« retour à l'accueil France Démocrate, Le journal de la démocratie en mouvement
»«
»«

Contribuer au site Syndiquer le site Impression Contact Plan du site

Comment Obama a fait pour l’emporter

Leçons pour des campagnes démocrates gagnantes

, 10 décembre 2008

Vu 3404 fois | 5 commentaire(s) | Noté 5.0/5 par 05 votant(s)

On entend en France des interprétations bien différentes de la campagne Obama. De l’UMP à a gauche, chacun semble y trouver la confirmation de ses conceptions. Voici l’analyse publiée dans le magazine américain Time (titré en ligne "How Obama Did It", par Karen Tumulty, juin 2008, mais je viens de le découvrir en supérette). Reformulée et réinterprétée par votre serviteur, à l’attention des démocrates de France et de Navarre.

Une des plus grosses surprises de la campagne présidentielle 2008, c’est qu’un provincial, un nouveau venu, ait construit ce qui a été, de loin, la meilleure organisation électorale. La campagne Obama avait l’énergie d’une insurrection et l’efficacité d’une entreprise. Même son slogan a tenu toute la campagne ("Change we can believe in").

Challenger de la formidable organisation des Clinton, Obama a expliqué que cette situation le libérait : "Je me suis dit qu’on pouvait s’y prendre autrement, construire une organisation à l’image de ma personnalité, à l’image de ce que le pays me semblait espérer. Nous n’avions pas à désapprendre de mauvaises habitudes."

Quand Betsy Myers a rencontré pour la première fois Obama, il a posé trois principes à celle qui allait devenir sa directrice des opérations : conduire la campagne avec respect ; la construire à partir de la base (bottom up) ; et le tout sans drames. "Il voulait que notre campagne soit gérée comme une entreprise", raconte Myers ; et dans une entreprise, le client est roi. Très tôt, la campagne a ouvert une hotline, avant qu’il y ait beaucoup d’argent. Toute personne qui appelait, de jour comme de nuit, devait entendre quelqu’un au téléphone.

Internet a été un outil essentiel, pas seulement pour collecter des fonds. D’habitude, les fichiers d’électeurs sont tenus secrets. La campagne Obama les a communiqués aux militants. Avec leurs propres ordinateurs et leurs forfaits téléphone illimités, ils contactaient chaque personne après l’autre, et construisaient ainsi une organisation à partir de zéro.

Obama lui-même le reconnaît : "Je ne m’attendais pas à ce qu’internet soit aussi efficace pour structurer le mouvement à la base, à la fois côté financement et côté organisation. C’est sans doute l’une des plus grosses surprises de la campagne : la façon dont notre message a fusionné avec les réseaux sociaux et la communication sur internet".

Il y a eu trois autres facteurs décisifs pour la victoire d’Obama à ces primaires.

1. Susciter un parti flambant neuf

Mobiliser les jeunes, carburer à internet, est-ce que ça allait marcher ? Les caucus de l’Iowa ont été le test en vraie grandeur. D’habitude, qui participe aux caucus ? Des personnes âgées, des syndicalistes, les piliers de parti. Ceux qui ont prêts à sortir de chez eux dans le froid de la nuit, pour parler politique pendant des heures.

Alors, Obama a construit un nouveau parti. Ça n’a pas été facile : c’est seulement le matin des caucus que la campagne a atteint le chiffre qu’elle s’était fixé comme objectif, 97000 personnes engagées à soutenir Obama. Et encore : est-ce qu’elles allaient vraiment se déplacer ?

Elles se sont déplacées - au point de pulvériser les records de participation. "Les moins de 30 ans sont venus aussi nombreux que les plus de 65 ans", raconte Obama, "ça n’était jamais arrivé avant."

2. Porte-clés par porte-clés

Kirk Dornbush est un homme d’affaires d’Atlanta. Il a collecté des millions de dollars pour le parti et les candidats démocrates, au cours des 16 dernières années. Cette fois-ci, il vend des porte-clés à 3 dollars et des tee-shirts à 25 dollars, dans les réunions publiques. La première fois, c’était en Géorgie, "absolument tout est parti. Les gens faisaient la queue. C’était incroyable."

C’est l’autre changement fondamental qu’Obama a apporté : sa campagne partait de la base. Même la collecte de fonds, qui jadis ciblait les grandes fortunes, a été transformée en moyen d’organiser la base. Chaque personne qui achetait un gadget était enregistrée comme donateur - avec son adresse e-mail.

Normalement, ce sont les donateurs importants qui ont droit au précieux temps du candidat. Obama, lui, a consacré bien plus de temps aux réunions de petits donateurs. À la première qu’il ait organisée, 3200 tickets à 25$ ont été vendus - et une organisation locale a ainsi été lancée. "C’est toute la différence entre aller à la chasse" aux gros sous, "et cultiver sa base : si vous plantez une graine, vous récolterez bien plus", explique Matthew Barzun, qui était en charge de cet événement.

"Moi qui ai été animateur de quartier", rappelle Obama, "j’étais convaincu que si vous appelez les gens à s’engager, si vous n’essayez pas de leur vendre votre soupe, mais qu’au contraire vous leur dites ’c’est votre campagne, à vous de jouer’, alors les gens passent à l’action, et on le paysage électoral change."

De la vente de gadgets à la création spontanée de groupes locaux dans toutes les circonscriptions, en passant par la collecte systématique des e-mails, le résultat, c’est que quand le siège envoyait sur place des organisateurs, tout ce qu’il leur restait à faire, c’était de donner le top départ à une campagne déjà conçue et construite localement. "Nous devions faire confiance à la base, c’était clair pour nous dès le début", dit David Plouffe (directeur de campagne).

À l’inverse, la campagne Clinton était top-down, les décisions étaient prises par la petite coterie de ses collaborateurs de toujours. Les consignes envoyées vers le terrain étaient souvent ambiguës. Clinton dépensait beaucoup d’argent sur chaque site où elle faisait campagne, tandis que les militants pro-Obama "organisaient gratis ses victoires dans les caucus", conclut Joe Trippi, ancien de la campagne Dean de 2004.

3. Des gens qui aiment collaborer

Obama a constitué une équipe de gens qui n’avaient, pour la plupart, jamais travaillé ensemble. Les principaux responsables venaient de différentes "écuries" au sein du parti démocrate - et Obama a même confié des postes clés de l’organisation opérationnelle à des cadres venant du privé.

Et pourtant, selon Obama, ils partageaient tous la même approche. "Comme je n’étais pas favori, les gens qui sont venus sont ceux qui croyaient dans le message de notre campagne. Ce n’étaient pas des mercenaires". C’est aussi un choix de tempéraments : "Il fallait avoir une équipe cohérente, des gens qui aiment collaborer plutôt que de se mettre sur la défensive".

Quand le porte-parole de Clinton a gagné 266000$ en un mois, le directeur de la communication d’Obama a été payé 144000$ en un an. Dans les hôtels, les gens de l’équipe Obama dormaient à deux par chambre. Leurs trajets de l’aéroport au siège de campagne étaient remboursés s’ils prenaient les transports en commun - pas le taxi. Les militants venaient avec leur pique-nique.

Contre le rouleau compresseur

Une équipe qui avait tourné à l’énergie militante allait-elle faire le poids contre les Républicains, leur capacité à mobiliser leur base traditionnelle, impressionnante en 2004 ?

Le directeur de campagne de McCain a prédit que non : ce qui avait marché dans les primaires (pour mobiliser les sympathisants) ne marcherait pas pour l’élection générale (sur l’ensemble de l’électorat). Et s’est trompé : l’organisation de la campagne Obama a été un modèle d’efficacité, comparée à celle de McCain.

Obama - conclut la journaliste de Time - "a changé la façon de faire de la politique en Amérique".

Noté 5.0/5 (05 votants)

La réponse de MaxNC

Posté le 30 décembre 2008, à 11h 43mn 24s
Des observateurs... mais peu attentifs !

L’équipe Sarkozy avait envoyé des observateurs pour tout suivre de la campagne de Barrack Obama. Sauront-ils la mettre en oeuvre en 2012 ? Rien n’est moins sur en ce sens que l’UMP semble se couper progressivement de sa base. C’est pourtant elle qui avait fait sa force en 2007.

D’ailleurs, il faut bien reconnaitre que la base est toujours la force première d’un parti politique. Je le répète encore et encore. Mais il semble que les observateurs n’aient pas été réellement attentifs On le voit dans tous les partis politiques français : la base est exaspérée. Au PS, les élections internes ont suscité de vives critiques des militants, notamment sur internet. Au MoDem, j’ai souvent pu lire des critiques envers le manque de consultation et de concertation. Au NC, il semblerait que le BN soit sur le point de décider de ne pas présenter de listes autonomes aux européennes alors même que la base y est très majoritairement favorable (-et je regretterai personnellement ce genre de décision-). A l’UMP, il semble que certaines fédérations soient au bord de la rupture, comme celle de la Gironde ou, plus anciennement, celle de Neuilly...

Voilà donc qui me fait souhaiter que ce message soit entendu. Aussi, en militant Nouveau Centre profondément démocrate, je me permet de citer cette phrase en forme de slogan : "Les adhérents sont notre force"

» Graine de Centriste

La réponse de Claudio Pirrone

Posté le 11 décembre 2008, à 09h 45mn 16s
Comment Obama a fait pour l’emporter

Merci Frédéric. Je répète les mêmes choses depuis mes premiers contacts avec le MoDem en mai 2007, j’espère que ton article sera mieux écouté que je n’ai été jusque là :-)

»

La réponse de Pierre Guillery

Posté le 10 décembre 2008, à 11h 54mn 56s
Comment Obama a fait pour l’emporter

Intéressant article, bien traduit (merci Fred !).

Comme ça devient mon idée fixe, je note le concept "fundraisers pour classes moyennes" : les diners à $25. Super idée. Pourquoi on ne fait pas la même chose en France, enfin au Modem ? Grâce aux explications de Christophe Ginisty, j’ai pris conscience des contraintes législatives sur le financement des partis. Mais là, on devrait avoir le droit, non ?

Petit calcul tout bête, linéaire, ou plutôt une question. Combien pourrait on "lever" si François Bayrou assistait à un "diner de supporters" par semaine, auquel les gens paieraient 30€ pour participer, si les instances locales du parti se donnaient pour objectifs de recruter 200 personnes à chaque diner ? Réponse : 1 million d’euros, sur 3 ans et demi (3,5 x 52 x 200 x 30), soit 182 diners - donc 2 par département d’ici à la prochaine présidentielle. Est ce jouable ? Qu’en pensent les militants sur le terrain ?

La réponse de Claudio Pirrone

Posté le 11 décembre 2008, à 09h 46mn 31s
Comment Obama a fait pour l’emporter

D’accord à 200%

La réponse de ArnaudH

Posté le 10 décembre 2008, à 11h 53mn 16s
Comment Obama a fait pour l’emporter

Très bonne idée de traduire et publier ce texte. Les démocrates en Italie auront lu avec attention, aux démocrates de France et de Navarre...

» Quindi...

À la Une

Brèves - Voir toutes les brèves S'abonner aux brèves

Le dessin du jour