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Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

, 28 mai 2008

Vu 2219 fois | 10 commentaire(s) | Noté 4.6/5 par 014 votant(s)

À l’occasion de la passe d’armes entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal sur l’emploi du mot « libéralisme », un mot jusque-là tabou chez les principaux leaders de gauche, c’est déjà le débat sur l’évolution du Parti socialiste qui est lancé et de façon plus générale le débat sur l’héritage de tout un système de valeur de la gauche et de ses courants.

Je ne peux que me réjouir qu’enfin le PS pose le débat sur les racines libérales de la gauche réformiste et s’interroge ainsi sur son identité future qui trouvera son essence dans les valeurs qu’elle choisira de défendre lors de son prochain congrès.

Cet évènement laisse présager un débat passionné. Mais revenons au sens du mot « libéral ». Dans son livre De l’audace, Bertand Delanoë se dit partisan d’un libéralisme politique dans le sens où celui-ci doit permettre la conquête de nouveaux droits civiques, permettant l’accomplissement de l’homme. En d’autres termes, un combat pour le progrès démocratique autour de valeurs qui n’ont pas vocation à être qualifiées de droite ou de gauche, mais de valeurs universelles. Quant à Ségolène Royal, elle se démarque de Bertrand Delanoë en affirmant que le vocable « libéral » ne peut être attribué qu’à ses adversaires. Sauf qu’elle omet de préciser de quel libéralisme elle se veut l’héritière !

Le libéralisme politique dont nous sommes les héritiers : celui théorisé par Tocqueville, Smith ou Rousseau ? Le libéralisme au sens économique du terme, celui qui est trop souvent devenu le sens commun ? Peut être s’agit-il du libéralisme culturel, celui qui promeut l’affranchissement aux valeurs traditionnelles ?

Tout cela pour dire que c’est toute la signification du mot « libéralisme » qu’il convient de développer avant de l’employer, car le signifié est trop souvent relié à plusieurs signifiants. Pour ma part, je vois trois formes de libéralismes qui méritent d’être explicitées : Le libéralisme politique se veut l’héritier de l’idéologie des Lumières. Théorisé par Locke, il est indissociable de la quête de l’autonomie de l’homme, de la conquête de plus de liberté et de droits. C’est en réalité la consécration politique de la lutte contre toute forme de despotisme. Il prend tout son sens à partir du moment où il se veut garant du progrès vers plus de démocratie, vers plus d’implication du citoyen dans le processus de décision.

Le libéralisme économique, c’est celui de Ricardo, de Smith, des penseurs de l’école classique qui ont théorisé les bienfaits du libre échange, en d’autres termes les précurseurs du monde globalisé qui n’avaient en rien envisagé les ravages qu’il entrainerait tant la question de sa régulation par l’interventionnisme de l’Etat n’était même pas posée.

Défini par Gérard Grunberg, chercheur en sciences politiques, le libéralisme culturel s’exprime par l’héritage post-soixante-huitard et le rejet d’un certain nombre de valeurs traditionnelles. Il réside dans l’acceptation d’une certaine libéralisation des mœurs et la tolérance vis-à-vis d’un certain nombre de comportements et usages (tolérance vis-à-vis du divorce, égalité des droits pour les homosexuels, dépénalisation des drogues douces…).

Trois sens pour un seul mot... Alors, s’il vous plaît messieurs les politiques, faîtes -vous les apôtres de la précision lorsque vous employez un mot. Refusez l’ambiguïté, ne jouez pas avec les mots, surtout lorsqu’ils ont du sens et sont porteurs d’une éthique. Alors Madame Royal ? Est-ce ce mot Libéralisme que vous trouvez incompatible avec le socialisme ? Ce libéralisme porteur d’humanisme, de l’idée de progrès vers l’idéal démocrate ? ou est-ce le libéralisme économique que vous réfutez ?

En anglais «  I am liberal » signifie « Je suis de gauche » comme si le réformisme libertaire était indissociable de l’identité du parti travailliste anglais, à l’inverse d’un parti de droite attaché au terme « conservateur ». Cette expression empruntée du monde anglo-saxon rappelle encore qu’un clivage existerait entre la gauche, peut être héritière d’une vision post-soixante-huitarde de la société dont les fondements sont les libéralismes culturels et politiques. La droite se bornerait à assumer l’héritage du libéralisme économique tout en se défendant de s’inscrire dans une lignée libérale sur le plan politique et culturel.

Mais tout cela n’est pas aussi figé qu’il en a l’air. Les prochains débats qui auront lieu à gauche, à droite ou au centre, permettront je l’espère à chacun de se positionner sur ces trois axes du libéralisme et de trouver l’ébauche d’une identité, à l’heure où les clivages semblent s’estomper. Bonne nouvelle dans une vie politique devenue bien terne. Certes, indépendants les uns des autres, « les trois libéralismes » ont vocation à former un tout, une idéologie et un projet de société. Car ce sont bien des valeurs dont il s’agit avant tout pour construire un projet. Et c’est à partir d’une définition précise du libéralisme dont on se revendique qu’il est possible d’envisager les bases de ce projet.

Vivement que le débat ait lieu. Cela sera tout à l’honneur des politiques de l’élever, de revenir à la genèse idéologique et surtout d’en parler sans ambiguïté car en politique, il ne doit pas y avoir de mots tabous ! « Libéralisme », n’est-ce pas simplement un très beau mot lorsqu’on lui adjoint le qualificatif qu’il convient ?

Noté 4.6/5 (014 votants)

Posté le 2 juin 2008, à 12h 39mn 20s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

Merci pour cette mise au point pédagogique !

La réponse de buildfreedom

Posté le 2 juin 2008, à 09h 20mn 52s
Libéralisme et capitalisme

Pour dépasser une confusion préjudiciable au débat politique en France.

L’identification fautive du libéralisme et du capitalisme pousse le débat politique français dans une impasse. Le quiproquo est d’autant plus inextricable que la confusion est entretenue aussi bien par les défenseurs du libéralisme que par ses ennemis. Or, il n’y a finalement pas grand rapport entre cette philosophie générale de la vie en société qu’est le libéralisme, dont les retombées irriguent également les domaines économique, social et politique, et ce régime économique moderne de l’entreprise et de la production de richesses qu’est le capitalisme, susceptible d’être lui-même plus ou moins libéral d’ailleurs. Au mieux, leur intersection est limitée, sans recoupement, au domaine économique. D’où l’épuisement des libéraux (doctrinaires ou politiques) dans un combat sisyphien de défense des intérêts particuliers des patrons, du syndicalisme patronal et des grandes entreprises qui n’est pas le leur et les empêche par avance de pouvoir capter la sympathie réelle de larges couches de la société civile. D’où le refus de la gauche d’avancer résolument vers des solutions qui pourraient ressembler à des concessions idéologiques à l’égard du patronat et du pouvoir économique installé.

Pourtant la distinction entre libéralisme et capitalisme est une clé.

La suite sur le lien ci-dessous...

» Amicus Curiae - Libéralisme et capitalisme

La réponse de Thierry Sautelet

Posté le 29 mai 2008, à 01h 09mn 02s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

En France, il y a des penseurs du libéralisme, mais le libéralisme économique n’y a été que rarement mis en pratique : que ce soit au XVIII ème ou au XIX ème siècle, tandis qu’au XXème, la France est devenu l’Etat providence que l’on connaît.

Il en ressort que le libéralisme économique est ressenti dans l’opinion publique comme étant plutôt d’origine étrangère car confondu avec le capitalisme tel qu’il se pratique dans d’autres pays.

Les socialistes ne s’y sont pas toujours opposés : rappelons-nous les débuts de l’ère Mitterrand et cette propension de faire boursicoter tous les français...

La prise de position de Delanoë va créer au sein des socialistes une ligne de fracture plus intéressante à vrai dire que celle qui consistait à être pour ou contre l’Europe.

Mais cette fois, les socialistes vont peut-être se reconfigurer complètement.

La réponse de xavier78

Posté le 28 mai 2008, à 19h 11mn 22s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

En fait : libre, libéral et libertin, voilà les confusions que nous cultivons encore aujourd’hui....

La réponse de Marie-Anne Kraft

Posté le 28 mai 2008, à 22h 14mn 09s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

Ou libertaire (le libertinage, c’est encore un autre registre !)

Posté le 28 mai 2008, à 19h 11mn 01s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

Il y va du teme libéralisme comme de beaucoup d’autres ! Chacun donne un sens particulier à un terme, généralement celui qui l’arrange, d’où des débats qui ne servent à rien ! D’ailleurs, il sembe que le terme "libéralisme " ait déjà fait l’objet de discussions par S Royal pendant la campagne présidentielle, et que ce terme était alors conciliable avec celui de socialisme .. Maintenant, pour elle, il n’y est plus ! Mais c’était en 2007 ! Il faut toujours commencer par définir les termes employés, surtoutquand il s’agit d’un mot si riche de sens et si galvaudé ! merci à Julien d’en avoir explicité si clairement les différents aspects. Orange 78

La réponse de Marie-Anne Kraft

Posté le 28 mai 2008, à 22h 28mn 12s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

"Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde " (Albert Camus)

Excellent article de Julien. A mon avis Bertrand Delanoë n’est pas naïf, il est bien conscient de ces trois sens que ce mot peut recouvrir et il a utlisé cette ambiguïté sciemment, comme en jetant un pavé dans la mare pour ensuite regarder les ronds se former dans l’eau... Il abat une carte pour que sa concurrente, donc rivale, Ségolène découvre les siennes et sans doute pour la piéger. Il est aussi facile de démontrer que ses détracteurs n’ont pas forcément compris le sens du mot dans sa phrase ... Quelque chose me déplait dans ce comportement pour le moins hypocrite. La bataille interne du PS promet d’être sévère ! Pas seulement entre les personnes mais aussi pour redéfinir une idéologie, car la synthèse est impossible en l’état actuel d’une gauche déchirée entre des courants très différents.

La réponse de tamino

Posté le 29 mai 2008, à 10h 48mn 31s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

Il est sûr que le MoDem est particulièrement bien placé pour donner des leçons au PS en matière de démocratie interne et de débats d’idées.

La réponse de Christophe Lacomba

Posté le 31 mai 2008, à 19h 21mn 59s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

J’avais envie de dire : "je n’aime pas B. Delanoë" mais ça pourrait être mal interprété (je ne porte pas de jugement personnel ou de valeur sur cet homme). Je veux dire : je n’aime pas cet homme politique, ou plutôt il m’inspire de la méfiance (encore plus depuis son attitude suffisante envers M. de Sarnez pendant la campagne des municpales) Tout homme politique se doit d’être ambitieux (car comment exercer un jour un mandat si on est dépourvu d’ambition...) mais je trouve que celui-ci surfe un peu trop à mon goût sur la vague de sa popularité (son dernier succès aux municipales) ainsi que sur la décomposition avancée du P.S. (qui se sent fort du fait de l’impopularité de la droite) ; entre les différents "courants" du P.S., les guéguerres d’égos de ses personnalités qui se jettent leur mépris à la figure, le débauchage et l’auto-mise à l’écart des prinicpaux pour cause "d’ouverture", il a senti qu’il avait sa chance... et que c’était le moment ou jamais de faire parler de lui : pour ce faire, une déclaration bien provocatrice, bien ambiguë, est du plus bel effet. J.M. Lepen a usé de ce procédé en son temps...

La réponse de Thierry Sautelet

Posté le 1er juin 2008, à 11h 28mn 47s
Mais de quels libéralismes parle-t-on ?

Au cours du débat sur l’Europe, on a glosé sur l’Europe sociale, or dans certains états d’Europe de l’ouest, qu’on le veuille ou non, le poids du social est en train d’étouffer l’économie.

Contrairement à l’Allemagne dont l’excellence englobe l’intégralité de sa production manufacturée, l’excellence de la France se vérifie surtout dans les hautes technologies, l’industrie alimentaire, le bâtiment, l’industrie du luxe et celle des loisirs.

Mais pour alléger les charges des entreprises, il faut relancer le libéralisme économique.

Plutôt que de s’arc bouter sur les acquis sociaux, Delanoé inverse les données et considère qu’à la base la France est sociale, c’est un fait entendu et donc que la question c’est la dose de libéralisme économique à mettre.

Ce point balaye le champ politique jusqu’à la Droite, qui se pose la même question du dosage.

Delanoë se positionne ainsi en plein Centre, ce qui a pour effet de repousser mécaniquement à gauche les socialistes non libéraux (tendance Royal) et d’attirer les sociaux libéraux (tendance Strauss-Kahn) sans oublier l’appel du pied aux libéraux de droite. De fait il embarrasse autant l’UMP, tandis qu’il ne peut ressentir le Modem que comme une gêne, puisqu’il marche sur ses plate bandes.

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