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Bayrou plutôt que Sarkozy, ou l’humanisme plutôt que le capitalisme

Le reportage et l’analyse de Marie-Anne suite au discours de clôture de François Bayrou à la Conférence nationale du MoDem

, 27 octobre 2008

Vu 2022 fois | 1 commentaire(s) | Noté 5.0/5 par 06 votant(s)

Dimanche 26 octobre 2008 s’est tenue la Conférence nationale du Mouvement Démocrate à la Mutualité, rassemblant environ 2000 représentants des adhérents. L’objet de cette instance était la validation par les adhérents de la stratégie et de l’organisation du MoDem, notamment le règlement intérieur qui était encore provisoire depuis son approbation au Congrès de Villepinte des 1er et 2 décembre 2007, marquant la création du Mouvement. Cette rencontre a été surtout l’occasion de démontrer la ligne politique du Mouvement Démocrate, véritablement axée sur la construction d’un projet de société alternatif humaniste et de rappeler la clairvoyance de François Bayrou sur les dérives profondes du système capitaliste qu’il avait dénoncées pendant sa campagne présidentielle.

Cette conférence a centré son ordre du jour sur la crise financière, la compréhension de ses causes, l’évaluation de ses impacts redoutés, en invitant des personnalités émérites à s’exprimer :

- Michel Camdessus : ancien directeur du Trésor, gouverneur de la Banque de France et Directeur Général du FMI, chargé d’une mission internationale sur le problème de l’eau dans le monde, récemment chargé de l’organisme qui vient d’être mis en place pour favoriser le crédit à l’économie ;

- Robert Rochefort, directeur du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie ;

- Nicole Maestracci, magistrate, présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS).

Au-delà de la compréhension des causes et des conséquences de cette crise financière et maintenant économique, cette rencontre a permis de réfléchir sur les leçons à en tirer quant au modèle que nous souhaitons pour notre société. Car cette crise marque bien la ruine et l’échec du capitalisme (ce qui ne signifie pas celui du libéralisme), comme en 1989 la chute du mur de Berlin a marqué la chute du socialisme. Or le Mouvement Démocrate a été justement créé pour cela, pour proposer un nouveau modèle de société qui n’est ni le capitalisme, ni le socialisme, mais l’humanisme.

François Bayrou était sans doute en avance sur son temps en 2007, ou n’a pas été suffisamment entendu. Nicolas Sarkozy fondait sa campagne sur le pouvoir d’achat des Français, qu’il souhaitait même booster en favorisant l’endettement des ménages par un recours plus fréquent au crédit, notamment les hypothèques rechargeables basée sur la valeur des biens immobiliers (rappelant curieusement les subprimes), alors qu’il prônait le capitalisme et la mondialisation, surtout celui du CAC 40, le bonheur par la consommation, l’argent comme valeur centrale (et le vedettariat), une société basée sur les valeurs de l’avoir et du paraître. François Bayrou lui prônait une société humaniste, c’est-à-dire mettant l’homme au centre plutôt que l’argent, une société de justice face à notre monde d’inégalités croissantes, donnait priorité à l’éducation, à la création et à l’innovation, une croissance par un soutien aux PME, qui représentent 80% des emplois en entreprise en France, une croissance qui soit durable.

François Bayrou avait annoncé toutes les dérives de ce capitalisme dans sa campagne présidentielle. Tout montre à présent qu’il avait raison.

Alors que Nicolas Sarkozy cherche à « refonder le capitalisme », continuant à nous vanter le modèle où c’est le capital qui domine le monde, où la croissance est génératrice d’inégalités croissantes, où c’est le profit individuel qui donne le sens, même si l’on met plus de contraintes, de morale, de régulation et de contrôle sur ce système, ce que nous propose François Bayrou avec l’humanisme, c’est une autre manière de voir le monde, c’est la priorité aux valeurs humaines et spirituelles plutôt que matérielles, c’est une redécouverte du sens donné à la vie, pour le bonheur des êtres humains. C’est très profond, c’est le seul modèle qui soit durable et universel. Il ne s’agit pas d’utopie, de paroles idéalistes relevant d’un rêve où ce modèle ne serait pas réalisable. Il s’agit de construire réellement cette société en revoyant les priorités, par exemple en ne favorisant pas le travail du dimanche pour protéger la vie de famille, en assurant des programmes scolaires assurant une continuité et une sédimentation des savoirs plutôt qu’un lycée à la carte générant une éducation de « zapping », en soutenant les créateurs d’entreprises et les PME plutôt que les actionnaires et les dirigeants du CAC40, en n’abandonnant pas les campagnes dans l’aménagement du territoire (la privatisation de La Poste risque à nouveau de donner lieu à des fermetures de bureaux de poste), etc.

Et pour conduire ce projet alternatif dans la mondialisation, il nous faut un support. Ce support c’est l’Europe :

- une Europe où l’identité européenne n’est pas contradictoire avec les identités nationales, l’Europe étant à la Nation ce que la famille est à l’individu ;

- une Europe pour défendre des projets communs qui ne sont réalisables qu’ensemble : le défi écologique, celui de l’énergie, de la régulation européenne et internationale des banques et des marchés, de l’aide aux pays pauvres, etc. ;

Enfin, il faut aussi faire preuve de pédagogie et non de démagogie auprès des citoyens, tant sur l’explication des causes de la crise que sur les solutions proposées (les milliards du plan de soutien). Les Français se posent deux questions :

- Où le gouvernement trouve-t-il tous ces milliards ?

- Comment se fait-il que pour les banques, on trouve ces milliards et pas pour nous, pour l’éducation, pour valoriser les petites retraites, pour la santé, pour l’emploi ?

La pédagogie de la crise n’a pas été faite, et de la crise financière en crise économique, la colère risque de monter et la crise peut devenir une crise sociale.

Enfin, alors qu’on pouvait se demander si cette crise allait brouiller les lignes politiques, Nicolas Sarkozy se montrant « socialiste » en prônant un étatisme à tout va pour intervenir dans la finance et l’économie, reprenant à présent à son compte des arguments autrefois soutenus par François Bayrou et même les socialistes (lutte contre les paradis fiscaux, régulation internationale, abus des rémunérations des dirigeants, …), François Bayrou a bien marqué sa ligne, en profondeur, celle d’un projet de société humaniste, celle d’un tournant de civilisation.

Photo de l’auteur.

Noté 5.0/5 (06 votants)

La réponse de jérôme triaud

Posté le 28 octobre 2008, à 19h 44mn 39s
Bayrou plutôt que Sarkozy, ou l’humanisme plutôt que le capitalisme

Le discours de François Bayrou détonne effectivement dans le paysage politique français, et c’est tant mieux. Entre ceux qui veulent refonder le capitalisme et ceux qui veulent croire aux vertus du "grand soir", les Français ont maintenant une alternative cohérente et courageuse. Néanmoins, afin de les convaincre de nous faire confiance pour les prochaines années, il est souhaitable de proposer des solutions à mettre en oeuvre pour juguler les effets négatifs de la crise. Bref, il faut s’atteler à construire un programme de gouvernement, car rien ne dit que l’équipe en place ira jusqu’au bout des 5 années initialement prévues... Pour ce qui est de la refondation d’un modèle de société sur l’humanisme, il va falloir tenir compte des critiques formulées à cet humanisme : caducité après les catastrophes de 1914 et 1940, concept et mode de vie trop occidental. Sur ce dernier point, l’Europe a une chance, celle d’avoir accueilli de nombreuses populations de confession musulmane. Car, l’Islam a produit un humanisme, notamment au 11è siècle, qui, ensuite, a été largement étouffé. Des exégètes, des pratiquants et des laïcs essaient aujourd’hui de mettre à jour cet humanisme de l’Islam, un peu comme des archéologues tenteraient de retrouver des vestiges d’un passé enfoui. Nous avons cette chance de pouvoir construire un nouvel humanisme, qui serait alors le point de rencontre entre notre héritage historique et la découverte ou redécouverte des humanismes d’autres modes de pensée et croyances. L’humanisme de l’Islam est l’un d’entre eux. Pour en savoir plus, je vous invite à lire sur mon blog, le post intitulé :

» Sortir de la crise

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