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Sarkozy, l’erreur historique

, 31 août 2008

Vu 2631 fois | 1 commentaire(s) | Noté 4.2/5 par 05 votant(s)

Jean Peyrelevade vient de publier chez Plon un livre au titre provocateur : Sarkozy, l’erreur historique. Je vous recommande vivement de lire ce livre à trois titres :

1- Pour sa vertu pédagogique (un vrai cours de macroéconomie pour les nuls !) ;

2- Pour la synthèse des chiffres de l’économie française comparée à l’Europe, dont l’Allemagne, nous aidant à comprendre la réalité et l’évolution depuis 10 ans (je suis d’ailleurs fière d’avoir contribué à la collecte de ces données), ainsi qu’une rétrospective même depuis le premier choc pétrolier des années soixante-dix ;

3- Pour une analyse claire et limpide, qui apparaît comme une évidence et qui pourtant apporte un nouvel éclairage à la politique économique de la France, certes critique à l’égard du gouvernement actuel (et de ses prédécesseurs), mais aussi constructive car conclue par des propositions réalistes. C’est un langage de vérité que les Français devraient apprécier, eux qui commencent à réaliser les mensonges, la langue de bois et les fausses promesses dont ils sont l’objet électoral.

Que nous révèle ce livre en substance ?

Que les problèmes de ralentissement économique de la France proviennent essentiellement de deux maladies :

- La détérioration forte des marges des entreprises françaises (les PME), comparées à nos voisins européens et même mondiaux, handicapant nos entreprises en matière de capacité d’autofinancement, donc d’investissement notamment en recherche et développement. Ce phénomène explique leur problème de compétitivité concurrentiel à la fois en termes de prix de vente et de niveau de l’offre, en particulier dans l’industrie (80% de nos exportations), d’où une réduction progressive des exportations et une augmentation des importations, donc un déficit commercial qui équivaut aussi pratiquement au déficit public ;

- Un déficit public important et endémique de presque 3% du PIB (limite autorisée des critères de Maastricht coûtant donc 3 points de croissance !), alimentant une dette publique gigantesque de 1 200 milliards d’euros (atteignant à 64% du PIB annuel de la France, presque égale aussi à la limite du critère autorisé de Maastricht sur la dette). Non seulement ce déficit est insupportable et révèle un Etat qui vit au dessus de ses moyens. Ce même déficit finance les besoins d’aujourd’hui par l’impôt de demain supporté par les générations futures, mais il est la source même du problème de réduction des marges des entreprises et de notre problème de croissance.

Des propositions

Il faut donc commencer par réduire le déficit public et soutenir les PME, en allégeant leurs prélèvements fiscaux et leurs charges sociales comme le disait François Bayrou dans son programme présidentiel (les 2 emplois sans charge pour les PME, le Small Business Act,…), afin qu’elles puissent reconstituer leurs marges et investir pour l’avenir et pour retrouver leur compétitivité.

Or les réformes engagées par Nicolas Sarkozy n’attaquent pas ce problème de fond, ni celui du déficit (qu’il dit vouloir combattre mais s’engageant à une réduction de 1 milliard d’euros par an pendant les 5 ans de mandature, autrement dit rien) ; elles sont « cosmétiques », populistes car démagogiques et inefficaces :

- La relance par la demande prétextée par Nicolas Sarkozy est un leurre surtout dans un contexte d’offre insuffisante (excédent d’importations et la demande excédentaire aurait pour effet d’augmenter encore de 40% les importations) et elle entretient de surcroît une illusion auprès des citoyens, payante électoralement que la relance est compatible avec une hausse de pouvoir d’achat. Cette politique enfonce de plus en plus nos espoirs futurs de croissance. Seule une politique de l’offre serait aujourd’hui efficace à l’égard des entreprises et de la production ;

- Les économies attendues de certaines réformes (non remplacement des départs en retraite des fonctionnaires, simplifications administratives, fusions d’administrations) ne sont pas à l’échelle nécessaire et ne pourront se faire que dans la durée (il sera alors trop tard !). Il faudrait plutôt de la rigueur et avoir le courage d’augmenter l’impôt des ménages (et non des entreprises), mais néanmoins sans l’augmenter sur les couches sociales défavorisées et même les classes moyennes. On pourrait même supprimer carrément l’impôt sur les sociétés (qui est aujourd’hui d’un tiers), ce qui permettrait aux entreprises à la fois d’augmenter l’investissement et les dividendes versées aux actionnaires (sur lesquelles l’Etat pourrait appliquer un taux de prélèvement plus important pour récupérer d’un côté l’impôt abandonné de l’autre).

Jean Peyrelevade nous explique aussi son désaccord avec une imposition de type TVA sociale (qui est tout sauf sociale !), rappelant aussi que la TVA est une « Taxe sur la Valeur Ajouté » dont on oublie trop souvent le dernier terme (taxe grevant aussi la valeur ajoutée des entreprises) en l’assimilant à une taxe sur la consommation (grevant le consommateur), alors qu’il faut tenir compte des effets induits de prix. Cette TVA « sociale » permettrait, d’après certains, de bénéficier d’un effet équivalent à une dévaluation monétaire au sein de la zone euro, en avantageant les exportations et en renchérissant les importations (que la France ne peut faire sur l’euro), mais qui sans rigueur pourrait être annihilée par d’autres effets.

Dès sa parution, le livre a dû piquer au vif et a donc reçu des critiques acerbes, notamment dans Les Echos (surtout celui-ci et celui-là de Jean-Hervé Lorenzi ou encore l’article de Eric Chaney) et dans Le Figaro (Nicolas Baverez qui a conseillé Nicolas Sarkozy se sent personnellement visé par la critique) qui ont essayé de parer aux attaques de Jean Peyrelevade, prétextant que les critiques sont plutôt « personnelles » à l’égard de Nicolas Sarkozy que sur le fond (ce qui est complètement faux, au contraire), que Jean Peyrelevade ne propose rien ou de manière évasive (encore faux !), à croire que ses détracteurs sont de mauvaise foi ou n’ont pas lu le livre. De plus, ils disent absolument n’importe quoi, le renvoyant aux nationalisations engagées par François Mitterrand en 1981 (alors qu’il s’est exprimé en opposition à ces nationalisations), aux déboires du Crédit Lyonnais et de l’affaire Tapie (alors qu’il est arrivé un an après pour redresser la Banque), à l’affaire Executive Life (également datant d’avant son arrivée, lui-même ayant été mis en examen par le gouvernement de Californie à titre de « faux témoignage » et reconnu innocent). Mais on sait tous aussi que Les Echos appartiennent à Bernard Arnaud et Le Figaro à Serge Dassault … Le Monde, de son côté, respecte une totale neutralité et reprend des extraits de l’ouvrage.

Certes, le titre est provocateur et Jean Peyrelevade s’en excuse dès l’introduction. Il aurait pu s’intituler « Sarkozy, un tournant historique ? » ou bien « L’Empire Sarkozy empire la France » ou « Sarkozy : des fausses réformes » … Peu importe, c’est le contenu du livre qui est intéressant, un message de vérité.

Jean Peyrelevade est un homme courageux, intelligent, exemplaire et hors du commun. Ce n’est ni l’argent qui l’intéresse (il était un des patrons du CAC 40 le moins payé, volontairement eu égard aux salaires indécents de ses confrères), ni les honneurs et les paillettes. Il défend des idées et il a à cœur de redresser la France. Je peux témoigner personnellement de ses valeurs personnelles, de son charisme et de sa droiture. Lorsqu’il a redressé le Crédit Lyonnais, j’y travaillais et j’ai eu l’occasion de le rencontrer déjà à l’époque, m’étant occupée du plan de secours de l’incendie du Siège et du passage à l’euro des Marchés de Capitaux. Ce qu’il a fait est exemplaire. Tous les salariés ont fait un sacrifice, de salaire et d’efforts redoublés pour que la Banque s’en sorte (l’activité bancaire, elle, était saine bien, malgré les investissements malheureux des filiales Altus et SDBO, mais a dû en subir cruellement les conséquences notamment sur son personnel). Ils étaient tous fiers de ce redressement et de leur président, que leurs efforts portent leurs fruits.

Certains reprochent aussi à Jean Peyrelevade de ne pas tenir compte des risques de récession (politique de rigueur plus difficile dans un tel cas) et de la récente crise financière et énergétique, dont il parle peu, se concentrant sur son sujet. Mais c’est volontairement qu’il n’a pas voulu mélanger tous les problèmes. Parlons déjà de la situation actuelle. Si elle s’aggrave avec d’autres crises, d’autres « infections » dans notre économie, il faut quand même déjà soigner nos deux maladies principales.

Jean Peyrelevade apporte aux Français un message de vérité. Mais cette vérité dérange, car elle appelle des sacrifices et elle met en exergue « l’erreur historique » de Nicolas Sarkozy.


Article publié également sur Mediapart, AgoraVox et sur le blog Marianne Republique

Lire l’entretien de Jean Peyrelevade aux Echos, le 25 août 2008.

Noté 4.2/5 (05 votants)

La réponse de JF le démocrate

Posté le 1er septembre 2008, à 21h 14mn 41s
Sarkozy, l’erreur historique

Bonsoir, Je n’ai pas encore lu le livre de J. Peyrelevade, mais à coup sûr je vais me le procurer. Je n’aurai pas la prétention de me hisser au niveau d’expertise que doit posséder J. Peyrelevade, notamment en matière de macro-économie. Cependant, je suis assez surpris que dans ce résumé on ne parle pas de politique industrielle. Car c’est me semble t-il ce qui fait cruellement défaut à notre pays depuis de longues années... Que nous dit Sarkozy pour sortir de la crise et du chômage ? "Entreprenez..." OK, mais dans quel domaine ? Quels sont aujourd’hui les domaines d’excellence de la France en matière industrielle (j’exclus volontairement le domaine des services qui fonctionne relativement bien) ? Que fabriquons-nous concrètement ? Pour ainsi dire rien. Nous sommes aujourd’hui cantonnés à des niches industrielles relevant de la très haute technologie (avions Airbus, TGV...), alors que nos voisins allemands sont eux par exemple spécialisés dans la conception et la production de machine-outils dont ils sont devenus un acteur incontournable (même la Chine ne peut se passer des machines-outils allemandes). D’un côté, nous obtenons de temps à autres de gros contrats très médiatisés, alors qu’il me semble que de l’autre le flux d’exportations allemand (outre la part qu’ils prennent dans Airbus par exemple) est beaucoup plus régulier... Le fond du problème est me semble t-il celui-là : faute de véritable politique industrielle capable de nous assurer une "rente" régulière dans des domaines bien ciblés, notre industrie ne produit quasiment plus rien. Il n’y a qu’à voir le ratio entre les dépenses salariales dans notre pays (charges incluses) et notre PIB : de mémoire celui-ci est de l’ordre de 5 (information à vérifier toutefois). Alors forcément, on importe beaucoup, on n’exporte peu et on se concentre sur les services. N’est-ce pas là un vrai problème ?

» Quid de la politique industrielle ?

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