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Le Mouvement Démocrate et la diversité culturelle

, 6 août 2008

Vu 2168 fois | 2 commentaire(s) | Noté 1.0/5 par 04 votant(s)

L’identité politique du Mouvement Démocrate (MoDem) repose très largement sur la volonté de ses dirigeants et de ses membres d’œuvrer à l’instauration d’une démocratie plus humaine.

À la question de savoir quelle société nous voulons, les démocrates que nous sommes répondent sans hésitation : une société plus juste et plus créative.

François Bayrou, m’accusant réception d’un mémoire consacré à la situation des Sikhs de France au regard de l’universalité des Droits Humains, m’a lui-même récemment confirmé que : « …le respect de la personne humaine et des minorités est au cœur de notre projet. »

J’ai en effet coordonné depuis cinq ans la résistance pacifique des Sikhs pour le « Droit au Turban ». Cette mobilisation a surpris par son ampleur et son efficacité. Elle compte parmi celles qui nous ont enseigné que si il y a une nouvelle source de pluralité, c’est bien celle de la diversité des sujets sociopolitiques ayant surgi dans la sphère civique mondiale depuis la fin du siècle dernier.

J’avais moi-même placé dès le premier instant ce combat sous la bannière du « Droit à la différence ».

C’est pourquoi je soutiens aujourd’hui que le MoDem doit se placer à l’avant-garde d’une part de la compréhension du lien que la problématique de la diversité culturelle entretient avec la démocratie dans le contexte de la mondialisation et d’autre part de la réflexion humaniste sur le couple diversité-unité.

Car le thème de la culture et des cultures a trop longtemps été esquivé. Or il constitue un enjeu majeur de la confrontation ou au contraire de l’harmonisation entre les modes de percevoir, de concevoir et de bâtir le lien universel.

J’ai pour habitude de paraphraser André Malraux en disant que : « La civilisation du XXIe siècle sera globale ou bien ne sera pas ! »

La question de la diversité culturelle s’est en effet avérée centrale et cruciale à mesure que s’est élargi l’éventail des acteurs raisonnant et agissant en termes planétaires.

Faut-il rappeler que des enfants appartenant à un groupe humain particulier se sont vus refuser l’accès à l’école publique par l’Etat qui se veut le garant des Droits de l’Homme et l’héritier de la philosophie des Lumières ?

« La seule chose qui soit universelle concernant les Droits de l’Homme, c’est leur violation ! ». Voilà la première remarque que me fit en 2004 le Président de la Commission indienne des Droits de l’Homme, lors d’une audience consacrée à l’affaire du turban sikh en France.

La reconnaissance de la diversité culturelle comme composante essentielle des droits humains est un phénomène nouveau. Son cheminement, lui, ne l’est pas ainsi que le note M. Armand Mattelard dans son excellent ouvrage paru aux Editions de la Découverte sous le titre Diversité culturelle et mondialisation.

L’ethnologue Jean Monod écrivit en 1973 en forme d’épitaphe pour une autre culture assassinée, celle des indiens Yaqui, un texte qui me marqua à jamais :

« Si l’enjeu de l’existence de l’espèce résidait dans l’écart risqué entre ses membres ? Si l’unité était à cette condition, horizon toujours élargi multipliant sans fin ses chances, toute autre définition ne visant qu’à interrompre sa croissance et trahissant l’asservissement du savoir à la loi, de l’esprit à la force, de l’individu non à l’espèce (dont nul ne peut sans terrorisme arrêter la figure, en chaque homme, époque, civilisation ressuscitée hors de ses détournements enfantins), mais à l’armée des petits chefs qui, pétrissant l’humanité à l’image de leur pessimisme, font révérer comme nécessaire l’ordre qui favorise leurs prédations ? » Dans son dernier ouvrage, l’anthropologue Maurice Godelier souligne de son côté que communauté et société ne forment pas nécessairement des entités équivalentes et rivales au regard des sciences sociales, il rappelle également :

« Bien entendu, lorsqu’un groupe humain se voit interdire l’accès à l’école du fait d’un aspect de son identité, c’est cet aspect …qui passe, au yeux des autres, mais pas forcément à leurs propres yeux, au premier plan, refoulant les autres à l’arrière-plan, réordonnant et subordonnant toutes les autres identités que recèle chaque groupe humain et chaque individu »

Cette constatation illustre parfaitement la légitimité des craintes collectives quant à l’homogénéisation des modes de vie et de pensée.

Pour ma part, j’estime disposer des éléments de culture(s) nécessaires et suffisants pour maintenir dans mon esprit et mon comportement une distinction claire entre communauté de destin spirituel et communauté de destin social et politique. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une définition saine et paisible de la laïcité.

Dès 1982, l’Unesco lors de sa conférence mondiale de Mexico posa ou plus exactement reposa une définition de la culture comme : « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social et englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

La réhabilitation de la notion large de culture marque un affranchissement par rapport à l’emprise de la conception instrumentale de la communication et de l’information et donne son vrai sens aux notions de diversité culturelle, d’identité culturelle et de rapports interculturels.

Mais plus de vingt ans, coïncidant avec l’offensive du projet néo-libéral de globalisation que nous combattons, se seront donc écoulés avant qu’une configuration inédite d’acteurs - barbus et enturbannés pour certains - cherche à convertir cette définition de la culture en un instrument juridique capable de soustraire l’ensemble des expressions culturelles à la seule règle de la marchandise.

Car c’est désormais aux citoyens qu’incombera la responsabilité de défendre les Droits Humains, les leurs et ceux des autres, lorsque ceux-ci se trouvent menacés. Les États sont, en cette matière, entravés par leurs intérêts économiques et stratégiques. C’est pourquoi certains demeurent à la traîne tout en proclamant être à l’avant-garde.

Même si nous assistons manifestement à un phénomène nouveau : la formation d’une sphère publique qui cherche à conjuguer l’impératif de l’interculturalité avec le principe d’égalité.

Une démarche historique au sein de laquelle le Mouvement Démocrate, tant au plan national qu’international, doit jouer un rôle de premier plan.

Noté 1.0/5 (04 votants)

La réponse de JF le démocrate

Posté le 8 août 2008, à 00h 38mn 57s
Le Mouvement Démocrate et la diversité culturelle

Mille fois d’accord avec vous pour ce qui est de rendre la culture de notre pays à l’image des personnes le constituant. Nous sommes dans un pays pluri-culturel et il ne serait aucunement raisonnable voire clairement contre-productif de vouloir faire une harmonisation en ce domaine, préjudiciable aussi bien aux uns qu’aux autres. Car l’une des richesses de notre pays, l’un de ses attraits aussi, c’est ce melting-pot qui fait qu’aujourd’hui nous ne sommes pas uniquement soumis à une pensée unique.

Toutefois, il est une règle ou plutôt une loi fondamentale à laquelle je suis personnellement attaché, et je pense qu’il en est de même pour la majorité de mes concitoyens : le PRINCIPE DE LAICITE. Si de mon point de vue, le mélange culturel est un atout pour notre pays, en revanche, je suis particulièrement hostile envers toute sorte de communautarisme, qui revient d’ailleurs, par la constitution de groupes cloisonnés, à annihiler purement et simplement la pluralité culturelle nationale. Et malheureusement les religions ont démontré qu’elles étaient souvent propices à générer ce type de cloisonnement...

Vous écrivez : "Pour ma part, j’estime disposer des éléments de culture(s) nécessaires et suffisants pour maintenir dans mon esprit et mon comportement une distinction claire entre communauté de destin spirituel et communauté de destin social et politique. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une définition saine et paisible de la laïcité."

Et je vous crois sur parole. Mais est-ce vraiment le cas de tout le monde ?!

Je suis personnellement complètement favorable au développement de cette diversité culturelle qui constitue l’une des richesses de notre pays, ... mais à condition toutefois d’un STRICT respect des règles de la laïcité telles qu’elles ont été édictées il y a plus d’un siècle déjà pour leur grand principe, et il y a quelques années pour certains aspects particuliers destinés à répondre à une certaine forme de dérive communautariste : je pense bien entendu à l’interdiction de toute forme ostentatoire d’appartenance à une religion à l’Ecole de la République ou lors de procédures administratives (photos d’identité, etc...). Le port du voile à l’Ecole ou lors des photos d’identité (quelle tristesse de voir que récemment une personne a été expulsée du territoire français parce qu’elle refusait d’ôter son voile pour une simple photo d’identité...) est clairement interdit par la loi. Je ne sais pas quel est le statut du turban, mais s’il constitue un signe ostentatoire religieux ou d’appartenance à une communauté donnée, ... alors - je vous le dis en toute franchise - ceci ne peut que me laisser l’impression qu’il devrait être remisé au placard dans certains cas particuliers, ceux fixés par la loi sur la laïcité.

La richesse culturelle d’un pays n’est aucunement synonyme de communautarisme, ce dernier affaiblissant me semble t-il la culture d’un pays par un phénomène de cloisonnement. Chaque culture doit constituer un élément d’un tout, et le repli sur soi-même et ses "proches" n’est à coup sûr profitable à personne.

En ce sens, et j’insiste bien sur ce point, je souhaite que la loi sur la laïcité ne soit jamais remise en cause, car elle constitue la base d’une intégration républicaine au-delà de toute tentation communautariste.

» La richesse culturelle, mais sous condition

Posté le 6 août 2008, à 21h 45mn 14s
Le Mouvement Démocrate et la diversité culturelle

Au Mouvement Démocrate nous sommes particulièrement attachés à la laïcité, que le président de la République s’est permis de remettre en cause en défendant la légitimité du rôle "moral du curé". S’attaquer à la laïcité c’est (dans un pays il existe toujours une religion majoritaire) permettre à une religion d’avoir une emprise sur la société et un pouvoir politique. Par ailleurs, s’il a encouragé les communautarismes c’est par pure démagogie et clientélisme, et pour mieux contrôler des communautés en achetant les bonnes grâces d’un composant d’un groupe religieux, au détriment des autres composants.

Votre exposé est fort intéressant, et il y a, à mon avis, bien longtemps, que les intellectuels en France manifestent une volonté de défendre les minorités (ce qui va parfois, regrettable dérive, jusqu’à les victimiser, et à faire parfois du misérabisme. Chacun a pris conscience des excès des politiques d’intégration forcée (l’intégration, quand on laisse faire, se fait à mon avis, toute seule) et l’acculturation nous révulse tous. Au point qu’on enseigne maintenant (avec options correspondantes au bac) le moindre dialecte.

Néanmoins il me semble que vous faîtes un amalgame entre culture et religion, ce qui m’inquiète. La laïcité garantie la liberté de culte, ce que les pays non laïcs ne permettent pas toujours. Le port du foulard a été condamné à l’école (y avait-il lieu d’en faire une loi, là je ne suis pas d’accord : on a ainsi fait des martyrs et des victimes de persécution de gens qui prétendaient remettre en cause une loi de la République) en tant que signe ostentatoire d’une religion, toute la problématique se situe bien dans le fait qu’on ne peut prouver que ce voile est porté en signe d’appartenance à une religion et non en tant que signe d’appartenance culturelle (les vieilles Corses, Grecques, Espagnoles portent aussi des foulards).

Chacun sait également que l’islamisme est en fait une mouvance politique qui récupère des laissés pour compte de nos pays et des pays pauvres, et que le prétexte religieux a été utilisé dans notre société en d’autres temps pour se maintenir au pouvoir ou en avoir plus (lire ou relire Tartuffe de Molière...)

Les croyants de toute religion sont libres de créer des écoles religieuses en France : l’enseignement seul est obligatoire - et non pas l’enseignement laïc, la loi n’oblige qu’à intégrer dans cet enseignement ’un programme minimal et défini.

Pour ce qui est du néo-libéralisme je suis bien d ’accord sur le fait que tous ses mécanismes convegent pour que les jeunes cerveaux soient libres pour consommer et soient soumis au pouvoir économique. Je serais tout à fait d’accord pour qu’on rétablisse en France le port d’un uniforme scolaire dans tous les établissements (même si cela fait "militaire"), ce qui éviterait à tous les écoliers de se conformer au dictat de la mode, des "marques" et donc de la loi du marché.

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