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Vu 1167 fois | 12 commentaire(s) | Noté 3.9/5 par 07 votant(s)
Après avoir lu et relu, les articles et les commentaires sur le web sur cette réforme, je reviens consterné, comme à l’accoutumée, par l’absence totale de débat sur le fond. La presse nous a habitué à réduire l’actualité à quelques phrases légères, impactantes et comestibles et à quelques photos choc. Le débat tourne donc très vite au café du commerce. C’est une bataille d’opinion sans opinion et c’est bien triste. Cela me rappel tristement les débats pour l’élection présidentielle de 2007.
C’est donc en tant que constitutionnaliste -3 ans de spécialité, faut bien que ça serve - et après avoir attentivement assisté aux conférences de Arnaud Montebourg (PS) et de Corinne Lepage (MoDem) sur la 6ème république, que je peux vous affirmer que le compte n’y ai pas, notre république souffre encore de ses lacunes institutionnelles, mais il ne faut pas rêver, seul le peuple est capable d’un tel courage, quand il n’est pas endormi.
Voici le petit pas que nos parlementaires ont bien voulu faire, pour une réforme plus que nécessaire. C’est mieux que rien. Le PS a été incapable de la faire lorsqu’il était au pouvoir. Il donne des leçons mais ferait mieux de « balayer devant sa porte ». Si il y a eu marchandage chez nos députés, honte à eux. Mais c’est encore la triste réalité de notre vie politique, à gauche comme à droite, les votes se marchandent.
Alors voici les réformes adoptées, celles qui ne l’ont pas été restent pour la prochaine fois, mais sincèrement je pense que seule une pression populaire fera un jour la différence.
La réforme pour les nuls :
Rééquilibrage du temps de parole entre les différents groupes politiques : c’est la clé de la démocratie, l’expression de tous en assemblée. C’est l’origine de la démocratie. C’est insuffisant mais c’est déjà ça. Nous devons attendre la mise en œuvre de ce nouveau principe lorsque le parlement votera la loi d’application. Mais le mot est lâché et écrit dans notre loi fondamentale : pluralisme, c’est-à-dire que François Bayrou, Olivier Besancenot ou Marine Le Pen auront la parole s’ils sont élus.
Limitation à deux mandats présidentiels : Nicolas Sarkozy pourra se représenter en 2012 mais à la fin du deuxième mandat, ce sera fini. Ouf ! Chirac ou feu Mitterrand ne peuvent plus se représenter.
Extension du référendum d’initiative populaire : si quelqu’un parvient à réunir 4,5 millions de signatures d’électeurs inscrits (10%) et une centaine de parlementaires (1/5ème du Parlement), il pourra présenter une question au vote des Français (référendum). Sachant que l’UMP revendique 290 000 adhérents, le PS 250 et le MoDem 60 (mais qu’en réalité ils gonflent tous leurs chiffres de 20% au moins), on peut dire que ce quelqu’un peu aussi présenter un nouveau parti et gagnera largement la présidence de la république !
Contrôle des nominations effectuées par le président de la République : c’est une réelle limitation des pouvoirs du Président qui pourra voir ses nominations refusées par le Parlement (sauf s’il contrôle la majorité parlementaire comme c’est le cas de l’UMP). Nomination par le président : Premier ministre, ministres, ambassadeurs, préfets, recteurs d’académie, conseillers constitutionnels, etc.
Le président ne conserve plus que le droit de grâce individuel. Le droit de grâce collective disparaît.
Possibilité pour le chef de l’Etat de s’exprimer devant le Parlement : ce n’est pas une calomnie comme le crient les opposants de la réforme. Il y aura débat sans vote, c’est logique. On ne va pas voter sur le projet présidentiel. Là je ne peux laisser dire à personne qu’il y a hyperprésidentialisation. Le dire serait essayé de vous manipuler.
Le nombre maximal de députés est fixé à 577 ; apparaissent les députés représentant les Français à l’étranger sans en fixer le nombre. C’est une mini-réforme qui n’ajoute rien d’essentiel. L’essentiel était de permettre aux étrangers de France de voter aux élections municipales.
Partage de l’ordre du jour : c’est la révolution parlementaire ! Le Parlement maîtrise 50% de son ordre du jour alors qu’avant, l’opposition était tenue de parler seulement de ce qui intéressait le gouvernement. On va voir si les députés vont enfin toucher leurs indemnités ! Celui de représenter le peuple et plus leur parti politique ! Mais les réformateurs eux attendaient la dose de proportionnelle, c’est à dire que le résultat des élections législatives soit une photocopie, ou une bonne esquisse au moins, de la réalité politique des Français. Cette réforme ne passe pas, parce qu’elle marquerait le déclin du PS et de l’UMP, d’une certaine élite du pouvoir.
Limitation de l’article 49.3 : l’article qui permet l’adoption d’une loi sans vote est limité aux budgets de l’Etat, de la Sécurité sociale et "à un autre texte par session". Pas mal, le Parlement est encore une fois « démuselé ». Il ne pourra plus se flageller en se nommant « simple chambre d’enregistrement ».
Exception d’inconstitutionnalité : C’est le droit au citoyen de saisir le Conseil constitutionnel s’il trouve qu’une loi est contraire à la constitution, encore faut-il la lire : constitution de la Vème république (PDF). Mais c’est une vraie mesure de démocratie directe. Le citoyen peut enfin saisir directement, sans entrave politicienne ou administrative, le seul tribunal qui peut juger la loi en fonction de la loi suprême, la déclaration des droits de l’homme, la constitution de 1958 et l’introduction de la constitution de 1948 qui est toujours valable.
Les langues régionales appartiennent "au patrimoine de la nation" : Une belle revanche à la doctrine de l’Etat Nation (une langue, un drapeau, une frontière, etc.…). Souvenons nous que des Français ont été massacrés ou humiliés par cette doctrine qui leur interdisait de dire "bonjour" en patois sous peine d’être emprisonnés ou même fusillés. C’est une posture européenne que je salue. Nous sommes différents, nous sommes libres de nous exprimer dans notre langue régionale, mais devons nous traiter comme des égaux (Liberté, Egalité et Fraternité).
Encadrement des adhésions à l’Union européenne : les Français seront rassurés, toute nouvelle adhésion sera par principe soumise par référendum populaire, sauf si le Parlement vote le contraire. Donc pour la Turquie, en principe, les Français auront le dernier mot sauf si le 3/5ème des parlementaires préfèrent voter par le référendum parlementaire.
Vous pouvez maintenant critiquer ou approuver la réforme sans être obligés de répéter les phrases toutes faites des médias ou de vos représentants préférés. Je vous félicite, vous êtes à présent un citoyen éclairé.
Posté le 2 août 2008, à 17h 16mn 16s
La réforme des institutions pour les nuls
Posté le 3 août 2008, à 12h 22mn 20s
La réforme des institutions pour les nuls
Posté le 2 août 2008, à 02h 12mn 52s
Tout ça pourquoi ?
Posté le 2 août 2008, à 16h 23mn 52s
Tout ça pourquoi ?
Et oui. C’est dure. Nous étions pionniers de la république puis du code civil au XIX siècle, avec les britanniques et les Américains, nous nous sommes fait doublé par nombres de pays nordiques en matière de progrès et de modernité politique. Plus que nos institutions c’est notre classe politique qui est la cause de nos maux. C’est une classe en circuit fermé, qui survit grâce au cumul des mandats, à l’opacité interne des partis, à la cooptation, aux casseroles que chacun d’eux traine derrière eux.
Alors ce petit pas institutionnel est comme un soubresaut. Ce n’est pas la révolution orange. Mais croyez vous qu’il suffise de la clamer ? Non, ni même le MoDem aujourd’hui n’est en condition d’imposer un nouveau régime, nous n’y parviendrons pas seuls. Nous aussi nous avons du chemin à faire. Le secret de notre réussite ce sont nos militants. Ces citoyens engagés qui font le terrain, labourent les réseaux, s’impliquent aux instances locales, associatives ou représentatives.
Alors tout ça pourquoi ? Attendons d’être près à prendre le pouvoir, réellement, puis ensuite donnons des leçons à nos parlementaires.
Posté le 2 août 2008, à 21h 43mn 25s
Oui d’accord mais ...
D’accord pour cette réponse. Construisons avec enthousiasme mais soyons clairs : Les tricheries revendiquées et organisées du pouvoir avec les "interventions incongrues" et la mise en coupes réglées de la télévision sont de lourds handicaps.
Nous sommes comme un coureur honnête qui doit concourir contre un coureur dopé.
Alors ne nous faisons pas beaucoup d’illusions , si nous n’arrivons pas parallèlement à notre construction (avec d’autres aussi j’espère) à lutterpour l’"équité sportive" et à obtenir une nette amélioration nous sommes cuits !!
Posté le 3 août 2008, à 12h 19mn 41s
Oui d’accord mais ...
A mon humble avis, dans notre position actuelle, sans majorité et sans groupe à l’assemblée, nous nous devons de construire notre électorat de 2012 car c’est la seule manière d’être assez influents pour changer la donne puis de changer les règles du jeux. Cela fait un quart de siècle que l’Italie lutte contre la mafia. Mais elle est tellement installée que cela devient de plus en plus difficile.
Je suis donc persuadé que le MoDem peut jouer le rôle de catalyseur d’une conscience politique nouvelle, d’un engagement ferme sur le terrain local, là ou nous pouvons nous rendre utiles et marquer la différence et médiatiquement continuer sur notre postulat de départ. Refuser de rentrer dans le jeux de la critique stérile, critiquer et approuver de manière honnête pour la France et ainsi démontrer que nous seront capable, le jour J, non seulement de récolter les suffrages nécessaires mais aussi et surtout d’avoir su entrainer, organiser et fédérer des centaines de milliers d’hommes et de femmes de talent sur tout le territoire.
Sans cela rien ne se passera.
Posté le 30 juillet 2008, à 13h 53mn 10s
La réforme des institutions pour les nuls
Posté le 30 juillet 2008, à 14h 05mn 52s
La réforme des institutions pour les nuls
Posté le 30 juillet 2008, à 15h 03mn 15s
La réforme des institutions pour les nuls
Posté le 30 juillet 2008, à 18h 48mn 59s
La réforme des institutions pour les nuls
Posté le 31 juillet 2008, à 15h 00mn 59s
La réforme des institutions pour les nuls
La proportionnelle est notre leitmotive. Je vous accorde que la réforme en est loin. Mais une avancée est une avancée et le blocage systématique est stérile et surtout fait la démonstration que notre pays souffre de la politique du tout ou rien. Ou la réforme est idéale ou elle est à jeter à la poubelle.
Ayant personnellement suivi les négociations entre les groupes, lors du travail des commissions avec Christelle de Crémiers, je peux vous dire que cette réforme est passé in extremis. C’est finalement la cohésion parlementaire qui a gagné sur la clanisme puisque la gauche, la droite et le centre n’étaient pas tous d’accord.
Ce qui tue le débat démocrate c’est que l’on n’écoute ou ne retienne que la parole des tête de parti, des porte fusil, alors que ce qui est intéressant c d’écouter nos représentants car de gauche, de droite, du centre ou du MoDem, ils sont TOUS nos représentants.
François Bayrou a voté contre, en toute clarté. Il a affirmé qu’il y avait des avancées mais totalement insuffisantes. Je suis en total accord avec cette posture.
Posté le 3 août 2008, à 11h 17mn 29s
La réforme des institutions pour les nuls
"La culture n’est pas un luxe. C’est ce qui permet à tous les peuples, et à chacun de ceux qui les composent, de s’intéresser sur leur destinée. Sur ce qu’ils sont, leur héritage, le patrimoine de symboles, peut-être de valeurs qu’ils ont en commun, de manière à chercher le meilleur cap pour l’avenir.
Toujours les films de Souleymane Cissé font sortir des questions enfouies au sein des peuples, des familles. Parce qu’il pense que les faire s’exprimer, là est la libération et le progrès.
Les griots, leur thème est le même : d’où venons-nous ? qui sommes-nous, cousins ? quel cousinage y a-t-il entre communautés, entre peuples, entre identité ? Quel est le pacte qui fait que des cousins vivent éternellement en paix ?
Quand on se dispute avec sa famille, c’est le thème du film "Yeelen" de Souleymane Cissé, c’est une déchirure intérieure profonde.
D’où aussi, une conception d’une certaine communauté politique. De quel héritage devons-nous être les défenseurs ? Qu’est-ce ça peut prendre comme visage pour l’avenir ? C’est la question même du développement.
Cette réconciliation nécessaire au développement entre le passé, le présent et le futur, cette grande cicatrisation, c’est la condition même pour que les peuples prennent confiance en eux, et pour que les plus jeunes puissent atteindre à cet exercice supérieur de l’humanité, qu’est la création.
Je crois que l’homme est fait pour créer. Création artistique, recherche, création économique, c’est le même acte (d’) êtres humains, qui font que le monde qui viendra après eux sera enrichi.
La culture ouvre à la création. La culture permet à tous les peuples de trouver en eux l’équilibre, une manière d’être qui rende pacifique, bien avec soi-même, c’est la condition pour éviter les guerres, les misères, les déchirures, tout ce qui empêche le développement."
Retranscription partielle et avec coupes, seule le prononcé fait foi.