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Vers un contrat social européen pour l’emploi

, 3 juin 2008

Vu 3164 fois | 14 commentaire(s) | Noté 5.0/5 par 05 votant(s)

A l’heure des "commémorations" en tout genre autour de "Mai 68", nous devons nous résoudre à tourner définitivement la page des "Trente Glorieuses", cette époque d’après-guerre avec une forte croissance économique et démographique, le fameux baby-boom. Nous vivions en période de quasi-plein-emploi, l’ascenseur social fonctionnait et un contrat social implicite s’exprimait au travers des conditions de travail. En échange d’un travail salarié, les entreprises qui avaient souvent une vision à long terme pour leur avenir, fidélisaient leurs collaborateurs en valorisant leurs expériences et leur ancienneté dans l’entreprise et par là même assuraient leur employabilité, pour un bénéfice mutuel entre employeur et employé. Pour certains cela pouvait s’appeler du paternalisme et prêter le flanc à de nombreuses critiques, mais il est indéniable que cela procurait un environnement assez sécurisant. A titre d’exemple, on entrait chez Michelin, Renault, Dassault ou Bouygues, et on pouvait y faire carrière en en gravissant les échelons, en fonction de ses compétences et aussi bien sûr des opportunités. Loin de moi l’idée de développer une vision angélique, les conflits sociaux existaient et étaient même parfois très durs, mais cet accord implicite, ce sentiment partagé d’appartenance, voire d’attachement à l’Entreprise, prévalait sur les autres considérations.

Depuis les années 90, le contexte a changé inexorablement, la mondialisation des échanges, la financiarisation de l’économie qui privilégie les résultats à court terme, les nouveaux managers appointés par les actionnaires qui remplacent les anciens patrons propriétaires de leur entreprise, etc. Cette évolution du contexte global a déjà été décrite par d’autres et exige des entreprises à s’adapter sans cesse et à devenir toujours plus performantes. Si l’on ajoute à cela l’accélération des évolutions technologiques, on constate désormais qu’au cours d’une vie professionnelle, chacun doit changer plusieurs fois de métier. Tous ces changements entraînent fatalement une précarisation de l’emploi salarié, et c’est pour cela que l’on parle de plus en plus de "flexisécurité" censée apporter plus de flexibilité à la gestion des emplois tout en assurant un filet de sécurité pour gérer ce que l’on appelle maintenant une transition professionnelle pour ne plus employer le terme de chômage. De ce fait, la législation du travail doit évoluer et récemment, gouvernement et partenaires sociaux sont convenus de "moderniser le marché du travail".

Si l’on regarde cette évolution avec du recul et que l’on tourne nos yeux vers l’avenir à moyen / long terme, que peut-on envisager ?

Tout d’abord, il est certain que les temps ont irrémédiablement changé et qu’il ne sera pas possible de revenir en arrière comme au temps des "Trente Glorieuses". Certains peuvent le regretter, comme autrefois d’autres ont regretté la disparition de la marine à voile, mais c’est ainsi. De même que les clippers n’assurent plus le commerce du thé avec l’extrême orient, les entreprises ne pourront plus assurer l’emploi à vie. Le contrat social qui existait auparavant ne fonctionne plus. Le contrat de travail risque d’évoluer vers un contrat de nature "commerciale" lié à un projet limité dans le temps reportant sur chaque travailleur la gestion de son employabilité et de ses périodes de transition. Y aura-t-il même encore une notion de salariat dans dix ou vingt ans ? Tout le monde ne sera-t-il pas considéré un peu comme un travailleur indépendant ? Si cette évolution se développe dans le "laisser-faire", alors cette souplesse peut être une excellente chose pour les plus employables qui pourront alors négocier plus facilement leurs évolutions de carrière, passant d’un emploi à un autre au gré des opportunités. Mais pour les autres – plus vulnérables – et aussi plus nombreux, le fossé se creusera de plus en plus et créera encore plus de précarité voire de pauvreté. Les plus pessimistes parlent même de la disparition des classes moyennes, ne restant plus que deux catégories situées aux deux extrémités de l’échelle sociale.

En tant que défenseurs de la sociale-économie et des valeurs humanistes, nous ne devons pas "laisser faire", mais que peut-on faire et qui doit le faire ? Le modèle actuel en cours de négociation montrera sans doute à terme ses limites. De la même manière que l’on ne peut pas faire porter la gestion de l’employabilité de manière individuelle sur les seules épaules des travailleurs, on ne peut pas non plus imposer aux entreprises de prendre en charge le développement de l’employabilité de leurs collaborateurs, y compris au-delà de leur périmètre économique. Il faut donc être créatif et inventer une nouveau modèle qui peut aussi s’inspirer de modèles existants. On parle souvent du modèle finno-scandinave dans lequel, la flexibilité de l’emploi est compensée par une sécurité assurée par une indemnisation et surtout un niveau de formation élevé. Ces politiques nécessitent des moyens budgétaires importants et supposent une forte mobilisation au sein des entreprises et un dialogue social de qualité. La France n’en est pas là aujourd’hui. Et d’ailleurs, en serait-elle là, pourrait-elle le faire seule ? Très difficilement sans doute, car un tel projet ambitieux, n’est pas sans conséquence sur les politiques budgétaires et économiques. Il faut donc le concevoir sur un périmètre beaucoup plus large, et c’est donc au niveau européen qu’il faut mettre en œuvre des politiques communes de gestion de l’emploi.

Pourquoi ne pas envisager sous l’égide de l’Union européenne, et de façon coordonnée, le développement dans chacun des pays qui la composent de structures autonomes, gérées paritairement par des représentants des partenaires sociaux, et chargées de prendre en charge globalement la gestion de l’employabilité des travailleurs ? A court terme, ce projet paraîtra sans doute difficilement réalisable voire même utopique, et c’est à l’échéance d’une dizaine d’année qu’il faut envisager sa construction. On pourra objecter que tous les pays ne sont pas au même niveau, c’est vrai ; mais pour mémoire, souvenons nous des comparaisons que l’on faisait avec l’Espagne lors de son entrée dans l’Europe et du chemin parcouru depuis. Au Parlement européen, la commission de l’emploi et des affaires sociales a pour mission de défendre une Europe plus sociale, avec une meilleure cohésion et des emplois de qualité.

C’est donc au niveau européen que la construction d’un nouveau "contrat social" doit être prise à bras le corps, c’est un projet enthousiasmant qui doit animer l’ensemble des citoyens de l’Union, à commencer par la jeunesse car c’est principalement de son avenir qu’il s’agit. Et nos gouvernants et parlementaires seraient bien inspirés de le promouvoir, car cela peut contribuer aussi à cimenter notre Union et prendre le leadership sur un sujet qui dépasse les frontières de l’Europe. Cela participerait aussi à la construction d’un modèle européen qui ne soit pas seulement économique.

Personnellement, je rêve du jour où l’on parlera couramment, et avec envie, du "modèle européen", et où l’on entendra un peu moins parler du "modèle américain".


Article également publié sur le blog de la section démocrate d’Issy-les-Moulineaux

Noté 5.0/5 (05 votants)

La réponse de ArnaudH

Posté le 3 juin 2008, à 09h 46mn 04s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

De très bonnes idées. Pour la mise en oeuvre, il faudra réfléchir à la mise en avant des partenaires sociaux à l’échelle européenne et à la création d’un cadre de flexicurité acceptable par l’ensemble des partenaires (faisable a priori car le principe est assez souple) ainsi que les déclinaisons nationales possibles.

» Quindi Programme Européen Phase 1

La réponse de Laurent Boisseau

Posté le 3 juin 2008, à 14h 10mn 08s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

@ArnaudH : Merci pour votre appréciation et vos suggestions. Il faut effectivement adopter une démarche assez directive quant à l’objectif mais très pragmatique dans la mise en oeuvre et notamment les déclinaisons nationales.

La réponse de Danièle Douet

Posté le 3 juin 2008, à 07h 46mn 35s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

C’est pour moi une évidence. Merci de l’avoir formulée ainsi, mais il y a un long chemin à faire en France en profondeur au niveau éducatif avant de pouvoir penser à un "contrat social" européen. C’est chez nous que nous devons commencer d’urgence à penser dans ces catégories.

Il faut donc être créatif et inventer une nouveau modèle qui peut aussi s’inspirer de modèles existants.

On parle souvent du modèle finno-scandinave dans lequel, la flexibilité de l’emploi est compensée par une sécurité assurée par une indemnisation et surtout un niveau de formation élevé.

Certes, mais pour avoir un tel modèle en France, il faudrait commencer par l’EDUCATION au niveau de la maternelle.

En effet, les pays nordiques ont une conception de la cohésion sociale différente de la situation en France. Les Français disent d’eux-mêmes qu’ils sont individualistes. Marqués par Descartes "JE pense donc JE suis", ils sont considérés par les Européens du Nord plutôt comme des "égoïstes", où le "chacun pour soi" est la règle.

Si l’on observe les corporatismes en France, on constate que chaque groupe, presque chaque individu défend uniquement ses prérogatives, ses "acquis" sans jamais réfléchir à ceux des autres. Il n’y a PAS de cohésion sociale. Vous écrivez fort justement :

Ces politiques nécessitent des moyens budgétaires importants et supposent une forte mobilisation au sein des entreprises et un dialogue social de qualité. La France n’en est pas là aujourd’hui.

Je me souviens d’un meeting de Christian Blanc en 2001 où des amis le poussaient à faire acte de candidature à la présidentielle de 2002. J’étais à Paris à l’époque. Pensant trouver en lui une alternative, j’avais suivi son "Appel public" et assisté à la réunion dans le XVIème ( !). Public BCBG. Il affirmait entre autres : "C’est la première fois en France que le pays n’intègre plus ses immigrés. Il faut faire quelque chose avant que cette bombe n’explose." J’avais demandé à prendre la parole et avais expliqué que le phénomène "banlieues" que l’on trouve partout en France, où les citadins rejettent à l’extérieur des villes les gens à problèmes, n’existe pas dans d’autres pays, notamment en Europe du Nord. Les gens sont intégrés dans les différents quartiers, on a un logement mixte. Le mot "banlieue" au sens français n’existe même pas dans ces langues.

Je proposais donc "Il faudra faire revenir dans les villes les gens parqués dans les banlieues et les y intégrer". S’est levé un fort murmure dans la salle et quelques-uns ont dit bien fort "Surtout pas !"

Tant que la France sera dans cet état, il ne faut pas se leurrer, il n’y a AUCUN espoir d’amélioration de la cohésion sociale et donc de contrat social en France, et encore moins en Europe !!!

Je pense donc, j’en suis même absolument convaincue, que tout doit commencer par une Education dès la maternelle à un comportement social en France. Ce sera un long, très long travail qu’il conviendrait de penser et de promouvoir au plus tôt.

Je partage ma vie depuis plus de 35 ans entre la France et l’Allemagne. Ce pays est marqué par le philosophe Kant. Chaque petit Allemand apprend dès l’école maternelle à penser selon la maxime de Kant :

« Agis selon la maxime qui peut en même temps se transformer en loi universelle »

Ce qui signifie en pratique : "Si tout le monde faisait ce que tu veux faire, comment serait le monde ?"

Et chaque individu, ceux qui ont été éduqués ainsi, et c’est la majorité, vit en fonction de cette maxime qui traverse toute la société.

D’ailleurs, une comparaison des devises des deux pays montre leur profonde différence : "LIBERTE, égalité, fraternité" pour la France. "Unité et droit et LIBERTE" pour l’Allemagne. L’unité, la cohésion du pays passe avant la liberté. L’Unité, la cohésion, ne signifie pas l’Egalité (qui est un peu utopiste selon moi, car irréalisable, mais ça c’est une autre histoire).

Pour avoir une réelle cohésion sociale - et donc un contrat social - qui permette aussi des sacrifices consentis, il faut une éducation solide en ce sens. Avec le sens du bien commun.

Il ne faut pas se leurrer, l’Homme est un égoïste. C’est ce qui lui a assuré sa survie dans l’évolution. Un certain égoïsme est indispensable à la survie. Les spécialistes disent que l’Allemand est un "égoïste communautaire" - la communauté prime sur l’individu - et le Français un "égoïste individuel" où l’individu prime sur la communauté.

Tant que nous n’aurons pas agi à ce niveau par l’Education - l’Education Nationale a beaucoup de déficits, non pas les enseignants qui font tout ce qu’ils peuvent, mais l’Etat qui PENSE l’Education - nous n’aurons AUCUNE chance de parvenir à un "contrat social" en France et en Europe.

Axel J. qui vit en Finlande depuis plusieurs années pourrait nous dire sa vision des deux pays à ce sujet. Je vais de ce pas le contacter et l’inviter à nous en parler.

C’est donc au niveau européen que la construction d’un nouveau "contrat social" doit être prise à bras le corps, c’est un projet enthousiasmant qui doit animer l’ensemble des citoyens de l’Union, à commencer par la jeunesse car c’est principalement de son avenir qu’il s’agit. Et nos gouvernants et parlementaires seraient bien inspirés de le promouvoir, car cela peut contribuer aussi à cimenter notre Union et prendre le leadership sur un sujet qui dépasse les frontières de l’Europe. Cela participerait aussi à la construction d’un modèle européen qui ne soit pas seulement économique.

Personnellement, je rêve du jour où l’on parlera couramment, et avec envie, du "modèle européen", et où l’on entendra un peu moins parler du "modèle américain".

Le chemin sera très long et demandera en France une profonde transformation du pays qui commence selon moi dès la maternelle. A nous de penser cette évolution, le Mouvement Démocrate en a les hommes et les femmes, les Humanistes qui sauront montrer les nécessités d’une forte cohésion sociale... Il convient donc de commencer à au plus tôt à formuler le tout !

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La réponse de Laurent Boisseau

Posté le 3 juin 2008, à 14h 05mn 20s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

@ Danièle Douet : Merci pour vos commentaires très complets. J’ai proposé un nouveau contrat social centré sur l’emploi et plus précisément la gestion de l’employabilité au niveau européen. A ce stade, il s’agit d’une vision moyen/long terme, et les moyens concrets sont à inventer pour atteindre l’objectif. Vous étendez la réflexion à une notion plus générale de contrat social et vous avez raison. Chacun des pays membres de l’UE doit y participer, et la France en particulier. Cela commence effectivement par une transformation de nos comportements et par conséquent l’éducation des générations futures. Faire des citoyens français aussi des citoyens européens, et en particulier arrêter ces discours pervers dans la présentation qui semblent opposer les pays membres et les instances européennes, alors qu’ils y participent. C’est une nouvelle conscience collective à inventer, d’autres cultures y sont sans doute mieux préparées comme votre étude comparative le montre. C’est sans doute en France une nouvelle révolution à conduire, plus pacifique mais aussi plus complexe car faisant appel à des réflexes collaboratifs qui transcendent les groupes sociaux et les frontières.

La réponse de Axel J

Posté le 4 juin 2008, à 00h 13mn 13s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

"Axel J, qui vit en Finlande depuis plusieurs années, pourrait nous dire sa vision des deux pays à ce sujet. Je vais de ce pas le contacter et l’inviter à nous en parler."

Merci Danièle et Laurent pour ces deux longs développements très constructifs. Je ne sais pas bien comment vous aider, moi qui ne peux vraiment vous livrer que les impressions peut-être subjectives, en tous cas plutôt centrées sur mon vécu personnel, sans capacité d’analyse ni de théorisation ? Oui, je vis quotidiennement une expérience du monde du travail bien éloignée de celle que je vivais en France, avec beaucoup d’aspects dont nous ferions bien de nous inspirer. Par exemple, taux de syndiqués très élevé = dialogue constant et réel, non rapport de force, avec les syndicats à tous les niveaux professionnels ET politiques = beaucoup de responsabilités laissées aux syndicats comme par exemple les caisses d’assurance-chômage ou vieillesse pour ceux qui choisissent de quotiser au syndicat...

La rapidité d’adaptation de tout un peuple, aux nouvelles technologies par exemple, ou tout simplement à des changements nécessaires d’orientations économiques ou à certaines phases douloureuses mais inévitables, il me semble que ça tient aussi au faible nombre d’habitants et à une immigration encore maîtrisée, autant qu’aux mentalités. Certes le sentiment de sécurité personnelle, apporté par une bonne protection sociale, aide pour la flexibilité, mais ce qui aide bien plus, c’est, comment dire, une sorte de "jeunesse d’esprit" qui implique aussi un certain manque (volontaire, je crois) de recul et de sens critique. C’est bien souvent que je me fais cette réflexion : "Ça, en France, on n’aurait jamais pu nous l’imposer aussi facilement". Et ce n’est pas toujours pour la bonne cause : ça va bel et bien, et de plus en plus souvent, dans le sens général de "Wall-Street et les lobbies de l’industrie chimique" qui prennent le pouvoir partout sur cette planète (espèce de raccourci osé mais pas faux pour vous montrer de quoi je parle). Les Mafias en tous genres aussi, savent utiliser le sens de la discipline et de la discrétion des Finlandais.

Vous comparez avec l’Allemagne, mais en Allemagne par exemple, vous trouvez, tout autant qu’en France, encore une grande partie des habitants qui "pensent en Marks" comme beaucoup de Français "pensent en Francs". Et si vous prenez un autre grand pays qui, à première vue, semble aussi se débrouiller très bien avec l’adaptation rapide et sans inertie au monde qui change, la Grande Bretagne, regardez de plus près et vous serez surpris d’y voir, très vivants et même intégrés au quotidien, toujours les mêmes clichés de fierté patriotique qui datent de la 2è guerre mondiale et qui, en France, ont disparu des mentalités juste après les films comiques de guerre avec Bourvil ou De Funès. Mais je m’éloigne du sujet : en Finlande, la faculté de tourner la page rapidement sans s’apesantir et sans "freiner des quatre fers" en toute occasion, fait que par exemple si vous parlez en anciens Marks Finlandais (au lieu de parler en Euros), quelques fois on vous regardera avec un air amusé et sympathique, mais la plupart du temps on ne saura même plus faire la conversion ni presque de quoi vous parlez !

Je dois dire que c’est assez décourageant pour moi, qui ai choisi la Finlande quand même beaucoup pour, justement, fuir la France, de tenter de nouveau de transposer tout un tas de bonnes idées, coutumes etc. Danièle, savez-vous, j’ai essayé plus d’une fois au Projet Démocrate, rubrique "étranger", mais je suis certainement trop mal armé, en tous cas, quand on fait face ainsi à la "montagne de refus viscéral" que représente la France sur le plan de songer à changer nos habitudes, chercher des sujets d’articles ou de commentaires c’est carrément dur pour le moral.

Prenez ceci comme une "réponse d’humeur" passagère, à moins que vous n’y voyiez encore un symptôme douloureux de l’état dans lequel 30 ans d’immobilismes et de corporatismes en tous genres, ont laissé la France et certains de ses simples citoyens des moins bien armés en, aïe on y revient encore, "relations personnelles, amis et réseaux"...

La réponse de Danièle Douet

Posté le 4 juin 2008, à 08h 51mn 06s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

Merci Axel, une réaction à chaud en comparant la France et la Finlande que je ne connais que de ouï dire et pour avoir vécu dans le Nord de l’Allemagne où elle est très proche. . Le problème de la France - et de l’Allemagne en moindre mesure - c’est son immobilisme et son conservatisme dû au fait des dernières conséquences de la guerre. Le "baby-boom" qui a produit la "révolution" de mai 68, car une majorité de jeunes n’acceptaient plus ce qu’avaient fait et produit leurs parents en matière de structures de la société - sans parler du conflit dont il faudra un jour faire aussi l’autocritique en France - se transforme aujourd’hui en "papy boom" et c’est une tragédie. . De plus, la génération précédent le baby boom est encore au pouvoir, on le voit avec JP Elkhabash qui à 70 ans était encore jusqu’hier président d’Europe1 et j’en passe... , La France est donc gouvernée par une caste de VIEUX et la particularité des vieux c’est le CONSERVATISME. On voit d’ailleurs que ce sont eux qui ont porté N. Sarkozy au pouvoir. Sans eux il n’avait aucune chance d’être élu. . Ce qui provoque sa baisse dans les sondages, c’est que les personnes âgées ont PEUR des changements, ils parlent souvent du "bon vieux temps" avec nostalgie. Jamais ils ne sont les moteurs de réformes. Et ils se trouvent face à un chamboulement. Leur PEUR s’étend dans tout le pays. . Tout ceci s’ajoute au fait que la France n’est pas une vraie démocratie avec un dialogue social qui fonctionne mais une juxtaposition de "castes" de "corporatismes" pratiquant le "chacun pour soi". . Quelques pistes : L’Education, la suppression de l’ENA ou son accès - comme l’avait proposé F. Bayrou - uniquement à des personnes de plus de 35 ans ayant déjà fait leurs preuves en entreprise, un renforcement du dialogue social par une autre politique en matière de syndicalisme (encourager la syndicalisation en permettant l’adhésion à des syndicats représentatifs non politisés), etc.... Il y a tout a refaire, selon moi et cela doit partir de la maternelle... pour éduquer notre pays à la démocratie. . Je doute cependant que la caste au pouvoir - que décrit fort bien F. Bayrou dans "Au nom du Tiers-Etat" - soit désireuse de former le pays à la vraie démocratie à tous les niveaux. Elle perdrait vite le pouvoir qu’elle monopolise.

La réponse de Axel J

Posté le 4 juin 2008, à 12h 06mn 00s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

Danièle :

"un renforcement du dialogue social par une autre politique en matière de syndicalisme (encourager la syndicalisation en permettant l’adhésion à des syndicats représentatifs non politisés)"

Une précision à propos des syndicats en Finlande : précisément, ils sont regroupés par professions, non par orientations politiques, ce qui est logique et participe de critères et de volontés pratiques de travailler ensemble, patrons et ouvriers, citoyens et leurs représentants au parlement et au gouvernement. En France, par contre, les syndicats ont avant tout une couleur politique, comme s’ils étaient là avant tout dans une logique de conflit et de rapport de force entre classes. Voilà pour les bases générales sur lesquelles les deux pays posent leur syndicalisme : c’est le jour et la nuit ! Après, bien entendu vous avez des affinités politiques, et certains regroupements de travail, peut-être plus faciles entre disons, syndicat des menuisiers et syndicat des charpentiers, et assez peu probables entre disons, syndicat des professeurs agrégés d’université et syndicat des ouvriers de voirie. Tout comme en France, il existe aussi des syndicats plutôt professionnels pour qui la couleur politique a moins d’importance que les questions spécifiques à la profession (par exemple syndicats de policiers je crois ?). Mais ce qui constitue le schéma normal français c’est, pour prendre un seul exemple, le plus représentatif : la CGT qui dicte ses orientations générales politiques au niveau national, auxquelles chaque syndiqué CGT doit adapter son propre cas, ce qui est souvent un grand écart incongru, tant pour des raisons de natures différentes des problèmes selon les professions, que pour des raisons spécifiques à telle ou telle région de France. Bref, encore une fois cette vieille mentalité de "sujets monarchistes" centralisés à mort, et pour un "CéGéTiste" (par exemple), ça devrait constituer une belle absurdité sinon même une honte ?

La réponse de Laurent Boisseau

Posté le 4 juin 2008, à 09h 26mn 54s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

@Axel : Merci pour votre éclairage qui complète utilement le panorama. Face à ces diversités de comportement, il faudra trouver des objectifs, ainsi que des valeurs, susceptibles de rassembler, afin de pouvoir dépasser ces réflexes conservateurs. C’est une tâche immense, mais il doit y avoir moyen de trouver des leviers et des "points de bascule" pour y parvenir.

La réponse de Danièle Douet

Posté le 4 juin 2008, à 10h 11mn 06s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

@ Laurent : Une piste serait la mobilisation des jeunes qui sont très mis à mal par les conservatismes PS et UMP qui se partagent le pouvoir. Ils entraîneraient les autres... Une deuxième piste est de s’adresser aux ouvriers et agriculteurs dans leur contexte et leur langue, ce que le MoDem ne fait absolument pas actuellement. Il faudrait donc créer des cellules d’agriculteurs et d’ouvriers syndiqués ou non au sein du MoDem pour les ECOUTER et proposer des solutions qui les concernent dans leur vocabulaire et avec leurs arguments.

La réponse de Laurent Boisseau

Posté le 4 juin 2008, à 10h 45mn 29s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

@ Danièle : Tout à fait, et les jeunes en priorité, car c’est avant tout de leur avenir qu’il s’agit, et c’est un projet porteur d’espoir qui est de nature à fédérer. De plus, ils sont plus habitués que leurs anciens aux échanges internationaux et en particulier européens.

La réponse de Danièle Douet

Posté le 4 juin 2008, à 10h 58mn 16s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

Oui, mais les jeunes sont minoritaires dans notre pays - à cause du "papy boom"... alors il faudrait rassembler des catégories sociales que nous ne touchons pas, celles que j’évoquais précédemment.

La réponse de Axel J

Posté le 4 juin 2008, à 12h 48mn 41s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

"Rassembler des catégories sociales que nous ne touchons pas"

Ah ça c’est sûr que le "MoDem Internet", c’est quand même très très ciblé, même qu’on se dit souvent tout bêtement qu’on ne trouvera jamais assez de millions de gens éduqués, aisés et bien installés dans la vie, pour "faire le nombre" :-) Mais je voulais ajouter un détail à mon deuxième commentaire, quand je me suis aperçu qu’il ne serait pas automatiquement ramené en bas de page. Je réponds donc ici. A propos du vocabulaire, càd l’utilisation des mots en politique pour influencer les pensées : Entre ouvriers et patrons, si on s’entend vraiment, si on a vraiment, authentiquement, le sentiment de travailler ensemble pour la même cause (l’entreprise, la France, l’Europe), il faut s’appeler par nos noms respectifs, il faut appeler un chat un chat. Tout ce qui est inventions de termes flatteurs ou enjoliveurs comme, par exemple "partenaires sociaux", ce sont des techniques de lavage de cerveaux pour se donner l’impression qu’on est tous pareils, paons et coquelets. Ca permet d’oublier que ce qui se passe vraiment, c’est le conflit, le rapport de force, bref on n’avance pas, on ne travaille pas. Ce n’est pas innocent, ce n’est pas seulement de la démagogie, non, ça va bien plus loin : c’est noyer le poisson pour cacher la continuation des petits privilèges personnels de castes (caste des patrons, caste des chefs syndicaux...). Parler droit, ne pas faire mentir les mots, au contraire, permet de toujours savoir où on en est et de rester sur un plan constructif de travail. Chacun son rôle, sa place, son rang, et tous fiers d’apporter sa contribution à son propre niveau. Au passage, ceci est encore une des différences fondamentales entre la France et la Finlande : langage simple, dépouillé, direct, descriptif, contre figures de style, intérêt et goût pour les belles phrases vides de sens, focalisations sur des petites fautes de français, oubli souvent total du sens au profit de l’apparente érudition, etc.

La réponse de Danièle Douet

Posté le 4 juin 2008, à 14h 05mn 43s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

Absolument d’accord avec toi Axel. Le mot "partenaires sociaux" est trompeur, car il s’agit d’un véritable rapport de force. Ici en Allemagne, le "Betriebsverfassungsgesetz" fixe clairement ce rapport de force, mais l’encadre et donne aux employés et ouvriers des droits que n’ont pas les Français. Il faut un nouveau cadre dans ce domaine en France. Et les deux parties sont conscientes qu’elles sont assises sur la même branche, elles recherchent donc le BIEN de l’ENTREPRISE, car celui-ci entraîne aussi le bien de ceux qui y travaillent. Les deux parties ont conscience qu’elles sont dans un même bateau et que si l’entreprise coule, tout le monde coule avec elle. Les dirigeants savent qu’ils ne peuvent exister sans leurs employés. En France, une telle vision est tabou et soumise à l’idéologie et l’affrontement irrémédiable. Tant qu’on ne sera pas sorti de cet état de fait en France, on ne pourra pas avancer. Et cela commence à la maternelle.

La réponse de Axel J

Posté le 4 juin 2008, à 14h 30mn 52s
Vers un contrat social européen pour l’emploi

Ca commence à la maternelle certes, mais il y a aussi la manière d’organiser le syndicalisme. Voir mon deuxième post passé inaperçu car relégué en milieu de page, qui explique la différence fondamentale entre les syndicats français tout entiers tournés vers la logique "lutte des classes", et les syndicats finlandais qui sont dans la logique du métier lui-même et de la vision purement professionelle.

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