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Un dimanche européen pour Marielle de Sarnez

dimanche 8 juin 2008, par OG

Ce dimanche 8 juin avait lieu la convention sur l’Europe qu’organisait le Mouvement démocrate et plus spécialement Marielle de Sarnez.

En effet, la députée européenne et vice-présidente du Mouvement démocrate a présidé depuis 09h30 jusqu’à 14h les différentes tables rondes qui ont opposé différents points de vue sur l’Europe, son avenir et sa place dans le monde d’aujourd’hui.

Votre serviteur n’ayant pu être présent dès l’ouverture est arrivé au moment où le député européen belge Gérard Deprez concluait son intervention avant de laisser la parole à l’explosif Emmanuel Todd qui n’a pas déçu l’assistance. En effet, l’historien et auteur de la fameuse "fracture sociale" a déchaîné les passions en ce paisible dimanche matin par l’affirmation suivante : le néolibéralisme qui monopolise l’économie européenne et mondiale serait à l’origine des maux politiques de l’Histoire comme, par exemple, l’expansion du fascisme et du nazisme au XXe siècle. Applaudissements de plusieurs personnes dans la salle, émois pour certains, les propos de l’historien n’ont pas laissé de marbre.
L’eurodéputé Gérard Deprez a été particulièrement piqué à vif par cette affirmation et le ton est légèrement monté avec Emmanuel Todd.

Chacun restant dans ses opinions, Marielle de Sarnez a joué les arbitres tout en saluant ces débats riches et ouverts que seul le Mouvement démocrate pouvait organiser. La salle a approuvé et a applaudi.

Emmanuel Todd a été aussi en désaccord avec Jean Peyrelevade : ce dernier affirmait que le pouvoir d’achat des Français avait augmenté, même médiocrement. Emmanuel Todd réfutait cettt donnée en affirmant de son côté que le pouvoir d’achat ne se portait pas aussi bien que ça et que Jean Peyrelevade évoquait plutôt le pouvoir d’achat des Français plus aisés... François Bayrou est lui-même intervenu pour donner son avis sur le pouvoir d’achat, rejoignant en partie la position d’Emmanuel Todd sur cette question.

La juge norvégienne Eva Joly, spécialisée dans la lutte anti corruption et anti blanchiment d’argent, a suscité l’émotion et l’approbation unanime de la salle en appelant l’Europe à agir de façon plus effciace contre les nombreux détournements de fonds publics que commettaient certains régimes notamment en Afrique, cela au détriment des populations locales. La salle s’est levée pour applaudir la fin de son intervention.

Tom Brake, député britannique (Lib-Dem), a appelé dans un excellent français à plus de coopération entre Etats européens sur différents domaines comme la PAC (sa réforme n’a jamais été jugée suffisante). IL a aussi évoqué la politique intérieure de son pays (Gordon Brown risquerait un revers au Parlement pour un projet de loi liberticide). Le député britannique a également reconnu avec franchise que l’idée d’une Europe de la défense était très mal vue outre-Manche et particulièrement par les électeurs de sa circonscription !

Bref, tout en prenant des photos, je n’ai pu recueillir que des bribes du débat. Mais le besoin de plus d’entraide et de coopération entre pays membres de l’Union européenne a été régulièrement soulevé par les différents intervenants. François Bayrou a conclu les débats sur ce thème principal : les prochaines élections européennnes et le débat sur la construction européenne en général devaient non plus se faire auprès d’un électorat "europhile", mais auprès de tous les citoyens européens et plus particulèrement auprès des Français eurosceptiques ou ayant une vision très négative de l’Europe. Le président du Mouvement démocrate a eu l’occasion de faire une synthèse des autres thèmes abordés durant les débats de la matinée : la nature de l’Europe, la démographie ou les problèmes des coûts et de l’approvisionnement en énergies. A ce titre, le président du Mouvement démocrate a ironisé comme Marielle de Sarnez sur le projet d’Union pour la Méditerrannée et il a parlé clairement d’une nouvelle époque de "colonialisme" de la part de l’Occident sur les ressources du reste du monde.

Si les citoyens des Etats membres dénigrent de plus en plus l’Europe, il apparaît que le reste du monde attend beaucoup d’une Europe politique forte qui imposerait un nouvel équilibre dans ce monde multilatéral en constante évolution.


Dans la soirée, Marie-Anne Kraft m’a proposé des notes prises lors des débats du 8 juin. Les voici, sachant qu’il manque encore les propos d’autres intervenants, mais on peut toujours les ajouter à la suite de cet article. Je remercie encore Marie-Anne Kraft pour sa précieuse contribution :

Gérard Deprez
(Député européen, belge, Président de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures)

Vieillissement, Immigration et démographie en Europe

L’Europe est le seul continent du monde en déclin démographique : d’ici 2050, s’attendre à une baisse de 75 à 100 Mhab alors qu’aux USA on va passer de 300 M à 400 Mhab et qu’en Afrique et sud méditerranée vont dépasser la population du continent européen.

La population européenne va vieillir :
les <4ans vont passer de 10% à 5% dans 20 à 30 ans
les >65ans vont passer de 12% à 32 %
les 15-65 ans en âge de travailler vont baisser de 53 M
le ratio de dépendance entre ces 2 classes de population va passer de 25% à >53%

Nous sommes donc dans un monde où la population des pays riches va vieillir, avec une augmentation d’espérance de vie, et décliner, pendant que la population des pays pauvres au contraire continue à croître. S’attendre à une immigration de 1,5 à 2 M/an. L’immigration est inévitable. Tenir compte notamment aussi des réfugiés climatiques.
Il y aura un besoin migratoire pour compenser un déficit d’emplois non pourvus, non qualifiés et aussi hautement qualifiés.

CONCLUSION :

1-Un débat sur le vieillissement de la population et sur l’immigration est nécessaire et urgent.
Il faudra assurer le respect des droits fondamentaux des migrants sans mettre en situation de faiblesse les pays d’origine (en les dépossédant de compétences dont ils ont besoin).
2-Les pays européens ne peuvent pas s’en sortir isolément. Ce problème ne peut être abordé qu’en concertation au niveau européen.
3-La logique répressive et sécuritaire est nécessaire mais ne suffira pas. Il faudra lutter contre les mafias criminelles, les négriers qui utilisent les migrants comme de esclaves.
4-Une politique active d’intégration réussie des migrants qui sont déjà sur notre territoire est indispensable. En Espagne le taux d’emploi des immigrés est supérieur à celui des natifs. En France c’est le contraire.
5-La pression migratoire provient de pays qui souffrent et qui sont nos proches voisins en Afrique. Un des principaux chantiers européens du futur sera de proposer de véritables partenariats de développement à l’Afrique de Nord et sub-saharienne. Ces pays en ont besoin et nous autant qu’eux.


Marcel Mazoyer
(Ancien président du comité des programmes de la FAO, professeur à l’INRA)

Crise alimentaire

Cette crise a commencé en fait il y a longtemps, après la 2ème guerre mondiale.
La population mondiale a été multipliée par 2,4.
La production mondiale alimentaire a été multipliée par 2,6.
Donc même en pleine explosion démographique on a pu faire croître la production encore plus. Cependant, cette production est insuffisante et inégale pour subvenir aux besoins de l’humanité ;
l’extrême pauvreté empêche 50% de l’humanité de se nourrir convenablement (<2$/jour)
1,5 Mds d’êtres humains vivent avec moins de 1 $/j, souffrant de carences alimentaires,
entre 1970 et 1996, cette extrême pauvreté avait diminué en nombre, puis elle a remonté depuis 2004 de 264 Mios. 9Mios d’enfants par an meurent de faim ou de suites de carences alimentaires,
donc malgré la hausse de population, qui croît plus vite qu’elle ne meurt, et la hausse de la production alimentaire globale, la pauvreté et la faim n’ont pas baissé,
la demande solvable est inférieure de 30% aux besoins, or l’offre s’adapte à la demande solvable.
L’aide alimentaire représente moins de 1% de la production alimentaire mondiale. L’aide publique au développement 100 Mds d’€ seulement,
75% des sous-alimentés sont des ruraux.
2,7 Mds de personnes, soit 43% sont agriculteurs (1,3 Mds d’actifs agricoles), ne représentant que 25% de la valeur ajoutée.
Seulement 28 Mios de tracteurs et 250 Mios de têtes de bétail.
1 Md de travailleurs ruraux travaillent avec leurs mains, dont 50% n’ont même pas les moyens de s’acheter des semences. 50% de ces 500 Mios sont privés de terres, notamment suite à des étatisations qui n’ont pas été suivies de redistribution de terres.
La pauvreté rurale alimente massivement une pauvreté urbaine.
Le revenu moyen des paysans est en moyenne 50% du revenu moyen des urbains.

Pour doubler la production mondiale alimentaire, il faudrait utiliser toutes les terres cultivables et employer les techniques de productivité. Il faudrait aussi doubler le pouvoir d’achat des paysans les plus pauvres à 4$/j.


Eva Joly
(Conseiller spécial anti corruption et anti blanchiment au NORAD)

Corruption, argent sale, paradis fiscaux

Les pays pauvres, notamment d’Afrique, ont été et sont encore pillés de leurs ressources par les pays riches occidentaux, avec la complicité de leurs gouvernants qui y trouvent rétribution personnelle et la complaisance des autorités occidentales, complices de corruption, d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent détourné de ce commerce. La France est très mal perçue à l’étranger sur ce plan. L’Europe doit agir de façon plus efficace contre les nombreux détournements de fonds publics que commettent certains régimes notamment en Afrique au détriment des populations locales.
Cette délinquance financière ne peut être traitée qu’au niveau européen. Il faut lutter contre les paradis fiscaux et mettre en place une justice pénale européenne. Cela n’est plus tenable, l’entraide marche très mal en Europe sur les enquêtes. Le blanchiment de fonds est une véritable industrie et les réformes ne sont que de façade.
Toutes les sociétés cotées doivent expliquer la formation de leur résultat et des impôts payés.
Il faut interdire l’enrichissement illicite et la préservation des fonds des fortunes volées.
Les pays doivent pouvoir bénéficier des fruits de leurs ressources pour leur développement et non pour enrichir quelques personnes. Ce problème est aussi important que le fut l’esclavage.

Quelques exemples :
- le Nigéria, gros producteur de pétrole et pourtant 30% plus pauvre qu’avant l’exploitation de son pétrole. Ce pays a été pillé et les fonds sont en Europe, ont servi à financer le développement des pays européens.
- Une société britannique, British Aerospace, était soupçonnée de détourner des fonds et Tony Blair a fait en sorte que l’enquête ne soit pas ordonnée,
- La taxe sur les billets d’avion, instaurée par Jacques Chirac en présence de Sassou N’Guesso (président du Congo et de l’union africaine), ne rapporte que 200 Mios de $ pendant que 400Mios de $ étaient sur les comptes de N’Guesso
- Charles Pasqua mis en examen 6 ou 7 fois et toujours pas jugé ;
Christian Poncelet, président du Sénat, soupçonné de corruption, mais aucune instruction n’a été ouverte,
- Les Européens ont fait de la surpêche au Sénégal, en achetant des quotas de pêche, et il n’y a plus de poisson au large du Sénégal.


Marielle de Sarnez

Synthèse

Le monde a changé. Nous devons prendre en compte les bouleversements :
- crise alimentaire ;
- crise financière ;
- crise de l’énergie.

Et ce monde est devenu multipolaires.
Le moment crucial est arrivé pour retrouver un sens profond de l’engagement européen :
1-défendre des valeurs, avoir une vision socio-économique et un modèle de société solidaire, ainsi que la lutte contre les inégalités croissantes ;
ne pas accepter la concurrence déloyale.
2-entreprendre une nouvelle politique (on a l’euro mais pas de politique coordonnée) qu’elle soit économique, budgétaire, industrielle, sociale et fiscale. Par exemple, une politique commune de l’énergie, d’autosuffisance, réformer la PAC et une politique d’immigration et de gestion du vieillissement de la population
3-promouvoir une nouvelle vision du monde et débattre des normes sociales et environnementales dans le cadre de l’OMC. Enfin, promouvoir les valeurs de démocratie et de droits de l’homme


François Bayrou

Conclusion

Nous constatons un certain euroscepticisme.
Il n’y aura de volonté européenne que s’il y a reconstruction.
On ne peut plus se contenter de défendre l’idéal européen. Il faut aborder les questions qui ont fait que les peuples se sont éloignés de l’Europe.

Questions :

1-Quelle est la nature de l’Europe ?
Les Français ont dit NON au référendum sur la constitution, essentiellement car ils n’ont pas compris quel était le projet européen.
L’Europe, ce n’est pas limité à un marché, mais c’est d’abord la défense de valeurs et d’un projet de société
Ce projet a une nature sociale. L’Europe a déjà un standard social de solidarité
La vocation des institutions européennes n’est pas de défendre la concurrence mais de définir une politique partagée.
L’Europe n’est pas le nivellement des identités mais la défense de la diversité.
L’Europe n’est pas faite pour défendre la globalisation auprès de Européens, mais pour défendre les Européens dans la globalisation
2-Comment doit fonctionner l’Europe ?
Les citoyens ont l’impression que l’Europe se fait sans eux, qu’ils élisent et délèguent des pouvoirs puis ne sont plus informés et ne peuvent pas dire ce qu’ils pensent. Il y a un vrai problème de démocratie. Savez-vous vous-même quels sont les sujets débattus en ce moment en Europe ?
Il faudrait que chaque semaine les journaux consacrent une rubrique d’information sur ces sujets.

Fin d’une civilisation ?

Avec les défis démographique, climatique et énergétique, nous abordons un contexte de la plus grande crise que le monde a connu depuis des siècles.
Jamais une puissance vieillissante et riche n’a survécu entourée de puissances jeunes et pauvres. La mort des civilisations répond à la séquence opulence-relachement-vieillissement.
Par ailleurs il n’existe pas de peuple qui accepte l’immigration en nombre sans grand déséquilibre de la société. On ne peut pas penser uniquement en termes quantitatifs, de consommation et de production.

2008 correspond à un tournant, l’entrée dans un monde nouveau. On passe d’un monde où l’énergie était abondante et bon marché à un monde où l’énergie est rare et chère. Ce problème ne va pas toucher que les transports, mais s’étendre à toutes les activités humaines. Tout est indexé à l’énergie. Même la recherche de sources de remplacement ne pourra endiguer le phénomène. (On aurait dû d’ailleurs y penser lors de la loi LME favorisant les hypermarchés, alors qu’il faut en moyenne faire 4 fois plus de kms et utiliser la voiture pour faire les courses, ce qui renchérira ces dernières …).

Cela contribuera peut-être à relocaliser des activités, favoriser la proximité. Cette révolution est d’autant plus inéluctable qu’elle subit le problème climatique.

Nous risquons d’assister à une montée de l’inquiétude, une recherche des boucs-émissaires, le peuple cherchant dans ce type de contexte un dictateur, ceci est un risque pour la paix. C’est d’autant plus important de pouvoir compter sur des institutions solides, permettant le consensus plutôt que l’affrontement.

Démographie, Alimentation, Energie, Climat, les défis de l’Europe sont immenses et il faut les affronter ensemble au sein d’une Europe à reconstruire. Il nous revient de penser une Europe nouvelle et de la faire aimer.