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Douleur de peau ou couleur d’espoir ?

Une synthèse des avis des internautes quant à la place des minorités "visibles" en France

, 12 novembre 2008

Vu 2415 fois | 1 commentaire(s) | Noté 5.0/5 par 04 votant(s)

Yazid Sabeg a publié dimanche 08/11/2008, dans le JDD, un manifeste pour l’égalité réelle, signé notamment par Jean-François Copé, Patrick Devedjian, Dominique Voynet, Christiane Taubira, Arnaud Montebourg, Christian Paul (PS) et par des personnalités de la société civile : l’avocat Théo Klein, l’historien Benjamin Stora, ou le collectif Les Gracques.

Soutenu par Carla Bruni-Sarkozy, le manifeste a immédiatement pris une grande ampleur médiatique. En témoignent la reprise de l’information par Le Nouvel Observateur, Le Monde, Les Echos, Le Point, La croix, Europe 1 et France Info, notamment.

Certains y voient une nouvelle opération de communication de Nicolas Sarkozy (cf. les internautes "pas perdus" sur AgoraVox et "juan" sur Sarkofrance).

C’est aussi l’occasion de faire un point sur ce débat que l’élection de Barak Obama a fait naître en France.

Patrick Lozès, président du CRAN, écrivait dès le 31/10/2008 "Obama interroge plus les politiques de France que les Noirs".

Et en effet, depuis cette élection, les politiques de France sont interpellés. Patrick Lozès est reçu lundi 10/11/2008 à l’Elysée par Nicolas Sarkozy, il en ressort dubitatif "il manque encore des signes concrets, des décisions et un calendrier."

Sur le forum du JDD, Louise Chabani, après avoir manifesté son soutien au texte et rappelé que les médias n’étaient pas représentatifs de la diversité, écrit "Petit rappel, il a fallu attendre l’arrivée d’un gouvernement de droite pour voir enfin arriver des ministres issues de la diversité. Merci M. le Président." Je lui réponds : "Il n’a pas fallu attendre Nicolas Sarkozy pour voir au gouvernement des ministres issus de la diversité. Dans beaucoup de gouvernements, il y en a eu, mais le plus souvent à titre d’alibi :

- Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances dans le gouvernement Villepin ;

- Tokia Saifi, actuellement député européenne, Secrétaire d’Etat au développement durable dans le gouvernement Raffarin ;

- Kofi Yamgnanes, plusieurs fois élu maire et conseiller général en Bretagne, puis député, Secrétaire d’Etat aux Affaires Sociales et à l’Intégration dans le gouvernement d’Edith Cresson, Secrétaire d’Etat à l’Intégration dans le gouvernement de Pierre Beregovoy.

Nicolas Sarkozy, avec son sens de la communication, a constitué un gouvernement de type "casting". Il a cependant franchi une étape supplémentaire en nommant Rachida Dati à la tête d’un ministère véritablement important. Celle-ci est parfaitement en phase avec lui sur une orientation répressive de la justice et sur un contrôle maximum par le pouvoir politique.

L’entrée au gouvernement de Fadela Amara a donné lieu à des polémiques. Pour ma part, je crois qu’il est bon qu’un long combat au sein de la société civile trouve son aboutissement au gouvernement. Reste à voir si elle parviendra à obtenir des résultats, c’est loin d’être acquis. Quand à Rama Yade, aussi talentueuse soit-elle, elle n’est là que pour le décor (et sa carrière), on peut difficilement imaginer un ministère plus fictif que celui des droits de l’homme hors de nos frontières (c’est le ministère de la parole qu’il vaut mieux taire pour ne pas fâcher), alors qu’il y aurait de quoi faire en France.

J’approuve le texte de Yazid Sabeg avec, cependant, une réserve sur toute mesure qui pourrait s’apparenter à de la discrimination, fût-elle qualifiée de positive."

D’autres exemples de réactions sur le forum du JDD :

Jihane Saadaoui rappelle que "dans l’antiquité déjà, les Romains avaient mis au pouvoir des empereurs provinciaux d’ascendance non romaine. Quelques exemples : Septime Sévère, un africain d’origine berbère, son fils Caracalla, berbère par son père et arabe syrien par sa mère, Elagabal, un syrien.... A Rome, le Sénat était aussi à l’image de la diversité de l’Empire. L’acceptation de la diversité n’est donc pas une question de temps comme on peut souvent l’entendre mais de volonté politique et de représentations qu’une société se fait d’elle même",

tandis que "Napo" déclare : "Je suis scandalisé par ce manifeste !!! C’est une véritable honte, une insulte à la nation Demain, nos enfants, s’ils sont blancs, ne bénéficieront plus de l’égalité des chances ! Non, ils pourront accéder à certaines fonctions qu’après que l’on ait privilégié des candidats moins bons, mais qui auront comme seul mérite la couleur de leur peau ! Quelle honte pour la première dame de soutenir cette initiative communautariste et raciste ! C’est écœurant !"

Parmi mes amis,

Olivier, militant MoDem antillais, qui appelle à une commémoration de l’abolition de l’esclavage pour le 160e anniversaire de cette dernière, est choqué par ce débat sur la couleur de peau. "Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu ’candidat noir’, ’le premier président noir’, alors que moi j’ai vu deux candidats, deux hommes, quand les médias voyaient un homme et un homme noir... Juste après l’élection, les questions ont fusées en France : ’La France est elle prête à élire un noir ?’, à croire qu’un noir est différemment, et n’est toujours pas l’égal d’un blanc... C’est vrai que pour beaucoup les "noirs" sont bons pour le sport et la musique, mais pas pour réfléchir..."

tandis que Frédéric LN écrit, à propos de la nuit démocrate au siège du MoDem : "Je me sentais décalé en tant que … démocrate, partisan d’Obama parce qu’à mes yeux c’est le candidat par lequel je sens mes idées le plus précisément représentées, depuis des décennies en Amérique,..., Dans un amphi où on parlait surtout de symboles, et plus précisément, de couleur de peau", puis "Je vais pourtant devoir accepter un compromis - avec ma famille, avec ma femme qui me fait remarquer : maintenant, nos filles ont la couleur du Président des États-Unis. C’est vrai, ça pèse, ça change la vie, pour elles, donc pour moi."

François Bayrou, de son côté, considère les deux aspects :

Le projet porté par Barak Obama, et l’aspect symbolique de la couleur de peau : "Cette élection représente également un message personnel à des centaines de millions d’hommes et de femmes, de garçons et de filles, à la peau noire, qui ont vécu l’expérience de la discrimination. Pour eux, ce n’est pas seulement une grande nouvelle politique, c’est une grande nouvelle humaine, un grand espoir pour leur vie", mais il n’en tire pour le moment pas de conclusion sur la représentation de la diversité en France. Il est vrai que la diversité politique est déjà tellement malmenée par un mode de scrutin qui écrase les sensibilités minoritaires...

Kevin_Izorce, écrit sur le forum du Mouvement Démocrate : "J’ai envie de penser à cette femme qui, il y a 53 ans, a refusé de céder sa place à un homme blanc dans un autobus. Elle s’appelait Rosa Parks et elle écrivait l’histoire sans le savoir" et plus loin "Mais la France, qui soutenait massivement le candidat Démocrate, oublie parfois très vite la réalité de la vie politique chez elle, où la représentativité des diversités est encore bien difficile."

Allant voir du côté de Jean-Marie Le Pen quelle était sa réaction

Je prends connaissance de la vidéo de Le Pen sur le site du FN. Il félicite Barak Obama, un peu à reculons, afin de respecter la tradition, il considère qu’il y a des ambigüités et des équivoques sur l’interprétation que les jeunes des banlieues françaises font de cette élection : "Le Sénateur Obama n’a pas fait sa campagne sur sa couleur, au contraire" "cela étant, c’est un signal en direction de la mondialisation, il ne faut pas se le cacher." À la question "êtes-vous choqué qu’un noir soit élu ?", il répond "Non, ...je voudrais rappeler quand-même que la première fois que j’ai été élu député en 1956, mon deuxième de liste était un noir" et il ajoute qu’il avait alors réalisé la synthèse entre un Obama, puisqu’il était noir (antillais), et McCain, parce qu’il était un héros de la deuxième guerre mondiale, il s’agissait dit-il du "capitaine Sauvage".

Pour Olivier Besancenot

 : "Avant qu’en France, il y ait des Noirs, des Arabes, des ouvriers, des femmes, et des jeunes sur les bancs de l’Assemblée nationale, il y a encore du chemin."

Pour Faouzi Lamdaoui, secrétaire national adjoint du Parti socialiste à l’égalité des chances, et maire-adjoint d’Argenteuil

 : "Avant d’instaurer des quotas, il faut promouvoir le mérite. C’est essentiel si nous voulons que les Français issus de la diversité soient reconnus à leur juste valeur".

Le débat ne fait que commencer, ou plutôt reprendre, il faudra aussi et surtout des actes. Selon l’expression de François Bayrou, "nous sommes tous coresponsables".

Noté 5.0/5 (04 votants)

La réponse de louise chabani

Posté le 28 février 2009, à 17h 33mn 54s
Douleur de peau ou couleur d’espoir ?

Bonjour,

J’ai été cité sur votre site aussi permettez-moi de répondre. J’ai noté en effet que les actes posés en matière de diversité par le gouvernement de M. Fillon relevait de la volonté présidentielle et que de tels actes n’avaient pas de précédent. Je ne niais en aucune façon les ouvertures opérées en ce sens par les gouvernements antérieurs mais force est de constater que nous avons ici à faire à un tournant tant par l’ampleur et le niveau des responsabilités ministérielles concernés. La suite de votre article finit du reste par admettre cette réalité. Vous me citez également rapidement au sujet des media. J’ y relève en effet une carence pour ne pas dire une absence de la diversité. J’ai depuis la rédaction de ce papier mené ma propre enquête au sujet des media de service public notamment et de la radio tout particulièrement. Les résultats que j’ai pu recueillir sont édifiants. J’ai interpellé à cet égard la haute direction de Radio France puis faute de réaction appropriée, je me suis permis d’adresser à l’ensemble des cadres et directeurs qui portent la responsabilité éditoriale au niveau national, régional et local une lettre au caractère un peu solennel afin de porter à leur connaissance certains faits . En voici un extrait. Qu’en est-il de l’engagement REEL de la société Radio France en termes de diversité ? Je vais tenter d’y répondre en distinguant les faits ( en noir) et les commentaires que cela peut inspirer (en bleu). Qu’en est-il de la représentation la diversité au sein de la direction et de l’encadrement et tout particulièrement parmi celles et ceux qui portent la responsabilité éditoriale : directeur, rédacteur en chef, directeur des programmes et directeur musical ? Et bien, tenez vous bien, sur plus de 200 personnes appartenant a cette catégorie, il n’y aucune personne d’origine africaine, maghrébine, des DOM TOM, ou asiatique. Soyons juste, en fait, il y en a une. Qu’en est-il de la mission d’aménagement du territoire, (mission première de Radio France rappelons le), eu égard aux cotes d’écoute les banlieues ? Prenons un seul exemple ; les cotes d’écoute de Radio France Bleu Ile de France c’est-à-dire, excusez du peu : Paris (75), Seine-et-Marne (77), Yvelines (78), Essonne (91), Hauts-de-Seine (92), Seine-Saint-Denis (93), Val-de-Marne (94), Val-d’Oise (95), s’avèrent tellement faibles qu’elles ne sont tout simplement pas identifiées par Médiamétrie. Vous avez bien lu. Qu’en est-il du rôle des media publics français en regard de la politique européenne et tout particulièrement du virage amorcé par M. Sarkozy en direction de l’espace euro-méditerranéen ? Un fait d’évidence s’impose la encore, aucun jumelage, aucune politique d’échanges de programmes, aucun plan de formation n’a été mis en place entre notamment les locales du Sud de France Bleu et des radios du Maghreb à la faveur de cette politique pourtant voulue au plus haut sommet de l’état. Quel regard portent les américains sur les media français et la diversité ? Saviez que Internews, une ONG américaine spécialisée dans les media a organisé a Paris, peu après les émeutes en banlieue, une rencontre entre journalistes français (y compris de service public), les éducateurs et certains émeutiers. Parmi les thèmes abordés : comment faire en sorte que les journalistes ne soient plus agressés lors des couvertures ? Comment communiquer ensemble ? Parmi les recommandations émises entres autres est ressortie la nécessité impérieuse d’accroitre la diversité en termes de personnel au sein des media. Une ONG américaine a fait cette recommandation en France même, bien avant l’arrivée d’Obama. Voici en quelques faits incontestables, ce que j’estime être un portrait sommaire de la situation de Radio France en termes de diversité. Cela mériterait une analyse plus poussée, sachez que je m’y emploie en profitant du reste de l’occasion pour vous inviter a me faire part de votre propre expérience ou à m’aider à répondre aux questions suivantes. Pourquoi la diversité est elle aussi absente ? Serait ce un problème de formation ou d’expérience ?... Pardonnez moi mais ca prête à sourire Serait-ce une négligence en matière de recrutement ? Peut être…En effet, aucun texte, aucun critère ne fait apparaître explicitement cette question en matière de politique de ressources humaines.

Est-ce que cette absence de diversité fait tout simplement échos à l’absence de diversité que l’on retrouve au niveau du personnel politique qu’il s’agisse tout aussi bien du niveau local que du niveau national ? Se poser la question c’est hélas un peu y répondre. Est-il nécessaire cependant que cette carence de diversité que l’on observe dans le domaine politique se retrouve également dans le domaine du service public. Le service public ne s’honorerait il pas à être à l’image de ses auditeurs dans toutes ses composantes sociologiques. Dans le cas contraire comme c’est le ca aujourd’hui quel sens donner à la notion de service public ? Pourquoi un tel déni n’hésitent pas à affirmer certains ? Une telle situation en France, en 2009, au sein, non pas de media privé mais de media de service public n’a-t-elle pas quelque chose de scandaleux voire de dangereux. Pourquoi un tel décalage en matière de diversité entre media public français et media public européens ? J’ai eu l’avantage de travailler à la BBC, il ya a une dizaine d’années et déjà à cette époque le décalage me semblait être flagrant. Cette évidence est aujourd’hui perçue par des millions de français qui franchissent la manche ou simplement surfent sur Internet. N’y a-t-il pas un lien ou une corrélation entre cette absence de diversité et les cotes d’écoute aussi faibles de la radio de service public dans des pans entiers de la société française ? Est-ce que les grilles de programme ou encore la couleur musicale pour ne parler que ces aspects sont adaptés aux besoins de la population, de toutes les populations ? Je ne suis pas sûr que le contenu éditorial réponde au type de besoins d’infos de proximité des populations, ce n’est pas en effet ce que montre mon enquête. Quand à la couleur musicale, les commentaires que j’ai pus recueillir prêtes à sourire. Les musiques du monde constituent le marque de commerce de la musique française qui s’exporte et s’avèrent quasi absentes des ondes de service public. En termes d’images, c’est comme si tous les joueurs de foot Français, originaires d’Afrique ou des Dom Tom ne jouaient plus dans le championnat hexagonal. A quoi notre championnat ressemblerait il je vous le demande. Que peut on déduire de la mission d’aménagement du territoire, mission première de radio France ? Qu’il s’agit d’un échec patent dont la responsabilité, je m’empresse de le dire, n’en incombe pas uniquement aux dirigeants actuels mais remonte à plus d’une vingtaine d’années. L’absence de lien avec l’espace euro méditerrannée est il lié à l’absence de la diversité au sein des media ? La réponse est la encore s’impose de toute évidence, a mes yeux, en tout cas. J’observe cependant comme une contradiction entre cet état de fait et la volonté politique de développer un espace euro-méditerranéen. En ce qui me concerne et pardon pour le caractère un peu trivial de ce qui va suivre : l’une des façons de traduire cet espace euro méditerranéen pour le grand public passe à l’évidence par les media et notamment par la radio, le media, disons populaire par excellence que l’on soit en France et peu être encore plus au Sud de la Méditerranée. La encore, c’est curieux, les étrangers nous montrent la voix en quelque sorte. BBC Trust Service , les anglais donc développent depuis quelques temps des partenariats avec les radios de service public du Maghreb Voila j’arrêterai ici mes commentaires. Comprenez moi bien, l’idée n’est pas de chercher des responsables et encore moins d’éventuels coupables à cette situation pourtant désastreuse.

Nous sommes collectivement comme le dit Francois Bayroux, cruellement ajouteront certains, en retard, en ce domaine qu’il s’agisse des media publics comme de la représentation politique. La responsabilité d’une action majeure et non pas d’opérations de relations publiques ou effets d’annonces en ce domaine, en incombe à bien évidemment à la haute direction. S’il lui revient d’en définir la stratégie, celle-ci ne saurait avoir de sens que si chacun d’entre vous développe à cet égard, un réflexe citoyen. Pardonnez moi d’être un peu solennelle mais je pense que la situation présente l’exige et que notre avenir commun en dépend. Je reste bien évidemment à votre disposition si vous désirez échanger En vous remerciant Louise

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