« retour à l'accueil France Démocrate, Le journal de la démocratie en mouvement
»«
»«

Contribuer au site Syndiquer le site Impression Contact Plan du site

» Juger

"Les journalistes ont des familles à nourrir" - Daniel Schneidermann

, 6 septembre 2008

Vu 2705 fois | 0 commentaire(s) | Noté 5.0/5 par 04 votant(s)

Du chapiteau de Cap Estérel, forum "Démocratie et médias"... mes notes au vol.

Jean-Claude Casanova analyse la structure du système centralisé du pouvoir en France : nous avons l’exécutif le plus fort d’Europe, et avons les plus lentes réformes d’Europe.

En France, la démocratie a deux maux : le mal de la presse et le mal de la justice. La démocratie est insuffisante en France... voilà sa conclusion.

Daniel Schneidermann poursuit : la France a les médias que sa centralisation lui a donnés. Ils sont les héritiers de l’Histoire de la France, du centralisme. A la tête des journaux, ce sont les journalistes politiques depuis longtemps. Pourquoi est-ce plus intéressant que de traiter l’économie, ou pourquoi n’ont-ils pas de services de l’étranger ? À l’exception du Monde jusqu’à Colombani, les services Étranger étaient les parents pauvres des médias français.

On a les médias dont on a hérité, on y voit se développer de manière exagérée les nouvelles de la Cour... La grossesse de la ministre de la Justice a entretenu un débat palpitant dans toute la presse, chronique de la Cour dans la tradition la plus futile, qui nous arrive en ligne directe des siècles précédents.

À cela s’ajoute la logique du marché. Les medias qui comme des tournesols étaient tournés vers le soleil de l’Elysée, se sont aperçus de l’importance de la finance. Les medias ont un oeil aveugle vers l’étranger. Quelle place est faite à l’étranger dans les medias. On a un immense point aveugle de tout ce qui n’est pas Paris, de tout ce qui vient des régions, immense point aveugle de la société française. Ce n’est qu’à la faveur des faits divers en région que les médias prennent conscience des problèmes de la société française.

D. Schneidermann pense que nous avons aujourd’hui un immense espoir pour l’information… Le MoDem et F. Bayrou ont une position que l’on connaît, mais qui ne peut qu’évoluer, ce n’est pas un hasard si F. Bayrou a invité 2 medias qui sont nés sur le net.

Je pense que les choses vont basculer. Internet permet avec un investissement minimum de diffuser partout l’information et permet le dialogue. Il n’est pas envisageable que cette offre peu chère, que la mise en concurrence des medias internet et papier n’ait pas un effet sérieux sur le marché de l’information.

La technologie va venir au secours d’une situation qui est - toujours selon D. Schneidermann - insatisfaisante.

François Bayrou : "Jamais de ma vie je n’ai entendu les journalistes se plaindre des difficultés qu’ils ont à traiter un certain nombre de sujets dont ils savent que leur direction sous l’influence de leur actionnariat ne pourrait accepter une expression trop explicite."

Il y a des journalistes qui ont proposé des papiers à leur rédaction… : écho zéro à la commission parlementaire dans la presse.

Laurent Mauduit souhaite en parler avec modestie, mais gravité. L’un des rouages de la crise démocratique de la France est la situation de la presse française. Normalement, un journaliste ne participe pas à un forum politique, mais nous répondons aux invitations. L’actionnaire du Figaro c’est Dassault, Libération, c’est de Rothschild, ami proche de N. Sarkozy, le propriétaire des Echos, c’est Bernard Arnault, le plus grand PDG, ami personnel de N. Sarkozy.

Le Monde était loin des puissances d’argent : c’est l’entrée de Lagardère, ami personnel de N. Sarkozy. Ce capitalisme de connivence, de la barbichette "je te tiens tu me tiens par la barbichette". Regardez ailleurs, dans les grandes démocraties, les groupes de presse appartiennent à des spécialistes de la presse. La normalisation, c’est par exemple l’éditorial de Colombani au soir de l’élection présidentielle.

Pensez à l’intégrité de l’information économique en France. Il faut mesurer la gravité de la situation dramatique de la presse en France. Optimisme, la vieille industrie papier décline, internet rebat les cartes. Sur internet, la presse n’a pas de lien à la patte. La presse anglo-saxonne enquête sur l’économie, en France, ce n’est pas le cas. On est dans un système néo-bonapartiste. L’AMF régule mais ne sanctionne jamais. On est dans un système de consanguinité malsain.

Dans internet il y a un aspect participatif : venez débattre sur médiapart et sur arrêt sur image ! Légiférer sur internet ? internet est le seul mode d’expression La presse papier a un taux de TVA très bas, la presse internet à taux plein…

Puis les participants posent leurs questions...

Pourquoi les journalistes ne réagissent pas ? Pourquoi l’opinion publique l’accepte ? F. Bayrou répond que les gens achètent moins les journaux.

Laurent Mauduit : Il y a une connivence avec le capitalisme et une tradition non libérale française. Marx parle de "la société du 10 décembre" (1848, jour où Louis-Napoléon Bonaparte fut élu président de la République) : la cour, les financiers, la connivence. C’’est la connivence entre le chef et le peuple, la presse n’a pas de place, elle n’a pas eu de place comme dans les autres pays démocratiques. Il reste une inconnue : pourquoi seulement des bouffées de révolte, puis l’accalmie, comme les journalistes des Echos qui ont créé un comité éthique présidé aujourd’hui par le fils de Bernard Arnault. Joueur de poker !

D. Schneidermann répond : "Pourquoi les journalistes l’acceptent ? Parce qu’il faut manger, Monsieur. Dans toutes les rédactions, les gens se battent, il faut saluer le rôle des sociétés de rédaction. Et après il faut manger, les journalistes ont des familles à nourrir. Pourquoi le public accepte ? C’est la question la plus dérangeante. Parce que parfois il est plus confortable de consommer une information consensuelle.

Marianne a fait les meilleures ventes de son histoire, pour expliquer N. Sarkozy. Dès qu’on sent qu’il y a une vraie information, qu’il y a du FAIT, les gens y vont. Pourquoi le Canard Enchaîné depuis 1915 est un des médias les plus réussis de tout le paysage médiatique français sans publicité.

Corinne Lepage parle de la Justice : elle est en loques. Il n’y a plus de pôle financier à Paris, il est sur le papier, il n’a plus de moyens, plus de police qui travaille pour lui, les magistrats ont des difficultés, il n’y a pas de liberté du Parquet. On est en régression profonde.

"Depuis 30 ans je fais du droit : on est plus bas aujourd’hui que dans les années 70. Les liens entre la Justice et les medias ont permis qu’on mette sur la table des enjeux politiques et financiers, mais aujourd’hui on peut faire n’importe quoi dans ce pays, il ne se passe rien."

Questions … Patrick Roger du Monde, répond à D. Schneidermann : La place de la politique n’a cessé de décroître dans Le Monde, aujourd’hui il n’y a qu’une rubrique France - Monde sur 3 pages, où tout est mêlé. La direction du journal ne vient pas de la rédaction politique, il y a une volonté systématique de réduire la place de la politique dans les journaux. Plus on réduit la place de la politique, plus on donne une vision caricaturale de l’information...

Noté 5.0/5 (04 votants)

À la Une

Brèves - Voir toutes les brèves S'abonner aux brèves

Le dessin du jour