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Inégalités et pauvreté : le rapport de l’OCDE d’octobre 2008

François Bayrou avait raison : l’OCDE atteste de l’accroissement des inégalités et de la pauvreté

, 29 octobre 2008

Vu 2672 fois | 4 commentaire(s) | Noté 4.0/5 par 04 votant(s)

Ces vingt dernières années, l’inégalité des revenus et la pauvreté relative se sont aggravées. Ce phénomène très net et assez généralisé a touché plus des trois quarts des pays de l’OCDE.

C’est ce que révèle un excellent rapport de l’organisation internationale, publié le 21 octobre 2008 sur l’évolution des inégalités de revenus et de la pauvreté dans les pays de l’OCDE.

En fait, la croissance a bénéficié dans l’ensemble aux plus riches, tandis que les revenus des pauvres et des classes moyennes ont stagné et que le nombre de pauvres a augmenté.

La synthèse de ce rapport (format PDF) en 10 pages est consultable ici. Le rapport complet est accessible en lecture (non imprimable) mais peu propice à la navigation. Il est possible de le commander (70 euros).

Approche :

L’approche de l’OCDE paraît très intelligente, notamment pour avoir été au-delà d’une mesure des inégalités sur les revenus, en intégrant aussi les prestations sociales et l’effet des impôts indirects. Par ailleurs, elle met en regard les inégalités des revenus, de patrimoine, la pauvreté relative, l’égalité des chances. Elle analyse aussi l’évolution de ces données par rapport à celles des politiques publiques (en terme de prestations sociales notamment) pour voir les corrélations entre les dépenses publiques en prestations sociales et leurs effets en termes de réduction des inégalités, afin d’en tirer des conséquences politiques sur les leviers d’action.

Rappel de certaines notions d’indicateurs :

- Indice ou coefficient de Gini, mesure le degré d’inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée ;
- Pauvreté relative : au sein d’une population donnée sont considérés comme pauvres les personnes gagnant moins de la moitié du revenu médian ;
- Revenu médian : c’est la valeur du revenu qui partage la population en deux : 50% des individus gagnant moins que ce revenu médian et 50% des individus gagnant plus que ce revenu médian ;
- Mobilité sociale : mesure inverse de la corrélation entre la classe de revenu d’un enfant devenu adulte et de ses parents (de son père en l’occurrence). Permet d’évaluer l’égalité des chances, notamment si l’enfant d’un pauvre arrive à se sortir de sa condition de pauvre, une fois devenu adulte (grâce à l’éducation notamment).

Résumé du rapport (site de l’OCDE) :

Le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé dans trois pays de l’OCDE sur quatre, ces deux dernières décennies. C’est ce que constate un nouveau rapport de l’OCDE.

Selon ce rapport, intitulé « Croissance et inégalités », la croissance économique au cours des 20 dernières années a davantage bénéficié aux riches qu’aux pauvres. Dans certains pays, notamment l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la Finlande, l’Italie et la Norvège, l’écart s’est également accentué entre les riches et la classe moyenne.

Les pays où l’éventail des revenus est large connaissent généralement une pauvreté monétaire plus marquée. En outre, la mobilité sociale joue moins dans les pays à fortes inégalités, notamment les États-Unis, l’Italie et le Royaume-Uni, alors que dans les pays nordiques, où les revenus sont répartis plus équitablement, on observe davantage de la mobilité sociale.

Lors du lancement de ce rapport à Paris, le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a mis en garde contre les problèmes dus aux inégalités et souligné la nécessité pour les gouvernements de s’y attaquer. « Une inégalité croissante est un germe de division. Elle polarise les sociétés, elle crée une fracture entre les régions des pays et elle creuse dans le monde un fossé entre les riches et les pauvres. L’accroissement des inégalités de revenu bloque "l’ascenseur social",les personnes talentueuses qui travaillent dur obtenant plus difficilement la récompense qu’elles méritent. Il n’est pas possible d’ignorer ces inégalités croissantes ».

C’est le nombre de personnes peu qualifiées et faiblement instruites sans emploi qui est l’une des principales causes des inégalités de revenus. Un autre facteur est la multiplication des personnes qui vivent seules et des familles monoparentales.

Certaines catégories sociales ont été plus favorisées que d’autres. La population qui se trouve proche de l’âge de la retraite a connu la plus forte progression des revenus ces 20 dernières années et la pauvreté a diminué parmi les retraités dans un grand nombre de pays. En revanche, la pauvreté des enfants a augmenté.

Pour les enfants et les jeunes adultes, la probabilité de pauvreté est aujourd’hui supérieure de 25 % à celle de l’ensemble de la population. La probabilité de pauvreté pour les ménages monoparentaux est trois fois plus élevée que pour la moyenne de la population. Or, les pays de l’OCDE dépensent trois fois plus pour la politique familiale qu’il y a 20 ans.

Dans les pays développés, les gouvernements ont augmenté les impôts et dépensent davantage pour les prestations sociales, afin de compenser la tendance à plus d’inégalités. Selon le rapport, les inégalités se seraient encore aggravées plus rapidement sans ces dépenses.

Comme l’a fait valoir M. Gurría, il faut s’attaquer autrement à ce problème. « Bien que la fiscalité et les transferts restent importants dans un grand nombre de pays de l’OCDE pour redistribuer les revenus et réduire la pauvreté, nos données confirment leur perte d’efficacité ces dix dernières années. Vouloir combler les lacunes de la distribution des revenus uniquement par une augmentation des dépenses sociales revient à traiter les symptômes et pas la maladie. »

« Si les inégalités se sont aggravées, c’est en majeure partie à cause des changements qui se sont produits sur le marché du travail. C’est là que les gouvernements doivent agir. Les travailleurs peu qualifiés rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver un emploi. Accroître l’emploi est le meilleur moyen de réduire la pauvreté », a encore déclaré M. Gurría.

Améliorer le niveau d’instruction est aussi un excellent moyen d’obtenir une croissance qui, sur le long terme, bénéficie à tous, et pas seulement aux élites ; tel est l’un des constats du rapport. À court terme, les pays doivent prendre des mesures plus efficaces pour que leur population trouve un emploi et que les familles qui travaillent perçoivent des prestations qui augmentent leurs revenus salariaux, au lieu de dépendre de prestations de chômage, d’invalidité et de préretraite.

Eléments clés du rapport

Les écarts de revenu se sont creusés, au cours des deux dernières décennies, dans la plupart des pays de l’OCDE. Dans le contexte actuel d’une économie mondiale en mutation, cela signifie que toujours plus de personnes risquent d’être laissées à la traîne. Selon le Secrétaire général Angel Gurría, « faire en sorte que la croissance profite à tous, et pas seulement aux riches, est la tâche que nous devons nous assigner ». Les gouvernements ne doivent pas rester spectateurs : ils doivent réagir aux inégalités de revenu par des politiques qui aideront les gens à s’en sortir.

Pourquoi l’écart entre riches et pauvres se creuse-t-il ?

Dans la plupart des pays, l’écart se creuse parce que les ménages riches s’en sortent nettement mieux que les ménages de la classe moyenne et les ménages pauvres. Les changements dans la structure de la population et sur le marché du travail au cours des 20 dernières années ont beaucoup contribué à cette accentuation des inégalités.

• Les salaires des personnes qui étaient déjà bien payées ont augmenté ;

• Les taux d’emploi des personnes ayant un moins bon niveau d’instruction ont baissé ;

• Et le nombre des ménages comprenant un seul adulte et une seule famille est en augmentation.

Quelles sont les catégories les plus touchées ?

Les statisticiens et les économistes mesurent la pauvreté par rapport au revenu moyen. En règle générale, on considère que le seuil de pauvreté correspond à la moitié du revenu médian dans un pays donné.

• Depuis 1980, la pauvreté chez les personnes âgées a reculé dans les pays de l’OCDE ;

• En revanche, la pauvreté a progressé chez les jeunes adultes et dans les familles avec enfants ;

• En moyenne, dans les pays de l’OCDE, en 2005, un enfant sur huit vivait dans la pauvreté.

Qu’est ce que cela signifie pour les générations futures ?

La mobilité sociale est généralement plus élevée dans les pays où les inégalités de revenu sont relativement faibles. À l’inverse, dans les pays à fortes inégalités de revenu, la mobilité tend à être plus limitée.

• Les enfants vivant dans des pays où l’écart entre riches et pauvres est important ont moins de chances d’atteindre des niveaux d’instruction et de revenu supérieurs à ceux de leurs parents que les enfants vivant dans des pays où les inégalités de revenu sont faibles ;

• La mobilité sociale est plus forte dans des pays comme le Danemark et l’Australie et plus limitée aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Italie.

Que peut on faire ?

Dans certains cas, les politiques publiques en matière de fiscalité et de redistribution du revenu ont aidé à lutter contre l’accentuation des inégalités. Mais cela ne peut être la seule réponse. Les autorités publiques doivent aussi améliorer leurs politiques dans d’autres domaines.

• Les politiques éducatives doivent chercher à doter les individus des compétences dont ils ont besoin sur le marché du travail actuel ;

• Des politiques d’emploi actives sont nécessaires pour aider les chômeurs à trouver du travail ;

• Accéder à l’emploi rémunéré est déterminant pour réduire le risque de pauvreté, mais accéder à un emploi n’est pas nécessairement suffisant pour être à l’abri. L’étude "Croissance et Inégalités" montre que dans plus de la moitié des ménages concernés par la pauvreté il y a au moins une part de revenus issus du travail ;

• Les politiques de prestations liées à l’occupation d’un emploi peuvent aider les familles d’actifs qui ont des difficultés à accéder à un niveau de vie décent en leur apportant un complément de revenu.

Selon la définition de l’OCDE, il y a pauvreté lorsque chaque membre d’un ménage a un revenu inférieur à la moitié du revenu médian, corrigé de la taille de la famille.

Les éléments clés du rapport sont disponibles ci-dessous. Pour les notes détaillées par pays, on peut consulter cette page du site de l’OCDE. Les journalistes accrédités au site web protégé peuvent accéder au rapport sur Source OECD. Le rapport est aussi disponible sur demande à la Division des Médias. Pour plus de precisions, nous invitons les journalists à prendre contact avec Mark Pearson, chef de la division des politiques sociales de l’OCDE (tel. +33 1 45 24 92 69) ou Spencer Wilson de la Division des Médias (tel. +33 1 45 24 97 00).

Noté 4.0/5 (04 votants)

La réponse de Cyril LAZARO

Posté le 1er novembre 2008, à 16h 13mn 51s
Inégalités et pauvreté : le rapport de l’OCDE d’octobre 2008

Je n’aime pas la phrase introductive François Bayrou avait raison. Tout le monde sait que les inégalités sont croissantes et vont s’accroître. Il est temps de comprendre que le capitalisme est basé sur l’inégalité. Il y a celui qui prend et celui à qui l’on prend.

Parlons plutôt de la redistribution des richesses. Le peuple en a assez de rembourser des dettes qu’il n’a pas contracté. http://cyril-lazaro.over-blog.com/

La réponse de Marie-Anne Kraft

Posté le 30 octobre 2008, à 16h 08mn 29s
Inégalités et pauvreté : le rapport de l’OCDE d’octobre 2008

Oui Fred, En France, les revenus des 10% des ménages les plus aisés (en moyenne 54 000 $ppa en équiv.parité de pouvoir d’achat US )et des classes moyennes se situent dans la moyenne de l’OCDE alors que ceux des 10% les plus pauvres (9 000 $ppa) sont 25% plus élevés que la moyenne OCDE relativement pour la même classe.

Alors qu’aux Etats-Unis :

C’est un des pays de l’OCDE où le niveau d’inégalités et le taux de pauvreté ont le plus augmenté. La distribution des revenus s’est élargie de 20%

Le revenu moyen des 10% des ménages les plus aisés (93 000 $, soit 72% de plus que la moyenne OCDE) est le plus élevé de l’OCDE tandis que celui des 10% les plus pauvres (5 800 $) est inférieur de 20% à la moyenne OCDE relativement pour la même classe.

La redistribution de revenu par les prestations sociales (prestations chômage, allocations familiales,...) joue peu sur ces inégalités (seule la Corée fait moins bien).la ne représente que 9% des revenus des ménages contre 22% en moyenne OCDE.

La mobilité sociale est plus faible aux Etats-Unis que dans les pays nordiques et l’Australie.

CONCLUSION : Si Nicolas Sarkozy nous conduit progressivement au modèle américain qu’il admire tant, la France risque de reproduire ce creusement d’inégalités et de pauvreté. C’est la traduction malheureusement de sa politique actuelle : bouclier-paquet fiscal, suppression de droits de succession, franchises médicales et report des frais de santé de plus en plus vers des assurances privées, financement du RSA par les classes moyennes et pas les plus aisées, suppression de la carte scolaire (encore plus ghéttoîsante, néfaste pour l’égalité des chance) ...

La réponse de FrédéricLN

Posté le 29 octobre 2008, à 23h 26mn 46s
Super-synthèse

Bravo pour cette lecture essentielle. J’imagine que la source OCDE obtiendra le respect des bons esprits qui, citant avec honnêteté des données trop souvent obsolètes, affirmaient l’inverse (la réduction des inégalités).

Mais tout de même, je cite le rapport France (en lien), "La France est l’un des cinq pays de l’OCDE où les inégalités de revenus et la pauvreté ont baissé durant les 20 dernières années" - principalement parce que les pauvres sont moins pauvres qu’il y a 20 ans, en particulier les hommes travailleurs (effet de la hausse du Smic ???) : "les inégalités des salaires bruts masculins à temps plein ont baissé de 10% depuis 1985" (alors qu’elles augmentent ailleurs).

"En revanche, alors que la plupart des pays ciblent leurs dépenses sociales vers les plus pauvres ou les classes moyennes, ce n’est pas le cas en France – les 20% les plus pauvres ne reçoivent que 16% des prestations sociales." - c’est sans doute le chiffre que Nicolas Maestracci citant dimanche à la Mutualité.

Finalement, les entreprises françaises intègrent les pauvres mieux que leurs concurrentes étrangères, tandis que notre système de protection sociale - moitié plus coûteux qu’ailleurs selon l’OCDE - bénéficierait surtout aux classes moyennes.

» fiche France OCDE

La réponse de Marie-Anne Kraft

Posté le 13 novembre 2008, à 11h 54mn 37s
Super-synthèse

Signalons ce jour la sortie du rapport du Secours Catholique sur la pauvreté en France.

D’après les chiffres, certains publics se sont nettement fragilisés et pourraient voir leur précarité encore augmenter dans les prochains mois. Il s’agit notamment des plus de 50 ans (19,5 % des personnes accueillies par l’association en 2002, 24,1 % en 2007) et des familles monoparentales (60 % des familles accueillies en 2007), le plus souvent de jeunes mères célibataires. Il semble que les plus pauvres soient devenus encore plus pauvres !

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