrice en termes de valeurs, de morale, d’autorité, de valeur du mérite et du travail. Elle était surtout républicaine. De Gaulle était fervent gardien de ces valeurs républicaines, d’une éthique morale, de l’égalité des chances pour les Français. Le centre, avec Lecanuet et Giscard, ont porté aussi ces valeurs fondamentales. Avec Chirac, la droite était encore républicaine, mais plus teintée de "copains-coquins", de politique de clan, ... Avec l’ère Sarkozy elle a connu une réelle rupture, un alignement au modèle anglo-saxon générateur d’inégalités croissantes, une politique au service des amis du président et des plus fortunés, une atteinte de plus en plus évidente à l’égalité des chances et aux valeurs républicaines, à la démocratie, avec une concentration de tous les pouvoirs, sans respect pour les règles les plus élémentaires de séparation des pouvoirs chères à Montesquieu et indispensables au bon fonctionnement de la démocratie, avec démantèlement progressif ou mise sous tutelle ou sous influence de tous les contre-pouvoirs dont la justice, les médias, et même le Parlement qui n’est plus qu’une chambre d’enregistrement des décisions du gouvernement,... Et la valeur centrale qui domine est l’argent, le culte du profit, la rentabilité au mépris des autres critères, dans une mondialisation où règne la loi du plus fort, où le faible n’est plus protégé, ou le riche devient toujours plus riche et bénéficie de plus en plus d’avantages fiscaux. Et l’emprise de l’Etat, chère à la gauche, est devenue l’apanage de la droite. Et ce qui est en train de s’installer en France, sournoisement et sans dire son nom, c’est un régime autoritaire, autocratique, inégalitaire, qui ne respecte plus les valeurs prônées par l’ancienne droite, et par le centre qui lui était autrefois allié. Oui, la droite a changé, ce n’est plus la même.

La gauche aussi a changé. Autrefois elle était socialiste ou communiste, idéologies basées sur l’égalité entre les hommes, mais … une égalité garantie par une économie administrée, où l’Etat est au centre de tout, collectiviste, liberticide. La gauche a évolué d’abord vers des valeurs "libertaires" sur le plan des mœurs ; puis, avec la perestroïka et la chute du mur de Berlin, le système collectiviste administré a été rejeté. Des pays qui, comme la Chine, se proclament encore communistes, ont adopté le capitalisme - fût-il à capitaux publics - et n’ont gardé du communisme que la dictature du prolétariat. En France, les gouvernements socialistes ont dérégulé la finance, privatisé, facilité le développement de l’activité de marché des traders (à partir des années 1983), mis en place les stock-options (D. Strauss-Kahn), défiscalisé les investissements en œuvres d’art et les bonus (L. Fabius). Même si les tenants de la gauche se proclament plus sociaux et que le parti socialiste n’a pas changé de nom, pensant que le label "social", dans le mot "socialiste", serait la caution de cette idéologie. Le mot de "social-démocratie" a qualifié les modèles de société nordiques, qui présentent plus de redistribution sociale, moins d’inégalités de revenus. Sans le dire, une partie de la gauche, des socialistes, s’est finalement retrouvée dans les valeurs prônées par le centre. Oui, la gauche a changé, ce n’est plus la même.

Alors regardons cette évolution en face et requalifions le repère euclidien droite-gauche, ou mieux encore, au lieu de droite-gauche, appelons les idéologies par leur nom. Revoyons tous ensemble la véritable ligne de clivage, qui doit nous servir de repère pour envisager une alternance. C’est bien celle du choix entre deux modèles de société. Acceptons le pluralisme des mouvements qui représentent une diversité de vues, de préférences quant aux moyens d’action, et qui pourtant peuvent converger sur les valeurs et les priorités.

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement

... et les mots pour le dire viennent aisément.

(Nicolas Boileau, l’Art poétique, 1674)

Noté 4.7/5 (010 votants)

La réponse de citizenet

Posté le 6 octobre 2009, à 15h 49mn 41s
Ce n’est pas Bayrou qui a changé, ce sont la droite et la gauche !

Je pense que François Bayrou aussi a changé, en bien, suivant un autre adage qui dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis, et j’espère que comme la plupart d’entre nous, il n’a pas fini d’évoluer !

Pour reprendre votre citation de Boileau qui se traduit ici par une meilleure concision de votre texte, en comparaison d’autres de vos articles, pertinents mais souvent trop denses pour le lecteur lambda, les citoyens et leurs élus de tous bords conçoivent tous un peu mieux le vrai clivage qui nous divise, qui est de moins en moins ce bipartisme de façade droite/gauche, mais bien une bipolarisation qui n’est pas vraiment nouvelle, mais plus évidente et compréhensible aujourd’hui par une majorité de citoyens.

Cette bipolarisation qui pourrait encore être énoncée clairement par la nécessité impérieuse de réhabiliter la devise Liberté, Egalité, Fraternité, face à une minorité d’oligarques et de puissances financières, qui dans un système capitaliste "débridé" mettent jour après jour en pratique un "slogan" digne du fils de pub Séguéla, tel que Aliénation, Inégalités, Ségrégation, qui s’oppose radicalement à nos esprits républicains et démocrates.

La réponse de Antigone21

Posté le 16 septembre 2009, à 15h 25mn 16s
Ce n’est pas Bayrou qui a changé, ce sont la droite et la gauche !

Rhétorique intéressante mais il semble que Bayrou ait aussi changé. Qu’en est-il en effet de sa fameuse troisième voie ou plutôt de l’autre voie ? Votre analyse parle bien de ligne de clivage. Il s’agit donc d’un retour à une bipolarisation (certes nouvelle peut être) que le MoDem semble bien vouloir intégrer désormais !

La réponse de Christophe Lacomba

Posté le 12 octobre 2009, à 10h 11mn 50s
Ce n’est pas Bayrou qui a changé, ce sont la droite et la gauche !

C’est vrai que la droite a glissé vers l’extrême droite, et ce, depuis pas mal d’années (afin de ratisser l’électorat du F.N.) et en se faisant le chanter du néo-libéralisme (ultra-libéralisme) avec les dommages collatéraux que l’on sait, en particulier les dégats sur le plan humain. Le P.S. aussi s’est droitisé - certains de leurs cadres n’ont plus honte de se proclamer libéraux - et Jospin a perdu les élections de 2002 en faisant une politique de droite, et en privatisant des entreprises.

Il n’empêche : Bayrou a changé de stratégie et de discours. Où est le temps où il disait "ni droite ni gauche", où il pestait contre la bipolarisation de la politique en France, de l’alternance à bascule droite/gauche aux élections, où il défendait la troisième voie.

Nous voilà donc condamnés à nous ranger avec la "gauche", si tant est qu’elle veuille bien du MoDem, devenu insignifiant, tant par son score que par son discours devenu illisible... : peut-être est-ce faute d’avoir à tout prix gardé des élus en les ménageant au lieu d’avoir tenu ferme sur la position d’indépendance et sur la troisème VOIX. Comme aurait dit Jean Lasalle il y a peu : "c’est bien la peine d’avoir mis des années à nous affranchir de la droite pour nous jeter maintenant dans les bras de la gauche".

Beaucoup d’électeurs ont déserté nos rangs quand Bayrou a prononcé son (maladroit) "je ne voterai pas Nicolas Sarkozy. Je sens que beaucoup d’adhérents partiront (s’ils ne sont pas déjà partis...)

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