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Démocratie et libéralisme... ou néolibéralisme ?

, 8 septembre 2008

Vu 1652 fois | 2 commentaire(s) | Noté 3.0/5 par 01 votant(s)

Profitant de mes congés, j’ai pris le temps de ressortir quelques classiques tels que De la démocratie en Amérique de Tocqueville, Du Contrat Social de Rousseau en passant par Le Léviathan de Hobbes. Ils m’ont tous invité à m’interroger sur ce qui se passe dans ce monde, sur ce qui finalement "dysfonctionne" dans la démocratie et sur son devenir. Est-ce la démocratie qui génère la crise ? est-ce le libéralisme qui est naturellement en elle qui au contraire l’absorbe au point de la rendre impuissante ? ou est-ce simplement l’émergence d’une tendance néolibérale et sauvage qui profite de la faille et des contradictions entre démocratie et libéralisme pour s’imposer comme le seul système viable ?

La "Démocratie Libérale" est elle possible au XXIe siècle ? La pensée et la démarche collective voulue par les principes démocratiques est-elle compatible avec l’individualisme généré par une responsabilité et une liberté individuelle voulue par le libéralisme ? Ne sont-ce pas là les véritables questions que nous devrions nous poser devant la crise démocratique que nous traversons depuis quelques décennies ? La démocratie, par son principe d’égalité de droit, n’a-t-elle enfermée le citoyen dans une sphère confortable, lui faisant oublier ses devoirs et où seule la dimension de ses droits individuels prévaut sur ceux de ces concitoyens ? n’est-ce pas de là que naît cette dimension plus forte, sans doute trop forte, au libéralisme par rapport à la démocratie, ouvrant grand la porte au néolibéralisme ?

Il semble que le point d’équilibre qui permettait le contrat acceptable entre démocratie et libéralisme soit en train de se dissoudre progressivement. S’appuyant sur son histoire et celle des siècles précédents, considérant la nécessité de conduire le changement social comme impératif ultime, le XXe siècle aura été celui des Etats, certes parfois pour le pire, la guerre, les totalitarismes, mais bien souvent pour le meilleur grâce à la mise en place d’institutions internationales et par l’organisation de systèmes protecteurs pour les plus faibles.

Aujourd’hui, laissant croire au citoyen qu’il est capable de se gouverner lui-même, lui faisant oublier son histoire et celle de ses ancêtres, les tenants de la pensée néolibérale, qui n’ont pour seul but de capter le pouvoir suprême, enferment le citoyen dans cette sphère individuelle. Ils cherchent à annihiler la nécessité de la chose politique, en tentant de nous démontrer que toutes ces institutions ne sont que des freins au développement, qu’ils sont issus d’une vision archaïque de la société, s’attachant pour cela à n’en faire émerger que la lourdeur et les coûts qu’ils représentent et se gardant bien de mettre en avant les fonctions qu’ils remplissent. Leurrant le citoyen dans leur volonté de lui donner plus de droit, les tenants du néolibéralisme tentent de justifier la nécessité de s’en débarrasser au plus vite.

Il apparaît de plus en plus que la démocratie seule est impuissante devant cette situation : elle est certes l’idée dominante voulue par les citoyens du monde, relayés en cela par les politiciens, mais elle semble n’avoir aucune prise sur la remise en cause de ce qu’elle a pu produire de meilleur. Nous sommes entraînés dans une spirale qui dilue la démocratie dans le libéralisme, donnant ainsi naissance à un monstre dont le néolibéralisme est probablement la souche. Devant ce constat, l’enjeu pour nous citoyens de ce XXIe siècle sera de reconstruire cet équilibre entre démocratie et libéralisme en s’appuyant sur un modèle de société qui permette de redonner un sens à la citoyenneté, à la démocratie et à l’idée de ce qu’est le libéralisme des Lumières.

Le libéralisme ne pourra être perçu par le citoyen comme un bénéfice, que dans la mesure où la démocratie au travers de ses institutions se rendra de nouveau capable de jouer son rôle. Malheureusement, les effets de la mondialisation ont eu pour résultat la création de multinationales puissantes qui échappent au pouvoir démocratique. Il en résulte ainsi une déconnexion entre l’espace politique et l’espace économique. C’est le mal de nos démocraties. Voulant aller dans le sens des libertés individuelles, nos politiques, en principe garants de l’équilibre entre démocratie et libéralisme, ont contribué à fabriquer eux-mêmes cette totale liberté du pouvoir économique, un pouvoir qui finit par les dépasser. Ce pouvoir est devenu tellement incontrôlable qu’il finit par absorber les valeurs démocratiques au profit des seules valeurs individuelles, laissant place à une pseudo liberté, une égalité de façade. Quant à la solidarité, elle ne représente aux yeux de ce pouvoir qu’un fardeau nuisible à une croissance qui est devenu le but ultime de ce libéralisme transformé de fait en néolibéralisme.

Devant un tel constat, les remèdes n’apparaissent pas évidents et nécessitent sans doute de sacrifices immédiats, à tel point que le citoyen semble baisser les bras, préférant se laisser porter par ce vent de folie, tout en tentant de sauver le peu de droit qu’il lui reste. Il nous faut sans doute commencer par soigner cette cécité générée par les visions « courtermistes » des néolibéraux. Pour y parvenir, certains évoquent la révolution comme indispensable, une remise à plat totale du système... Pour ma part, je reste convaincu que reconstruire un modèle de démocratie libérale sur les bases existantes sera suffisant. J’ai même la conviction que cette reconstruction ne peut que venir du continent d’où ont émergé les Lumières, c’est-à-dire au travers de la construction européenne ; mais encore faut-il que notre Europe se dote rapidement de structures pour exister politiquement en vue de s’affirmer comme une nation à part entière. Il y a urgence car le modèle américain, fort de sa puissance et de son rôle dans le monde, impose son pas aux autres nations tout en tentant de ralentir le développement de puissances émergentes qui pourraient bien devenir un jour un nouveau « modèle »…

Je rejoins en cela la vision éclairante de Marcel Gauchet qui considère que l’autonomisation du citoyen lui a permis de se séparer de la religion, alors même que celle-ci était un élément structurant entre démocratie et libéralisme et qu’à l’entrée dans ce XXIe siècle, il y a donc nécessité de sortir des visions à court terme et de réfléchir à un nouvel élément structurant. Les valeurs démocratiques sont toujours là et sans doute plus présentes que jamais au travers des Droits de l’Homme, et aussi chez nous au travers notre triptyque républicain. Mais il manque cet élément structurant pour rééquilibrer les pouvoirs et faire en sorte que « la démocratie libérale » devienne une réalité.

Noté 3.0/5 (01 votants)

La réponse de Massoud

Posté le 21 septembre 2008, à 23h 28mn 30s
Démocratie et libéralisme... ou néolibéralisme ?

Vous expliquez trés bien que le libéralisme a défiguré la démocratie, alors pourquoi vouloir une démocratie libérale ? Le libéralisme est une resurgence du temps où la loi du plus fort dominait et qui a, aprés plusieurs siècles, était renversée par une poussée collective. Alors comment faire cohabiter la loi du plus fort (le libéralisme) et tout ce qui se bat contre elle (la démocratie) ?

Posté le 22 septembre 2008, à 09h 25mn 34s
Démocratie et libéralisme... ou néolibéralisme ?

Merci Massoud pour votre commentaire. Le libéralisme n’est pas une résurgence du temps où la loi du plus fort était la meilleure, au contraire, l’ idée libérale est issue du siècle des Lumières et s’est ensuite affirmée pendant la révolution, elle implique une limitation des pouvoirs par le pouvoir ( principe de séparation ), l’abolition des privilèges, le partage et l’égalité devant la justice, elle rejette le principe du fait du prince et de l’arbitraire, le libéralisme est une philosophie une philosophie méritocratique qui aspire à substituer le talent vérifiable à l’héritage du rang par le sang comme facteur de promotion sociale.

On le voit le libéralisme est une philosophie issue de la raison, et non du droit naturel, il libère l’initiative individuelle mais aussi les responsabilités au travers des droits ET des devoirs qui s’y attachent.

Vous avez raison dans un sens, le libéralisme seul ne peut garantir l’intérêt collectif, il ne peut permettre le passage de l’état nature à l’état social que par l’apport de la démocratie. De son côté, la démocratie seule, est limitative dans le sens où elle annihile la liberté individuelle en imposant le règne des masses, qui plus est, le suffrage universel qui devrait en principe garantir l’autonomie et débouche pas sur un autogouvernement, mais conduit à au contraire à une perte de maitrise collective ; de fait, le parlement peut se révéler impotent, ce fait génère des frustrations telles qu’elle peuvent engendrer l’antiparlementarisme puis le totalitarisme telle que nous l’avons vu dans les années 30, le libéralisme représente donc le complément essentiel à la démocratie permettant de garantir l’équilibre entre l’initiative individuelle héritage du droit naturel et la nécessité de prendre en compte l’intérêt collectif. L’harmonisation entre ces deux principes, est complexe si ils restent dans des mains qui ont des vues strictement partisanes et dogmatiques au dépend de l’intérêt collectif, il y a donc nécessité de redonner le ciment nécessaire pour maintenir cette harmonisation, Voltaire dans le Contrat Social évoque ceci : « C’est ce qu’il y a de commun dans les différents intérêts qui forme le lien social, et s’il n’y avait pas quelque point dans lequel tous les intérêts s’accordent, la société ne saurait exister » C’est bien là que se trouve cette faille aujourd’hui, il manque ce point de convergence Nous sommes souvent victime d’une confusion des genres, bien souvent entretenues pas les politiques des deux bords qui dénature le libéralisme et ma démocratie, quitte à mettre en opposition les deux principes fondamentaux, côté gauche ils s’attachent à limiter le principe libéral à une notion économique donc l’utilise comme repoussoir de la droite , qui elle-même s’attache n’y voir que l’expression de la défense des intérêts individuelles, les uns et les autres faisant oublier aux citoyen leurs devoirs au seul profit de leurs droits. C’est un jeu dangereux qui ne fera que détourner le citoyen du socle commun et de l’intérêt collectif qui peut avoir pour conséquence des aventures fâcheuses pour notre pays, c’est bien d’ailleurs ce qui a motivé mon engagement au MoDem, car je considère que le rôle de la politique doit être justement d’assurer ce ciment exprimé dans les valeurs des Lumières, pour permettre ce lien social indispensable à l’existence de toute société. Il est à noter que chaque fois que notre pays a su faire travailler ensemble ses antagonismes (de forme) au profit de l’intérêt collectif, celui ci s’est avéré fort capable de déplacer des montagnes…

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