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À l’UMP : "Cachez ce McCain que je ne saurais voir !"

Quand la droite française n’ose pas soutenir le candidat de la droite américaine...

, 1er novembre 2008

Vu 1852 fois | 4 commentaire(s) | Noté 4.8/5 par 04 votant(s)

Une vague d’unanimité semble traverser l’UMP, parti de la droite française et parti majoritaire : les élus, les parlementaires, les ministres voteraient tous pour le candidat démocrate Barack Obama, s’ils étaient électeurs américains.

On l’aura remarqué, les journalistes français concluent ces derniers temps leurs interviews politiques par la question type du genre "Obama-McCain : lequel préférez-vous ?". L’élu UMP se retrouve ainsi face à un dilemme insoutenable : soit il est sincère et répond Obama ou McCain, soit il choisit le consensus populaire en répondant simplement Obama, esquivant du coup tout avis sur McCain. Communication politique répondant à l’adhésion populaire des Français au candidat démocrate ? Peur de soutenir le candidat républicain, symbole de l’échec de la politique étrangère de G. W. Bush ? Allez savoir...

Non, l’UMP ne veut pas assumer la logique pourtant propre à la bipolarité française qui lui réussit tellement : soutenir le candidat républicain, incarnation de la droite américaine, contre le candidat démocrate, représentant de la gauche outre-atlantique. Écoutez un ministre ou un porte-parole de l’UMP, il vous répondra forcément Barack Obama dans son soutien ; c’est imparable et politiquement, cela ne coûte rien de suivre la vague populaire française et mondiale. C’est au fond une communication politique à peu de frais pour l’élu et qui ne l’engage finalement pas à grand chose.

Un seul député UMP a osé affirmer son soutien à John McCain : Hervé Mariton. Dans une interview au Figaro du 28 octobre, le député de la Drôme assume son atlantisme, courant pourtant revendiqué depuis l’élection présidentielle de 2007 par ses collègues comme les députés Pierre Lellouche ou Axel Ponatiowski. Ces derniers n’avaient d’ailleurs pas caché leur soutien à l’invasion de l’Irak en 2003, ordonnée par l’administration Bush. Hervé Mariton raille ainsi le "complexe de gauche" de ses amis de droite.

Et avant même que Barack Obama ne soit candidat aux primaires démocrates, l’UMP et son président, devenu également président de la République, affirmaient publiquement de renouer l’alliance entre la France et les Etats-Unis, une alliance mise à mal par le "rad-soc" Jacques Chirac et son sbire "gaulliste", Dominique de Villepin. C’était aussi réconcilier l’administration Bush avec cette France "arrogante". Pas d’Obama donc en 2007 pour susciter un soutien soudain à la gauche américaine.

Mais si les élus UMP soutiennent publiquement Barack Obama plutôt que John McCain, on n’entend guère les électeurs de la droite française. Qu’en pensent les militants de l’UMP ? Sans généraliser, il faut chercher sur Facebook les quelques rares groupes de soutien français à John McCain :

- John McCain France (75 membres environ) ;

- Si Obama n’était pas américain, il ne serait pas à l’UMP !!! (65 membres environ) ;

- French Friends of The Republican Party (environ 65 membres) ;

- Pour l’élection de John McCain à la Maison-Blanche (25 membres environs).

On y remarquera que les internautes adhérents à ces groupes font aussi partie de groupes proches de l’UMP ou tournant autour. Un de ses courants, "La Droite Libre" y affirme clairement son soutien à John McCain et sa proximité idéologique avec le néoconservatisme de l’administration sortante de G. W. Bush. Bref, des groupes qui assument, sur le célèbre réseau social, leur ancrage militant dans la droite française et qui soutiennent logiquement le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine.

Enfin, un de ces groupes Facebook est l’émanation du site Internet "John McCain France", site officiel ( ?) de soutien des Français à John McCain. Là, l’équipe du site a préféré l’anonymat, à l’exception de son porte-parole presse, lui-même fondateur d’un des groupes de soutien à McCain sur Facebook.

Proportionnellement, les groupes Facebook de Français ne soutenant absolument pas John McCain sont bien plus nombreux, à l’image du groupe "Pour que McCain reste un nom de surgelés" et regroupant pas moins de 19 300 adhérents !


Retrouvez cet article sur le blog collectif de "La Nuit démocrate" !

Notez enfin l’article de Marine Turchi publié sur Mediapart, "L’OPA de l’UMP sur Barack Obama".

Noté 4.8/5 (04 votants)

La réponse de Marie-Anne Kraft

Posté le 4 novembre 2008, à 17h 05mn 30s
À l’UMP : "Cachez ce McCain que je ne saurais voir !"

Article intéressant en effet, car on sent bien que l’UMP, par son programme présidentiel et maintenant ses propositions de loi au travers du gouvernement UMP, est tout à fait dans la ligne du modèle américain incarné par les républicains, Bush comme Mc Cain. Que ce soit dans la vision atlantiste de N.Sarkozy, qui d’ailleurs n’avait pas du tout soutenu J.Chirac et D.de Villepin dans leur opposition à la guerre en Irak, sur la politique de baisse d’impôts en faveur des catégories les plus aisées, d’une politique sécuritaire plus que préventive dans les banlieues difficiles, des valeurs sous-jacentes de la course au profit, du nivellement des salaires vers le bas, favorisant les injustices sociales croissantes, ... Rappelez-vous quand peu avant l’élection présidentielle, lors de l’émission "A vous de juger", N.Sarkozy avait dit "Je suis pour le capitalisme et pour la mondialisation". Alors que Barack Obama présente un programme et des valeurs plus démocrates, humanistes, clairement plus dans l’esprit de notre famille politique du MoDem, dans la ligne de François Bayrou. Soit les cadors de l’UMP cède au populisme en soutenant publiquement Barack Obama, sachant que les Français le soutienne à 80% et sachant aussi qu’il a de fortes chances de gagner, donc pas trop de risques pris à dire cela. Soit ils soutiennent vraiment le contenu, et dans ce cas il serait logique qu’ils rejoignent le MoDem ! Ce serait vraiment intéressant de les pousser dans leurs retranchements justifiant leur soutien à Obama !

Les commentaires de Marc sont aussi très intéressants et posent de vraies questions sur les conséquences du vote au niveau mondial, notamment celle de la dangerosité de Sarah Palin.

La réponse de marc porta

Posté le 3 novembre 2008, à 21h 32mn 46s
À l’UMP : "Cachez ce McCain que je ne saurais voir !"

Article écrit par Alexandre Ianov pour le quotidien russe Nezavissimaïa Gazeta :

« En découvrant Sarah Palin, les républicains ont été saisis d’un « ravissement immédiat », comme aurait dit Tolstoï. A l’inverse, les démocrates ont semblé quelque peu décontenancés. On sentait qu’ils n’avaient jamais été confrontés à quoi que ce soit de ce genre. The New York Times a estimé que « le langage de Palin serait plus à sa place dans un supermarché », et The New Republic a trouvé qu’elle rappelait « une vendeuse du rayon maquillage de chez Macy’s ». Il faut sans doute être né en URSS et avoir avalé avec le lait maternel l’ensemble des clichés de la propagande bolchévique pour retrouver le prototype exact de Sarah Palin : toutes les expressions de son visage, sa gestuelle, sans parler de son langage, évoquent irrésistiblement la fameuse « cuisinière » qui, conformément à l’affirmation de Lénine, était prête à diriger l’Etat. Une ménagère avec cinq enfants, installée par la révolution dans un appartement bourgeois et fermement décidée à montrer de quel bois elle se chauffe à la sale clique d’intellectuels qui s’est gobergée sur le dos du peuple laborieux.

Plus sérieusement, Mc Cain, en endossant le costume du professeur Higgins dans Pygmalion, la célèbre comédie de Bernard Shaw, a déclenché une vraie révolution aux Etats-Unis. Sans être, évidemment, une révolution socialiste, elle n’en semble pas moins radicale. C’est la révolution des petites villes. « Je représente la véritable Amérique » : cette affirmation ne quitte pas la bouche de Palin. Il s’agit en quelque sorte de la révolte de l’Amérique au ras du sol contre les mégalopoles géantes où nichent les intellectuels libéraux qu’elle déteste.

On s’aperçoit aujourd’hui que les huit années de présidence Bush ont eu une véritable influence sur l’Amérique : elles l’ont habituée à l’idée que les intellectuels étaient des libéraux et que les libéraux étaient des capitulards anti-patriotiques. Sarah n’a fait que révéler cette substance du « bushisme » ; a elle a tiré, à partir du négatif, le portrait photographique de ce qu’elle considère comme « l’Amérique véritable ». « Vous n’entendrez jamais cet homme prononcer le mot victoire ! », s’exclame-t-elle, dénonçant Obama. Et elle s’indigne : « Il accepte de discuter avec nos pires ennemis, ceux qui sont prêts à nous anéantir ! » Certes, elle ne reprend pas encore le vocabulaire de l’époque du maccarthysme et de la « chasse aux sorcières », elle n’appelle pas à créer une nouvelle « commission des activités antiaméricaines », mais c’est pourtant ce que les délégués de la convention ont semblé entendre dans son propos, et c’est pour cela qu’ils lui ont fait une si bruyante ovation.

Ne pouvant prédire l’avenir, je ne puis que me référer à mes impressions, pour ne pas dire à mes intuitions, et elles me soufflent quelque chose en quoi je ne veux pas croire et en quoi personne ne voudra croire à moins d’être né en Russie et d’avoir soigneusement étudié l’histoire de ce pays. Et donc l’Histoire a parfois la détestable manie de se répéter aux moments où l’on s’y attend le moins. L’une des conséquences imprévues d’une victoire de Mc Cain pourrait être le retour, en plein XXIème siècle, de la honte et de l’infamie de l’Amérique des années 50 : le maccarthysme.

Rappelons que Mc Cain, 72 ans, souffre d’un mélanome, qu’il vient de subir le stress intense d’une impitoyable campagne présidentielle, qui aurait sans doute été également durement ressentie par un candidat plus jeune et en meilleure santé. Pour toutes ces raisons, le choix de sa colistière est dangereux pour l’Amérique – et pour le monde entier. Le problème n’est pas la vulgarité provocante de Sarah Palin, ni sa bigoterie intransigeante. Ce n’est même pas qu’elle n’a pas la moindre notion de politique intérieure, encore moins de politique étrangère. Le problème, c’est qu’un jour de malheur elle pourrait fort bien se retrouver commandant en chef de la plus puissante armée du monde. Lénine avait raison. Des cuisinières prêtes à diriger l’Etat, il y en a à profusion, partout. Reste à savoir ce que devient l’Etat qu’elles dirigent. Ne sommes-nous pas bien placés pour l’imaginer ? »

La réponse de marc porta

Posté le 3 novembre 2008, à 21h 33mn 27s
À l’UMP : "Cachez ce McCain que je ne saurais voir !"

Voici un article publié dans the Guardian et écrit par Jonathan Freedland :

« J’ai déjà ressenti cette impression. C’était il y a huit ans et, à nouveau, il y a quatre ans : un poids sur l’estomac. C’est une sorte de pessimisme physique qui me sussure : « Voilà que ça recommence. Les démocrates sont sur le point de perdre une élection qu’ils devraient théoriquement gagner – et dont l’enjeu est pourtant crucial. »

Dans ma vie, je ne m’inquiète pas autant pour Obama que je me suis inquiété pour John Kerry en 2004 ou pour Al Gore en 2000. Obama est un meilleur candidat que ces deux-là réunis, et tous les signes montrent que les chances des démocrates sont plus grandes cette année qu’elles ne l’ont jamais été depuis 1976. Et pourtant, je n’arrive pas à me débarrasser de ce poids sur l’estomac.

Si Sarah Palin fait mentir l’adage selon lequel l’issue d’une élection est déterminée par la seule tête d’affiche du ticket présidentiel, et qu’elle parvienne d’une façon ou d’une autre à faire gagner celle-ci à Mc Cain, quelles seront les réactions aux Etats-Unis ?

D’abord, l’Amérique démocrate prendra une nouvelle fois le deuil et se sentira exclue de son propre pays. Une génération entière de jeunes Américains – qui se sont largement rangés derrière Obama – sombrera dans le cynisme après avoir conclu que la politique, décidément, ne mène à rien. Enfin, et c’est le plus déprimant, de nombreux Africains-Américains décréteront que, si même Obama n’est pas parvenu à l’emporter, alors aucun Noir ne deviendra jamais président des Etats-Unis.

Mais quelle sera la réaction du reste du monde ? C’est celle-là qui m’angoisse le plus. Car Obama a suscité dans le monde entier un engouement que, de mémoire d’homme, aucun politicien américain n’avait jamais provoqué. Si l’élection du 4 novembre se déroulait à l’échelle mondiale, Obama l’emporterait haut la main. Les 200 000 personnes qui sont allées écouter son discours à Berlin, en juillet dernier, ne l’ont pas seulement fait en raison de son charisme, mais parce qu’elles savaient que, à l’instar de la majorité de la population mondiale, Obama s’est opposé à la guerre en Irak. Mc Cain, lui, l’a soutenue et a colporté le mensonge selon lequel Saddam Hussein était lié aux attentats du 11 septembre 2001. Les non-Américains savent qu’Obama ne traitera pas avec désinvolture et brutalité le système international et qu’il respectera les traités et les institutions mondiales, contrairement à Mc Cain, qui voudrait contourner les Nations unies au profit d’une Ligue des démocraties soumise aux intérêts américains. Mc Cain a beau avoir pris une position correcte sur le changement climatique, l’un des slogans qu’on a le plus souvent entendus lors de la convention républicaine était : « Drill, baby, drill ! », comme si la solution du réchauffement mondial ne passait pas par une redéfinition radicale de tout le système énergétique américain, mais par une multiplication des forages ossfhore.

Si les Américains choisissent Mc Cain, ils tourneront le dos au reste du monde et, avec un doigt d’honneur, ils lui signifieront que nous sommes repartis pour quatre années supplémentaires à la sauce Bush, Cheney and Co.

Jusqu’à présent, l’antiaméricanisme a été exagéré et très mal compris : en dehors d’un noyau dur de gauche, il exprimait avant tout un sentiment anti-Bush, un rejet de la seule administration actuelle. Or, si Mc Cain l’emporte en novembre, cela pourrait changer. Les Européens et les autres pourraient alors en conclure que leur désaccord ne se limite pas à la clique actuellement au pouvoir, mais s’étend aux Américains dans leur ensemble. Car ce ne seront pas les politiciens, mais bien le peuple américain lui-même qui aura laissé passer l’occasion de ce nouveau départ que le monde espère.

La manière dont les Américains feront leur choix aura également de l’importance. S’il apparaît que l’issue de l’élection a été déterminée par un préjugé racial, alors le verdict du monde sera extrêmement sévère. Dans ces conditions, comme l’a écrit récemment Jacob Weisberg dans le magazine Slate, l’opinion internationale conclura que « les Etats-Unis ont eu leur chance, mais qu’au bout du compte ils n’ont pas su faire passer leur propre intérêt avant leur position insensée et irrationnelle sur la question raciale ».

Même si ce n’est pas le préjugé ethnique, mais un autre aspect de la guerre culturelle qui se révèle avoir été décisif, la conclusion restera la même. Imaginer que l’Amérique décide que la présence à la Maison-Blanche d’une « hockey mom » aux idées arrêtées est ce qu’elle souhaite le plus traduirait un tel manque de sérieux et une telle fuite devant la réalité que cela ne pourrait être que la marque d’un pays entré dans un « déclin historique », pour reprendre une autre formule de Weisberg. N’oublions pas que le directeur de campagne de Mc Cain clame à qui veut l’entendre que cette élection « ne se joue pas sur les problèmes du jour ».

Bien entendu, je sais que le seul fait de mentionner le soutien dont bénéficie Obama dans le, monde lui porte tort. Mais que nous enseigne sur l’Amérique d’aujourd’hui le fait que jouir de l’estime du monde n’y est pas bien vu ? Si les Américains rejetaient Obama, ils enverraient ainsi au reste de la planète un message extrêmement clair. Et ils peuvent être sûrs que ce message sera entendu. »

La réponse de marc

Posté le 3 novembre 2008, à 21h 34mn 03s
À l’UMP : "Cachez ce McCain que je ne saurais voir !"

Article rédigé par M. Boris kagarlitski, paru dans le quotidien économique moscovite Vzgliad :

« Au tout début de la campagne, on a pu croire que la politique extérieure serait au cœur des débats, mais, à mesure que le temps a passé, les divergences sur les questions internationales ont été reléguées au second plan. Les discussions ont cessé de tourner autour de l’Irak, où la situation militaire s’est un peu améliorée. En Afghanistan, au contraire, les choses se dégradent, mais le patriotisme des candidats et de leurs supporters ne leur permet pas de prendre la véritable mesure des difficultés à venir. Le Pakistan va très mal, mais l’Américain moyen ne sait pas exactement où se trouve ce pays. En revanche, un nouveau refrain est apparu, celui de la lutte contre l’expansionnisme russe ; cependant, comme les candidats sont d’accord sur ce thème, il n’engendre pas de débats.

Quand on aborde l’économie, c’est la débandade. On ne peut pas parler de consensus entre Obama et Mc Cain, mais ils sont aussi impuissants et indécis l’un que l’autre, même si le premier le cache mieux que le second. Pour autant, Obama aurait du mal à se faire passer pour un spécialiste de l’économie. Il lui faudrait au moins énoncer quelques recettes ; or la crise que traverse l’Amérique n’a pas de précédent. La dernière de ce genre remonte à 1929, mais, si on y regarde de plus près, la Grande Dépression n’était pas aussi générale. Au final, c’est donc la guerre des valeurs qui est venue occuper les premières loges. Ce fossé culturel, qui n’a jamais été aussi profond, a commencé à se creuser avec l’apparition de Bush junior sur la scène politique.

Obama est soutenu par les habitants des grandes villes, des pôles universitaires et culturels des côtes est et ouest, par la population multiculturelle et multiethnique de New York et de San Francisco, par les élites universitaires de Boston, Berkeley ou New Haven. Mc Cain, lui, flatte les habitants des petites villes, celles qui comptent 5000 âmes en incluant les vaches, les Anglo-Saxons protestants blancs, les chrétiens convaincus qui ne souhaitent pas que leurs enfants apprennent à l’école la théorie de l’évolution de Darwin, qu’ils jugent suspecte. Ces électeurs ne voyagent jamais à l’étranger. Ils n’ont jamais vu la mer et ne sortent parfois même pas des limites de leur Etat. C’est tout juste s’ils ne croient pas que la Terre est plate. Ces gens-là ne veulent pour rien au monde voir un président noir à la Maison-Blanche, mais ce n’est pas parce qu’ils sont racistes. Ils ont simplement l’impression que, si un individu qui ne leur ressemble pas siégeait à Washington, ce serait une inconcevable violation des règles les plus évidentes, un bouleversement de l’ordre du monde.

Les citadins des côtes est et ouest qualifient avec mépris ces gens de rednecks, « cous rouges », à cause de l’empreinte que le soleil laisse sur leur peau pendant qu’ils travaillent la terre. Les rednecks, eux, évoquent avec haine l’élite du nord-est et de la côte Pacifique. Elite qui n’est pas incarnée pour eux par les gens qui exercent le pouvoir, mais par ceux qui lisent des livres, connaissent des mots étrangers et ont fait leurs études dans de bonnes universités.

Ce choc des cultures a atteint son apogée avec l’apparition de Sarah Palin. Elle est la parfaite incarnation des valeurs et des idées redneck. Elle abhorre l’avortement et adore la peine de mort. C’est une femme qui a bâti sa carrière seule et qui méprise les féministes. L’annonce de sa nomination comme colistière de Mc Cain a laissé perplexes de nombreux observateurs, car, après tout, si les républicains voulaient vraiment une femme (afin de séduire les supportrices déçues de Hillary Clinton), ils avaient l’embarras du choix. Mais non, Mc Cain a opté pour Sarah, avec son accent provincial ridicule, ses fautes de grammaire et sa formidable capacité à s’attirer l’hostilité des journalistes. Ce choix ne relève absolument pas du hasard et n’est pas une erreur. C’est une décision mûrement réfléchie, quoique risquée.

Sarah Palin peut souder les électeurs rednecks en agitant la menace de l’imminence d’une bataille décisive avec une autre Amérique que ceux-ci détestent, une Amérique antipatriotique, urbaine et multiculturelle. Cela dit, Sarah Palin a aussi soudé les électeurs de l’autre bord, et les critiques dont ils l’abreuvent sont souvent aussi répugnantes que la démagogie « plébéienne » des républicains. Les démocrates tournent son accent en dérision, se gaussent de ses origines prolétaires, dans la lignée des blagues soviétiques sur la ménagère de Lénine qui aurait pu diriger l’Etat. Ces attaques ont quelque chose de profondément antidémocratique, dévoilant l’hypocrisie de ce libéralisme américain qui exhorte à aider les défavorisés mais ne cache pas son dédain pour tous ceux qui s’écartent des critères de Yale et de Harvard.

L’élection montrera lequel des deux camps (laquelle des deux Amériques) pèse le plus lourd. Mais le principal problème est que la boîte de Pandore de l’affrontement culturel a été ouverte et qu’il sera difficile de la refermer. Quels que soient les vainqueurs, les perdants se sentiront non seulement battus, mais profondément humiliés, à tel point qu’ils ne chercheront pas à dissimuler qu’ils ne se reconnaissent pas dans le pays sorti des urnes. La fameuse loyauté des Américains envers leur patrie et leur Constitution sera mise à mal. Et si le milieu cosmopolite des grandes villes est déjà habitué à traiter le patriotisme et les valeurs nationales avec une bonne dose d’ironie, ce n’est pas le cas des rednecks, qui subiraient un vrai traumatisme. Une occasion en or pour les organisations d’extrême droite et la résurgence de théories fascistes.

Pendant ce temps, la crise économique ne va pas disparaître. Le futur président, quel qu’il soit, ne tardera pas à découvrir qu’il est impuissant face au cataclysme qui se profile. Et ce sera bien plus grave qu’un problème de fossé culturel. Toutefois, il ne faut pas oublier que celui-ci n’est pas dangereux en lui-même, mais qu’il le deviendra dans un contexte de difficultés économiques et politiques. Les perdants, quels qu’ils soient, tenteront vite de prendre leur revanche, et il n’est pas du tout certain qu’ils respecteront les procédures habituelles, conformes à l’esprit de la bonne vieille Constitution américaine. »

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