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Bernard Lehideux : "Les affaires européennes ne sont plus les affaires étrangères !"

, 13 juin 2008

Vu 2328 fois | 2 commentaire(s) | Noté 4.1/5 par 014 votant(s)

Compte-rendu du dîner-débat sur l’Europe avec Bernard Lehideux

Jeudi 12 juin avait lieu un dîner-débat organisé à Issy-les-Moulineaux (92) par l’association "Issy & Demain" ; l’invité de cette soirée était Bernard Lehideux, député européen MoDem.

A 20h, les 70 convives présents sont installés et attendent le député européen ; les esprits sont motivés et veulent débattre, surtout après la dernière Convention pour l’Europe organisée par Marielle de Sarnez, le 8 juin. [1] Bernard Lehideux arrive en compagnie de Christophe Ginisty, conseiller municipal MoDem d’Issy-les-Moulineaux.

Bernard Lehideux, après avoir laissé paraître un visage sceptique concernant l’issue du scrutin du référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne, débute l’introduction du débat en rappelant l’importance du fonctionnement du Parlement européen par rapport au Parlement français : dans le premier, les projets sont discutés entre parlementaires et aucune majorité n’est acquise d’avance. Le député européen reprend l’exemple de la directive Bolkenstein : le projet déposé au Parlement européen était de nature ultralibérale ; après avoir été confié à un rapporteur, une députée européenne allemande sociale-démocrate, le texte a été étudié et négocié par les parlementaires jusqu’à ce que celui-ci soit vidé de son essence ultralibérale. Inversement, le Parlement français ne permet pas ces discussions : la majorité acquise d’avance vote sagement les yeux fermés le projet de loi que lui soumet le ministre.

Le député européen rappelle aussi que François Bayrou, Marielle de Sarnez et lui-même préparent la présidence française. Leurs efforts pour que le gouvernement français retiennent le dossier social (en plus de l’énergie/climat, de l’immigration, de la réforme de la PAC et de la défense) ont été récemment récompensés. Bernard Lehideux a également souligné que le Conseil National du 8 juin du Mouvement démocrate a voté pour la stratégie de listes autonomes dans les huit régions françaises, en vue des prochaines élections européennes de juin 2009. François Bayrou ne sera pas candidat, mais sera le porte-parole des listes européennes démocrates. Le député européen revendique l’idéal européen comme l’héritage et le combat politique du Mouvement démocrate, seul mouvement français à être cohérent avec l’Europe ; en face, le Parti socialiste a encore des eurosceptiques avec Laurent Fabius et l’UMP compte encore des souverainistes, ainsi que des parlementaires parmi lesquels, l’idéal européen ne soulève ni leur intérêt ni leur enthousiasme.

A ce titre, Bernard Lehideux s’inquiète que le gouvernement français n’ait toujours pas précisé les modifications dans les huit circonscriptions qu’entraîneront la réduction du nombre des eurodéputés français qui passeront de 78 à 74 élus.

Bernard Lehideux fait aussi le constat d’une Europe qui ne passionne plus les citoyens ; ces derniers s’éloignent progressivement d’elle, après le refus des référendums français et néerlandais et, peut-être, irlandais. Ce constat doit être pris en compte par le Mouvement démocrate, car l’idéal européen ne peut plus être défendu devant un électorat devenu plus eurosceptique qu’europhile.

Il est ensuite l’heure de passer aux questions des convives. En voici quelques-unes :

- Ne faut-il pas remplacer la Commission européenne, devenue trop "antisociale", par une gouvernance plus sociale-démocrate ?

Bernard Lehideux dit que parmi les 27 Etats membres, il n’y a pas de majorité pour désigner les commissaires européens. En effet, la désignation de la Commission dépend des fluctuations politiques nationales dans chaque Etat membre. Mais la Commission a une origine multiple, les commissaires sont donc obligés de travailler ensemble. Le député européen pense également que l’élection d’un président de l’Union européenne au suffrage universel serait hasardeux, tant les citoyens européens ne se connaissent pas suffisamment et que la confiance entre eux et les institutions n’est pas au rendez-vous. Là encore, le Traité de Lisbonne, s’il est ratifié, permettra à un président de l’Union d’être élu par ses pairs pour un mandat renouvelable de deux ans et demi ; il sera également le porte-parole identifiable de l’Europe auprès des médias, des citoyens et des acteurs internationaux.

A ce titre encore, Bernard Lehideux fait une parenthèse concernant le délabrement de la considération française à l’égard de l’Europe. Ainsi, il s’indigne que le ministre délégué français aux Affaires européennes soit "l’adjoint du ministre des Affaires étrangères". "Les affaires européennes ne doivent plus être les affaires étrangères !", lance-t-il.

- Il y a plus de lobbyistes que de fonctionnaires à Bruxelles et Strasbourg. Que penser de la prise de décision de la Commission européenne dans ce cas-là ?

En réponse, Bernard Lehideux rappelle que les fonctionnaires français qui acceptent d’aller travailler à la Commission européenne sont ensuite très mal vus de leurs collègues nationaux, dès qu’ils reviennent en France. Cet état d’esprit l’inquiète et il affirme que la prise de décision est et reste le fait des parlementaires européens. Pour les lobbies, Bernard Lehideux préfère qu’ils soient inscrits pour entrer au Parlement européen et soient ainsi rendus publics que de les voir agir dans l’ombre avec opacité. Le député européen rappelle d’ailleurs que les eurodéputés ont le droit et le devoir de recevoir les lobbyistes pour les écouter et s’informer de ce qu’ils pensent. Parmi eux, certains lobbies sont des syndicats européens que les eurodéputés ne peuvent ignorer. Ensuite, chacun eurodéputé n’est pas obligé de croire les lobbies et d’accepter leurs amendements.

Bernard Lehideux cite a contrario la bagarre que se livrent dans les couloirs de l’Assemblée nationale la CGPME et le MEDEF concernant le projet de loi relatif à la modernisation de l’économie française.

- Ne peut-on pas créer des listes communes avec les autres partis centristes européens ?

Bernard Lehideux est séduit par cette idée, mais estime que’elle serait complexe du fait que des alliés européens seraient forcément insatisfaits de ne pas figurer en bonne place sur les listes européennes. Par contre, le député européen rappelle que François Bayrou travaille toujours à la fusion d’une formation commune par le biais du groupe centriste de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux au Parlement européen. L’UDF avait historiquement quitté le PPE (groupe des conservateurs européens) qui se droitisait au profit de la création de ce groupe parlementaire dont François Bayrou a été l’un des fondateurs.

Un des convives félicite d’ailleurs Bernard Lehideux et le groupe parlementaires des eurodéputés centristes d’avoir combattu et repoussé une proposition du PSE (les socialistes européens) qui voulait réduire les groupes parlementaires minoritaires au sein du Parlement européen.

- Qu’est-ce que le Traité de Lisbonne va apporter comme améliorations ? Et qu’est-ce qu’il faudra faire dans les domaines que le Traité ne pourra pas améliorer ?

Bernard Lehideux ne revient pas sur l’espoir que la présidence de l’Union européenne devienne avec ce Traité plus "humaine" et mieux identifiable auprès des citoyens européens. Par contre, le député européen déplore l’absence de "leadership", élément indispensable pour redonner du lien entre l’Europe et les citoyens. Des couples de personnalités politiques avaient créé ce lien comme De Gaulle-Adenauer ou Miterrand-Kohl. Bernard Lehideux estime que François Bayrou, s’il avait été élu président de la République en 2007, aurait pu incarner ce leadership. Aujourd’hui, il estime que seule la chancelière Angela Merkel incarne encore un peu de ce leadership par sa personnalité engagée pour la construction européenne.

- Ne peut-on pas envisager de relancer l’idée d’une nouvelle Constitution européenne ?

Bernard Lehideux n’y est pas hostile, bien au contraire. Il aurait même souhaité une nouvelle Constitution plutôt qu’un traité "rafistolé". Il s’indigne à ce titre que la France, grand pays fondateur, n’ait pas protesté suite au retrait des symboles de l’Europe (hymne, drapeau) dans le nouveau Traité.

- Ne faut-il pas relancer "les Etats-Unis d’Europe" ?

Le député européen acquiese et rappelle que "les Etats-Unis d’Europe" sont "le fil rouge historique" du Mouvement démocrate et de son combat pour la construction européenne.

D’autres questions sont posées sur le pouvoir d’achat, l’agriculture, la Turquie et le projet français d’union méditerranéenne.

Bernard Lehideux ne se dit pas spécialiste des questions agricoles, mais pense que l’Union européenne aurait intérêt à promouvoir la paix dans certaines régions du monde à travers la conclusion d’accords faits sur des denrées précieuses comme l’eau. Il reprend ainsi l’exemple de la construction européenne qui s’est faite à partir des accords sur le charbon et l’acier, denrées qui alimentaient naguère la guerre entre la France et l’Allemagne.

Pour la Turquie, le député européen est contre son adhésion, comme la plupart des eurodéputés du Mouvement démocrate. La Turquie ne serait pas, selon lui, géographiquement dans l’Europe. Elle a encore non résolu des problèmes comme la reconnaissance du Génocide arménien et son adhésion par son poids démographique imposerait une prise en charge trop lourde pour l’Europe. Bernard Lehideux ne souhaite pas non plus aller dans le sens de Michel Rocard : l’eurodéputé socialiste souhaite que des pays comme le Maroc et Israël adhèrent à l’Union européenne dans la foulée de la Turquie. Bernard Lehideux craint ainsi que la construction europénnne dévie vers le concept d’une "ONU régionale", ce qu’il ne veut pas.

Enfin, le projet d’union méditerranéenne pose une condition indispensable pour Bernard Lehideux : celle que ce projet ne soit pas la domination d’une civilisation, celle de l’Occident, sur les autres civilisations de la Méditerranée. Le député européen souhaite plutôt une vision d’une "civilisation de la Méditerranée" ; mais le projet de la future présidence française de l’Union européenne lui apparaît très incertain.

La soirée se termine et il est bientôt 23h30. Avant que Christophe Ginisty ne conclue le dîner-débat, Bernard Lehideux évoque la situation de François Bayrou : hormis "qu’il n’est pas tout seul" comme veulent le faire croire les médias, le président du Mouvement démocrate vient de tourner la page de la construction du mouvement. D’après le député européen, François Bayrou va passer à l’étape du rajeunissement des vice-présidents, dont les prochains nominés seront probablement des "quadras". François Bayrou entame également une nouvelle période de déplacements à travers la France, en vue d’aller à la rencontre des fédérations démocrates et des Français en général, mais aussi des déplacements à travers le monde.

Crédits photos : France démocrate


Les participants à ce débat peuvent apporter leurs commentaires pour compléter cet article, ils sont les bienvenus !

[1] Voir le reportage de France démocrate ici.

Noté 4.1/5 (014 votants)

La réponse de Christophe Calonne

Posté le 13 juin 2008, à 16h 19mn 10s
Bernard Lehideux : "Les affaires européennes ne sont plus les affaires étrangères !"

Quand effectivement, j’ai été amené à remercier Bernard Lehideux et le groupe parlementaires des eurodéputés centristes pour avoir combattu et repoussé une proposition du PSE (les socialistes européens) qui voulait réduire les groupes parlementaires minoritaires au sein du Parlement européen (communiqué de presse du 26 mai 2008) ; il est important aussi de comprendre que sous couvert de "lutter" contre l’expression des groupes extrémistes, à mon sens, c’est une véritable stratégie menée conjointement par le PSE et le PPE (Parti Populaire Européen) pour préserver leur hégémonie et de tendre vers un schéma bipartiste. Pour preuve, et je ne l’avais pas évoqué, hier soir, l’ALDE a constaté une augmentation, embarrassante pour les deux autres groupes majoritaires, des plaintes concernant le manque de transparence (communiqué de presse du 28 mai 2008) des Institutions et a déploré en particulier qu’une affaire impliquant le Parlement européen soit mise en exergue par le Médiateur dans son rapport pour illustrer cet état de fait. mais surtout que le Parlement, si l’ALDE ne s’était pas également mobilisé, suite à une manœuvre du PPE et du PSE (communiqué de presse du 15 et 22 avril), avait cherché a refuser de voter un rapport d’Anneli JÄÄTTEENMÄKI (Suomen Keskusta, Finlande), qui permettait au Médiateur, sous condition de confidentialité, un meilleur accès aux documents classifiés, y compris ceux détaillant les divers paiements dont bénéficient les parlementaires. on comprend mieux ainsi que les groupes minoritaires, expression du choix démocratique des électeurs, quel qu’il soit, ne puissent être que gênant pour les groupes majoritaires qui se partage les responsabilités et les enveloppes budgétaires sans trop se soucier du citoyen.

» Les Communiqués de Presse de l’ADLE

La réponse de Benoit

Posté le 13 juin 2008, à 16h 01mn 23s
Bernard Lehideux : "Les affaires européennes ne sont plus les affaires étrangères !"

Un débat très instructif et qui s’est déroulé dans une excellente ambiance. Merci à Bernard Lehideux et aux organisateurs de ce débat.

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