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Langues régionales : un faux problème ?

vendredi 20 juin 2008, par outremer32

Alors que les langues régionales font débat au Parlement, ne faudrait-il pas plutôt privilégier la promotion et la défense de la langue française ? L’hégémonie de l’anglais dans le monde au détriment du français suscite toujours la controverse...

L’actuel débat sur l’inscription ou non des langues régionales dans la Constitution a quelque chose de bien surprenant pour qui veut prendre un peu de recul.

On peut certes comprendre que l’excès de jacobinisme ait fortement malmené les langues régionales. Que l’on remette les choses dans le contexte : lors de la Révolution française les Conventionnels considéraient les parlers locaux comme susceptibles d’être contre-révolutionnaires, que « l’agrégat inconstitué de peuples désunis » qu’était la France - selon l’expression de Mirabeau - devait se muer en une nation cohérente et allant de l’avant. C’est dans cette même logique progressiste que l’école de la IIIe République a été rendue obligatoire et la langue française, alors regardée comme celle de l’avenir, des Lumières, du progrès, une idée largement partagée à l’époque, y compris au fin fond des campagnes.

Qu’il y ait eu un laminage des langues régionales, que cette position impérieuse du français ait été rugueuse, sinon excessive, on peut en convenir ; elle s’explique. Qu’aujourd’hui un effort soit fait pour que l’enseignement des langues régionales soit stimulé, qu’il y ait de la création artistique, que l’on retrouve arts, arts de vivre et savoirs-faire en langues régionales, oui (exemple historique : Frédéric Mistral, avec l’argent de son Prix Nobel de littérature, a ainsi permis l’ouverture du Museon Arlaten, le Musée Arlésien, très intéressant conservatoire des arts et traditions de Basse-Provence du XIXe siècle)… Mais de là une inscription des langues régionales dans la Constitution, il y a un net décalage par rapport aux réalités du monde d’aujourd’hui, et un décalage qui me semble symptomatique d’une certaine mentalité française nombriliste et casanière. Je m’explique.

Mise en perspective

Que faire de quelque soixante-dix parlers régionaux reconnus constitutionnellement ? S’agit-il seulement d’une revanche morale des Cathares sur Simon de Monfort, ou des petits Bretons sur les hussards noirs de la République ? On pourrait aller au-delà, avec l’exigence de papiers administratifs bilingues selon chaque petit « pays », l’obligation d’enseignement en langues régionales, etc. Ce serait ingérable. Ce risque de dérapage a fait tiquer nos sénateurs comme nos académiciens… et je partage cette analyse. Qu’un enseignement facultatif, que l’encouragement à la découverte des racines, que la création artistique soient favorisées et ne subissent plus le mépris dans lequel le jacobinisme les a cantonnés, oui. Mais voyons les choses de plus haut : cette affaire a tout du faux problème !

En effet, j’aurais davantage souhaité que notre député catalan interpelle certains de nos gouvernants qui ont tendance à s’exprimer en anglais plutôt qu’en français dans des réunions internationales. J’aurais davantage compris qu’il soulève la question de l’obligation pour des Français travaillant en France dans des entreprises françaises de parler anglais entre eux sous prétexte d’améliorer l’efficacité en entretenant la langue de Shakespeare. J’aurais souhaité que soit d’abord inscrit dans la Constitution le fait que la langue française soit systématiquement employée par nos gouvernants et qu’elle soit considérée comme un atout extraordinaire favorisant le dialogue des cultures, ainsi que l’a définie la communauté francophone.

Une méconnaissance dommageable

En effet, le français dispose d’un atout inouï : elle est la seule langue avec l’anglais à être implantée et parlée de façon vigoureuse sur les cinq continents (qui plus est, elle est langue officielle d’un quart des pays membres des Nations Unies, langue de travail diplomatique internationale, des Jeux Olympiques, de l’Union postale universelle…). Depuis bien longtemps le français a cessé d’être la langue seulement des Français : elle est désormais davantage parlée hors de l’Hexagone que dedans (62 millions de Français pour environ 200 millions de locuteurs francophones réels dans le monde). Mais cet aspect semble mésestimé, sinon ignoré de bon nombre de nos compatriotes, l’actuel débat le démontre clairement : on fait dans le nombrilisme, on regarde son petit carré de terre, au lieu de regarder la ligne d’horizon !

Qu’on ne se méprenne pas sur mes propos : les défenseurs des langues régionales ont raison d’insister sur ce que chaque culture locale a d’unique, mais il ne faut pas pour autant ignorer ce qui se passe dans notre dos, et qui est fondamental pour le monde à venir.

Déjà en 1492, le linguistique Antonio de Nebrija, dans sa Grammaire du castillan (première grammaire européenne d’une langue dite vulgaire = du peuple) l’indiquait : « La lingua siempre fue compañera del imperio » (« la langue a toujours été compagne du pouvoir »), ce qui est souvent vrai, mais pas toujours : que l’on se rappelle la fascination des Romains pour tout ce qui était grec. Aujourd’hui, l’attrait, la force, la fascination pour l’anglais semblent renforcer l’imperium de cette langue, à tous les niveaux. Que l’on réfléchisse à deux façons d’exprimer l’actuel mouvement des affaires de la planète. Le monde anglo-saxon parle de « globalization ». On globalise… quoi ? Ne s’agirait-il pas de rendre standard un mode de fonctionnement, de raisonnement, de négoce, d’échanges de biens, marchandises et services ? Bref, de favoriser le Faire, dans une langue, l’anglais, devenue la « langue-dollar » selon l’expression de Bernard Cassen. Les francophones parlent, eux, de « mondialisation », ce que la francophonie sous-entend comme vouloir mettre au même niveau les langues, les pratiques et les cultures, dans un respect mutuel, dans une logique d’échanges et de découvertes saine et humaniste. Bref, favoriser L’Etre. Points de vue qui n’ont donc rien d’anodin et que l’on aurait tort de considérer que comme simples pinaillages.

Le pluralisme linguistique, facteur de démocratie

Dramatisation outrancière, me dira-t-on ? Peut-être, mais je souhaiterais faire quelques remarques. D’abord le rappel d’un mythe, celui de l’objectif de la Tour de Babel (tous dans le même sens et pour un même dessein) rendu caduc par une intervention (divine dans ce cas précis) qui met de la diversité et du pluralisme là où la dictature menaçait. Rappel que l’Union européenne fait des coupes budgétaires dans les traductions, favorisant l’anglais (alors que la langue majoritairement parlée dans l’Union est d’abord l’allemand) et qu’au nom de l’efficacité des brevets d’invention déposés en langue anglaise sont désormais recevables en droit français. Pourtant, au nom de « l’efficacité », on peut toujours faire remarquer qu’il semble cohérent de parler portugais pour commercer avec des Brésiliens. Que le critère du nombre de locuteurs n’est pas recevable en soi pour dire qu’il vaut mieux parler telle langue que telle autre ; ou alors, on devrait tous se mettre au chinois. Et au diable le grec et l’hébreu, numériquement insignifiants… mais quid des apports immenses à l’héritage culturel commun à toute l’humanité que l’Hellade et le judaïsme ont apportés ?. Et que l’on se rappelle, dans le cadre de l’imperium, ce que les Acadiens s’entendaient dire des anglophones dans les années 1920-1930, « Speak white » (« parlez Blanc », sous-entendu anglais : "votre français est au même niveau que les langues indiennes"… Ce qui était doublement insultant et raciste pour les Acadiens... et pour les Amérindiens !).

Qu’on ne se méprenne pas là encore : j’aime beaucoup l’anglais, que je lis et parle couramment, le nombre de livres en anglais chez moi occupe un important rayonnage d’étagères, mais comme pour tout, il faut savoir raison garder et ouvrir les yeux sur les réalités du monde d’aujourd’hui : à savoir que le pluralisme linguistique est facteur de démocratie.

Que les langues régionales puissent s’épanouir dans l’Hexagone, certes, mais attention à la crispation constitutionnelle, à l’arbre qui cache la forêt ! Il faut qu’au niveau international on mesure ce qu’un rouleau compresseur autrement plus redoutable pourrait faire à terme. Que nous autres francophones cessons de regarder la francophonie comme une marotte de quelques beaux esprits pour en faire un vrai cheval de bataille pour un authentique dialogue des cultures et une stimulation des affaires.

Tout le monde, nous les francophones, mais aussi les anglophones, mais aussi les hispanophones, les lusophones, etc. en serait gagnant. Et la démocratie avec. Babel, n’oubliez pas !

Messages

  • Il faut arrêter les bla-bla intempestifs propre à tous français. Parlons moins et agissons un peu plus... à force de ce masturber le cervau, tout nous file entre les doigts. La conservation des langues régionales n’a pas pour objectif de remplacer la français national, mais de conserver un patrimoine régional... tout en conservant la langue actuelle...Vous n’avez rien compris... n’oublions pas que le latin, le grec sont toujours enseignés... Alors moins de parlotte svp...

    • Lisez plus attentivement : non seulement je suis favorable à la conservation des langues régionales, mais aussi -c’est fondamental- à la création, notamment artistique. Quant à l’enseignement, il existe et est même parfois en progression quant au nombre d’élèves. Je l’indique, et dis aussi tant mieux. Je ne vois pas ce qu’’une inscription dans la Constitution apporterait de plus par rapport à cela. En revanche, ce qui me fait tiquer, ce sont les dérives possibles, et qui, de bonne foi, oserait dire qu’elles n’existent pas ? Par ailleurs, pour avoir longtemps vécu à l’étranger, pour fréquenter des gens de tous horizons, je suis toujours surpris de la tendance multi-séculaire de bien des Français à tourner le dos à la mer et se regarder le nombril. On a l’esprit de clocher, alors que regarder la ligne d’horizon ouvre des perspectives ! Les vrais enjeux linguistiques sont ailleurs, et ce n’est pas que parlottes.

    • L’inscription des langues régionales dans la constitution à pour but de pouvoir faire des lois en faveur de la préservation des langues régionales, ce qui n’est en rien dangeureux pour le français, au contraire. Qu’il y est des risque de dérive, c’est bien vrai, mais c’est bien pour cela qu’il existe un parlement et un exécutif en france ! Si nous élisons des représentants, c’est en parti pour éviter les dérives par la loi. Dire que les langues régionales appartiennent aux patrimoine de la république ne représente pas en soit une dérive. Si on vous suit, pourquoi ne pas interdire les cours d’anglais et d’autres langues dans les écoles françaises, puisque le français et la langue de la république ? Pourquoi ne pas interdire aux personnes non francophones de parler une autre langue que le français sur le sol français ? Pourquoi ne pas interdire la conduite automobile, parce qu’il risque d’y avoir des accidents ? Pourquoi ne pas interdire au policier le port d’arme, car il risque de se mettre à tirer sur tout le monde ? J’ai beaucoup de mal à comprendre vos craintes, si on voit tout en noir comme vous le faite, on ne peut plus avancer, car toute chose est ptentiellement dangeureuse !!!

    • Moi je propose que le monde entier soit dans l’obligation de parler le français . je viain d’invanter un langa , Kom dix Mailaentchoon le Franchouillard.
      La pus baile ahvenus du Mooonde ait l’avenguda dels chants elisais. E on lé a Elie e on va ceux lé paailler.
      Moa jeudi k’ilt est phondhamanatal de defandre l’horteaugrafe Karr la lang’ frOOOOncèsa é la plus bêêêle.
      Visca la lenga d’OC

      Voir en ligne : lo senat , l’academie et les maisons de retraite

    • J’observe l’évolution en Belgique (flamands / francophones), les dérives espagnoles : autonomismes évoluant vers des indépendances, et je pourrai citer d’autres exemples. L’exemple montre que l’on commence par revendiquer une différence, puis une autre, puis une autre encore, puis celles-ci obtenues on découvre que l’on n’a plus rien en commun, et donc plus rien à faire ensemble. A l’heure de la mondialisation, où l’heure est venue pour nous d’affronter la concurrence impitoyable d’états immences et surpeuplés, quand il ne s’agit pas d’hégémonies impériales qui n’ont rien à envier au défunt colonialisme. Tout ce qui peut nous séparer, risque d’entraîner notre disparition pure et simple.
      "Diviser pour règner" / "l’union fait la force". Nos adversaires ont intérêts à ce que l’Europe reste un grand marché sans frontières ni intérieures, ni extérieures, mais complètement impuissant et incapable de s’entendre sur tout le reste.

    • Merci beaucoup de cette intervention, qui remet les pendules à l’heure et les choses en perspective !!! Tout comme vous je trouve l’Europe qu’on nous propose bien paradoxale, et il faut clairement voir où se trouvent les enjeux fondamentaux avant de se focaliser sur l’accessoire. Bien à vous.

  • Vous avez quand même tendance à opposer les langues régionales et la défence du français, en particulier dans votre introduction. Vous dites qu’au lieu d’introduire les langues régionales dans la constitution, on devrait défendre le français. Mais il s’agit de deux débats différents ! A moins que vous ne pensiez que les langues régionales ne soit un danger pour le français. Pour ma part, je pense que l’on peut tout à fait défendre à la fois le français et les langues régionales, mais les deux sujets ne se recoupent pas ou presque, car ils ne sont pas à la même échelle ! Les langues régionales sont justement régionales, le français est national, et même mondial. "plûtot que défendre les langues régionales, il faut défendre le français" comme on entend souvent. Non, il faut défendre les deux ! Je parle breton, et comme quasiment tous les autres qui le font, nous n’avons rien contre le français qui reste notre langue, même si nous vivons avec certaines personnes en breton ! Le bilinguisme maternel est une chance, pas un danger (ce n’est peut être pas ce que vous pensez, mais certaines personnes le pense)

  • Vous dites que les débutés catalans auraient du défendre le français. Mais pour qu’elle raison ? Le débat portait sur les langues régionales, pas sur l’avenir du français !

  • Faire le choix d’une langue régionale pour parler à la maison, dans sa région ? Pourquoi pas ?
    Mais l’organisation d’une langue régionale doit rester dans les prérogatives des gouvernants de sa Région.
    Elle n’a rien à voir avec les procédures nationales.
    Pour le Français, c’est notre langue nationale, bien peu utilisée à l’étranger quoiqu’on en dise, même si, par-ci par-là, subsistent quelques terrains conquis.
    Et ça ne s’arrangera pas d’après ce que je constate ; je vis les 3/4 du temps en Chine ; l’Anglais est omniprésent ; mais c’est aussi une belle langue et ma fille l’apprend à l’école, avec le Chinois ; on parle Français à la maison et les livres sont principalement en Français.
    Elle pourrait aussi apprendre le Shanghaïen, la langue régionale, qui est parlée par plusieurs millions de régionaux ; mais c’est quand même trop peu porteur pour l’avenir.

    • "C’est dans cette même logique progressiste que l’école de la IIIe République ". Ma grand mère bretonne qui s’est fait tapée dessus a l’école parce qu’elle parlait Breton (et oui Monsieur avec un b majuscule) va être contente de savoir que c’était pour le progrès.

      Note d’OG : J’ai posté à nouveau le commentaire de l’internaute dénommé "ecoeuré" après avoir ôté sa dernière phrase somme toute agressive et inutile au débat. Je prie les internautes de respecter la charte Néthique (en bas à gauche de la page d’accueil de France démocrate), merci.

    • Je n’ai pas voulu du tout dire qu’il ne fallait pas enseigner les langues régionales en raison d’un quelconque progrès.
      Encore moins donner à penser que c’est avec violence que nous pourrions le faire.
      Et puis l’époque n’est plus la même, personne ne va taper un enfant qui baragouine un peu à l’école ; ceci dit ça pourrait le marginaliser un peu au début de la classe(comme un enfant étranger qui arrive dans un nouveau pays, nu plus ni moins).
      Donc un tel commentaire à ce qu’on a dit est dénaturant, et sous-tend encore une fois une inutile violence, un peu à l’image de ce qu’on constate x fois dans la société française, trop vite prête à polémiquer durement sur tout, voir carrément à s’affronter les uns contre les autres sans retenue.
      A Shanghai les gens qui le veulent parlent Shanghaïen, à Canton c’est le Cantonnais qui est parlé couramment, comme à Hong Kong ; à ma connaissance il n’y a pas de prise de position aussi violente qu’en France sur ce sujet.
      J’ai aussi simplement voulu exposer notre expérience de la vie à l’étranger, sur le front des langues en quelque sorte.
      Ceci ne nous empêche pas d’écouter avec admiration les polyphonies corses... c’est un merveilleux exemple , et il a bien fallu que des gens apprennent le Corse.
      Mais je ne veux pas continuer à argumenter, discuter,..
      Je quitte donc ce forum définitivement.
      Bonne continuation

    • je suis bien d’acccord avec vous, la violence de certaines réactions ne flatte pas leurs auteurs, qui lisent de travers ou interprêtent à leur sauce ce qu’on peut écrire. Moi qui parle plusieurs languese étrangères et ai appris une langue régionale française, je me suis fait traiter comme vous savez (il suffit de passer en revue certains messages...). Profitez bien de votre séjour en Chine, ce doit être formidable ! Bien à vous.

  • La Langue française n’est qu’un patois roman, se vanter d’avoir réussi à implanter le français sur les 5 continents quelle comble quand on sait qu’avec ça la france à colonisé des peuples à outrance, c’est le bienfait de la colonisation ?Dans ce cas colonisons d’autres peuples !

    • Un commentaire signé "Houarno" est non publié : il comprend, selon moi, une attaque personnelle et diffamatoire en inadéquation totale avec la charte Néthique.

      Au regard de la dureté et du dérapage des commentaires, je suis contraint de modérer a priori le forum. Merci à tous pour votre compréhension.

    • Devant le nombre de messages envoyés, je fais une réponse collective, ne m’en veuillez pas, merci.
      Premier constat, cette question ne laisse pas indifférent, tant mieux. S’il y a des attaques personnelles et des outrances, elles ne flattent pas leurs auteurs, je passe vite.
      Pour ce qui est de la colonisation, petit rappel souvent ignoré : la Francophonie politique existe grâce à l’action expresse et dynamique d’anciens colonisés : Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba, le prince Sihanouk, Hamadi Diori, etc. Cela n’a pas été une initiative française et n’a aucune arrière-pensée néocoloniale, ni aucun masochisme de la part des pays participants.
      Pour ce qui est du français considérée au XIXe siècle comme langue du progrès, je maintiens. C’était comme ça, voir par exemple « Mémoires d’un paysan bas-breton » de Jean-Marie Deguignet. Oui, cela s’est parfois fait par la violence, et je sais bien que certains élèves en ont physiquement et moralement souffert, mais le zèle excessif de certains hussards noirs de la République doit être replacé dans ce contexte et n’enlève rien au noble but alors fixé à l’école de Jules Ferry, à savoir élever les esprits et leur donner les atouts pour affronter un monde devenu plus complexe.
      Par ailleurs, s’il vous plait, comprenez que quand je faisais allusion à l’intervention d’un député catalan, ce n’est pas, évidemment, à l’instant T de son intervention. Mais à T+1, lors des questions ouvertes au gouvernement, toute latitude est possible (ou si un jour la francophonie est inscrite à l’ordre du jour…). Je suis seulement surpris que l’énergie qui est mise dans le débat sur les langues régionales ne soit pas AUSSI mise dans la prise de conscience du rôle du français au niveau planétaire (et du rôle fondamental de la France dans ce domaine). A commencer d’ailleurs par une plus grande visibilité des enjeux francophones dans les programmes scolaires (c’est pour l’instant fort maigre, en classe de Première notamment, et je ne parle pas de la formation des enseignants sur ces questions, il y a à faire…). Car ne nous leurrons pas : nous avons changé d’échelle, nous devons désormais raisonner de façon planétaire et non pas seulement en fonction de notre environnement immédiat, ni même au seul niveau européen.
      De plus, je n’oppose rien, tout est complémentaire, et j’estime qu’il est absolument indispensable d’enseigner les langues vivantes étrangères (à commencer par l’anglais, et pas que l’anglais… Curieuse interprétation que de me prêter des arrières pensées de censeur !). Le bilinguisme est effectivement une grande chance pour les enfants qui en bénéficient (je connais cela dans ma propre famille).
      Quant à la personne qui estime que je n’ai rien compris, selon ses propres termes, je serais ravi de connaître ce qu’il me faut comprendre, selon elle.
      Enfin, merci de ces réactions, au moins le débat est vif et si la question francophone peut être davantage débattue et partagée, c’est tant mieux… Certains esprits disent d’ailleurs avec justesse qu’on devrait employer le terme « francopolyphonie » pour cette communauté qui a vraiment une vocation humaniste affirmée.

    • Non, ce n’est pas le fait de la colonisation mais celui de l’universel, héritier d’une république "une et indivisible". Merci de cadrer le débat plutôt que de céder à l’idéologie victimaire.

    • Je ne faisais que répondre à un intervenant qui, pour le coup, se place résolument dans la logique victimaire. Alors que la francophonie, comme l’avait impulsée Senghor, se place au niveau de l’Universel, se veut Humanisme intégral.

  • À ma connaissance l’histoire est la suivante : la France a signé en 1999 la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, mais n’a pu la ratifier, le Conseil Constitutionnel estimant que la Constitution s’y oppose.

    (Si on entre dans le détail, cela suggère, à mon avis, que le Conseil a lu un peu de travers les stipulations de la Charte ; mais enfin, la chose est jugée).

    Une loi ne peut donc y suffire : si nous souhaitons ratifier la Charte (voir celle-ci pour en débattre !), il faut mentionner dans la Constitution la valeur de ces langues et l’importance de les sauver.

    Après, il y a sans doute eu maladresse dans le fait d’utiliser pour cela l’article 1 alors que le français est cité à l’article 2... à mon avis, c’est facile à corriger sans changer le fond !

    Voir en ligne : Charte européenne

    • Bonjour Frédéric,

      Oui vous avez raison il y a cet aspect purement technique de la "Charte européenne des langues régionales ou minoritaires" de 1992, mais je comprends qu’elle ait fait tiquer le Conseil constitutionnel, car sous couvert de bonnes intentions (les langues régionales ou minoritaires sont un patrimoine vivant, fragile, qu’il faut entretenir : oui, c’est parfaitement exact et louable d’agir en ce sens) on peut aussi vite déraper. En effet, à partir du moment où il y a une inscription officielle, certains seraient tentés d’exiger, revendiqueraient l’obligation d’usage systématique de ces langues... et ce qui est facultatif pourrait finalement avoir force de coercition. Avec des histoires à n’en plus finir. Je dramatise ? Peut-être, et j’espère me tromper, mais n’oubliez pas que la nature humaine a vite fait d’être impérieuse, à tendance à rejeter l’autre et se replier sur soi… On marche donc sur des oeufs et il faut que les limites soient très clairement définies pour éviter les dérives.
      Je suis cependant surpris que la même Europe, a contrario, déroule un tapis rouge à une idéologie économique qui lamine, soutenue par un rouleau compresseur linguistique, et que cela n’émeuve pas grand monde... Et je maintiens mon propos sur la grande ignorance de la réalité francophone mondiale par nombre de mes compatriotes. La francophonie ne doit pas être considérée que comme un faire-valoir pour politiciens en mal d’existence (cf. le "rapport" demandé à Xavière Tibéri en son temps) ni comme une marotte de "happy few" mais comme un formidable outil de pluralisme linguistique planétaire. Quid de l’inscription de cette question dans la Constitution, aussi (et pour tout dire, de façon prioritaire) ? Quitte à radoter, attention au changement d’échelles et d’enjeux ...

  • Amusant ou triste tout ce débat.
    Dans tous les pays qui nous entourent, les gens parlent leur langue régionale sans aucun problème, il n’y a jamais eu de répression comme en France, avec violence des enseignants à l’encontre d’enfants qui parlaient tout simplement la langue de chez eux.
    Dans les autres pays, il n’y a pas ce centralisme parisien malsain et chacun parle selon la langue qu’il a apprise de ses pères. Elle véhicule toute une culture régionale qui a presque totalement été éradiquée en France.

    Dommage. La France tourne autour de son nombril parisien... sans cesse... sans aucune alternative... combien de temps encore ?

    C’est à cause des fonctionnaires parisiens qui n’ont plus aucune autre culture, ils ont tout perdu et n’acceptent pas que dans d’autres régions, on puisse en avoir une. Le cas de la région parisienne est tragique. Plus aucune coûtume, plus aucune culture, tout est aspiré et anihilé par Paris....

    Seulement les gens ne s’en aperçoivent pas. Il faudrait qu’ils aillent voir ailleurs, dans tous les autres pays européens, où les fêtes traditionnelles sont pléthores, où l’on a gardé ses racines ancestrales, sans renoncer à la modernité. Que ce soit en Finlande, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne, en Pologne...

    Pauvre France, malade de sa centralisation, malade de Paris et de ses "pseudo-intellectuels" qui veulent toujours avoir le dernier mot.

    • Bonjour Danièle !

      En écrivant cet article je m’attendais à quelques réactions vives, mais cela a parfois dépassé mes attentes et également attristé de voir que certaines personnes lisent de travers, comprennent ce qu’elles veulent bien comprendre, pinaillent sur ces points sans importance, ou font des procès d’intention (me soupçonner de vouloir interdire l’enseignement des langues alors que j’assure une partie de mon enseignement d’histoire… en espagnol, que je parle couramment trois langues étrangères, en comprend un peu trois autres et ai appris une langue régionale française, c’est un peu surprenant).
      En écrivant je ne souhaitais qu’attirer l’attention sur un problème par trop méconnu, celui de la francophonie, dont les enjeux me semblent bien plus importants et plus graves que ceux qui concernent les langues régionales, c’est en tout cas mon point de vue. Et aussi le fruit de mon expérience : j’ai en d’autres temps côtoyé des militants régionalistes tellement virulents et étroits d’esprit, qui ne sortaient pas de leur petit carré de terre, que je les plaignais ; Guardarem lou Larzac c’est bien, à condition de ne pas tomber dans l’ostracisme de tout le reste ! C’est se mettre à l’écart du monde, à un moment où il nous faut, au contraire, nous y ouvrir à fond…
      Oui, le jacobinisme et le XIXe siècle positiviste ont été violents, mais c’est à replacer dans un contexte complexe. Et il me semble que les sociétés paysannes ont davantage souffert de l’exode rural, de l’industrialisation et de l’évolution globale de la société, que du centralisme linguistique.
      Pour connaître et beaucoup aimer la Catalogne et les Catalans, je serai quand même moins idyllique que vous sur le cas d’autres régions européennes. Une anecdote : il y a à Barcelone un magnifique musée, le Museu de Catalunya (Musée de la Catalogne), près de l’ancien port ; je l’ai visité il y a quelques années et quelle n’a pas été ma surprise de voir que le catalogue des collections n’existait qu’en… catalan (en d’autres langues il n’y avait qu’un petit résumé, une misère). J’ai trouvé cela stupide et excessif, c’est exactement cet état d’esprit que je dénonce. Il ne venait pas d’un garçon de café refusant obstinément de parler autrement qu’en catalan au visiteur de passage, mais d’un organisme officiel, touristique de surcroit, et donc par vocation ouvert à la diversité des visiteurs…

      Vaste débat, donc !

  • Sans doute c’est un vaste débat et autant l’article que le commentaires ont déjà mis en exergue beaucoup d’éléments de réflexion.
    Pour ma part, je voudrais aborder la question sous un autre angle : la compétitivité territoriale. Bien que ça puisse paraitre un sujet éloigné de l’économie, des travaux récents, notamment menés par S.Anholt, sur la "valeur marque" des Nations ont montré combien tout ce qui est classable comme "héritage" est important dans l’image étrangère d’un Pays et, par ce biais sur sa compétitivité internationale. La France me semble avoir quelque problème avec tout ce qui n’est pas "dans le cadre", et c’est fort dommage.

    Pour connaitre et pratiquer un bon nombre de langues "officielles" et "régionales" je partage aussi l’opinion de ceux qui estime qu’une langue façonne la pensée. Or, une langue parfaite n’est pas de ce monde. Dans ce contexte, favoriser la connaissance et la pratique quotidienne de la langue "régionale" me semble un excellent investissement en diversité et, au bout du compte, en capacité d’innovation conceptuelle tout comme une excellente défense contre l’imposition de modèles culturels exogènes à la nature de la France.

    Enfin, j’ai fréquenté de manière intensive des régions européennes bilingues (Vallée d’Aoste, Galice, Suisse, ...) et je pense que la situation belge n’est pas comparable : le problème en Belgique n’est pas le bilinguisme mais le fait que deux monolinguismes se côtoient dans le même Etat.