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Diversité et compétences : un dilemme pour le militantisme

Le point de vue d’un démocrate des Alpes-Maritimes

dimanche 30 novembre 2008, par Cédric Augustin

Mettre en œuvre la "diversité" au sein d’un exécutif suppose d’utiliser des critères qui sont illégaux. On est encore loin d’avoir des exécutifs représentants ne serait-ce que la composition du collège électoral.

Le mot diversité peut avoir de nombreuses significations, mais je vais l'utiliser ici lorsqu'il fait écho au mot ségrégation et minorité.

Ce n'est pas la première fois que j'aborde ce sujet, puisqu'en janvier 2007, déjà un billet portait le titre de Diversité. La question est toujours la même : pour résoudre le problème d'une discrimination il faut la mesurer, et pour cela des outils sont nécessaires, en l'espèce, les outils consistent à définir des critères. La question est donc bien de savoir avec quels outils on mesure la discrimination.

Lors du conseil départemental du Mouvement Démocrate 06 (Alpes-Maritimes) qui s'est tenu le 17 novembre 2008, Mustapha Dali[1] a interpellé la présidence sur "l'absence de diversité" qui caractérisait le futur bureau du MoDem 06 dont la liste était soumise au vote des membres du conseil départemental. Si tout le monde a reconnu qu'il eut sûrement été possible de faire plus dans le sens de la "diversité", avec un aimable consensus unanime, aucune solution n'a pu être proposée, et pour cause.

Comment choisir quelqu'un représentant la diversité ?

Pour la parité il est facile de se référer à l'identité d'une personne et donc de connaitre son genre[2]. Même comme cela, alors que ce devrait être facile, un homme, une femme, on dépense une énergie folle pour l'appliquer. Même chose pour l'âge, l'information est disponible et la démarche est assez naturelle lorsque l'on fait attention, encore faut-il disposer d'un panel de militants représentatif.

Mais pour le reste, on y met quoi dans cette fameuse diversité ?

  • La couleur de peau. Ça devrait être facile, il suffit de regarder. Si bien sûr on connait la personne.
  • La religion.
  • L'origine géographique. Il faudra définir si l'on parle de pays, de région, de circonscription ou de quartier.
  • L'origine géographique des parents, voir des grands parents que l'on identifiera par la consonance du nom ou du prénom par exemple.
  • Le handicap. Tous les handicaps sont-ils éligibles ou seulement ceux qui se voient ?
  • L'orientation sexuelle.
  • ...

Bien sûr tous ces critères sont rigoureusement interdits dans un fichier d'adhérents, et leur utilisation en contradiction totale avec les principes de notre république française. Les utiliser comme critère suppose d'en avoir connaissance et pour respecter l'égalité, de les connaitre pour tous, ce qui est totalement irréaliste.

On se rappelle qu'Azouz Begag se qualifiait "d'arabe de service du gouvernement"[3] dans les médias ou dans son livre Un mouton dans la baignoire. Choisit-on quelqu'un, non pas pour ses qualités, mais pour "l'image" qu'il représente ?

Comment fait-on alors ?

Discrimination positive

A ce stade de la réflexion il ne reste que la discrimination positive[4] comme réponse. Elle est interdite en France, contrairement aux USA, où elle a permis à une société ultra ségrégationniste de changer en quelques décennies. Mais c'est un choix de société[5] qui ne peut pas se prendre au niveau d'une simple organisation comme le MoDem 06. En effet la discrimination positive étant illégale, sa mise en œuvre ne pourrait qu'être "discrète" pour ne pas alerter les autorités. Ce qui se fait dans une équipe de 50 personnes pose un réel problème lorsqu'il faut l'étendre à un parti politique local avec près de 1 200 membres. D'autant plus lorsque ce parti prône la sincérité comme mode de gouvernance.

Et puis imaginons une minute les réactions de certains écartés "pour la diversité". L'aimable consensus sur la nécessité de la diversité ne tiendrait pas le temps de le formuler. On travaille avec des égos dans un parti politique, ne l'oublions pas.

Une demi solution

Quand on parle de visibilité des minorités, autre aspect de la "diversité", il intervient un autre paramètre, c'est le comportement des "recruteurs"[6] à qui l'on peut demander de fonder leurs critères de recrutement uniquement sur les compétences et les affinités[7] en faisant abstraction des autres critères.

Le problème pour un parti politique est le niveau d'engagement des "minorités" qui est par essence "minoritaire", si tant est qu'il existe. Choisir selon le critère de compétence suppose de disposer des compétences, qui pour le coup n'ont rien à voir avec la diversité. Il suffit de penser statistique pour voir que pour une minorité qui représente 10% de la population[8], il est 9 fois plus probable de trouver une compétence dans les autres 90%. Ce qui suppose que pour rendre "visible" une minorité, si tant est que l'on puisse choisir selon un critère illégal, il faut la sur-représenter dans un collège de 26 personnes[9].

De mon point de vue, la priorité est donc au niveau du recrutement des adhérents et militants. Dans le cadre de toute élection, et je l'ai vécu dans l'équipe dans laquelle je me suis engagé, l'objectif était d'être représentatif au maximum des adhérents. Le plus simple aura été géographiquement. Demain ce pourrait être selon les centres d'intérêts et des thématiques. En faisant entrer des militants avec d'autres priorités et d'autres expériences, c'est le changement de la physionomie du collège électoral qui conduira, dans une élection à la proportionnelle, au changement de la composition du conseil départemental et donc de son exécutif qu'est le bureau.

Je reconnais que c'est une bien piètre solution. Mais tant que l'on ne sera pas submergé par le nombre pour composer des équipes, choisir des gens sur ce qu'ils représentent au lieu de ce qu'ils peuvent faire est et reste une erreur.

Notes

[1] Recteur de la mosquée de Cannes et militant très actif dans le milieu associatif.

[2] Il y a bien sûr les transsexuels qui subissent aussi des discriminations pour lesquel(le)s le genre est justement la question. Mais bon, pour le propos de ce billet, je vais faire l'impasse, j'en ai déjà parlé et j'y reviendrai.

[3] Ou aussi d'Arabe de sévice.

[4] Je hais ce terme mais il est hélas explicite.

[5] Choisir dans le modèle de société la discrimination positive est la chose qui me révulse le plus, et personne n'a réussi à me convaincre que cette solution pourrait être bénéfique à mon pays.

[6] Le terme est inapproprié dans le cas d'un parti politique, bien qu'il y ait "recrutement" de compétences dans la constitution des équipes.

[7] Oui, on ne le dit pas souvent, mais il faut tout de même avoir quelques atomes crochus avec quelqu'un pour travailler avec.

[8] C'est une très grosse minorité (10%).

[9] 26 est le nombre de personnes au bureau exécutif du MoDem06.

Première publication de ce texte sous le titre Diversité, j'en remet une couche