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Au club d’Hervé Mariton, on hausse doucement le ton

, 22 mai 2008

Vu 2616 fois | 1 commentaire(s) | Noté 3.4/5 par 05 votant(s)

Ce jeudi matin a eu lieu, dans un des salons de la questure de l’Assemblée nationale, un petit-déjeuner organisé par le club de réflexion "Réforme & Modernité" que préside le député UMP de la Drôme, Hervé Mariton.

L’objectif de ce club de réflexion est de rassembler les citoyens épris de libéralisme économique, mais aussi celles et ceux qui souhaitent rester dans la majorité présidentielle tout en conservant une liberté de parole et un esprit critique vis-à-vis de l’exécutif.

Hervé Mariton a été un nostalgique de Dominique de Villepin. Bien que gardant une certaine loyauté à l’égard de sa majorité et à la politique générale du gouvernement Fillon, le député de la Drôme est conscient que son club rassemble des déçus du "sarkozysme", des férus du "villepinisme" et du "chiraquisme", des libéraux purs et durs, etc. Ce conglomérat d’opinions politiques parfois convergentes, souvent divergentes, est assumé par le député UMP. Son club de réflexion entretient le débat contradictoire sur les questions d’actualité et la politique menée par l’exécutif. Ici et là, certains membres du club ne cachent pas avoir voté François Bayrou au premier tour de l’élection présidentielle de 2007. Le club ressemble ainsi à une réserve d’Indiens au sein d’une majorité qui grogne de plus en plus...

À 08h30, les convives sont attablés pour le petit-déjeuner, Hervé Mariton arrive dans un costume jaune-beige. Vient ensuite dans un tailleur blanc la députée UMP du Val-de-Marne, Marie-Anne Montchamp. La salle est essentiellement composée de personnes plutôt âgées et aisées, mais plusieurs jeunes sont également présents. Hervé Mariton entame alors l’introduction et le débat sur plusieurs questions d’actualité :

- La grève de la Fonction publique ce jeudi

Hervé Mariton affirme que "des responsables des transports" lui ont indiqué que la mise en place d’un service minimum ce jeudi a permis "de rendre la grève plus acceptable" auprès des voyageurs. Mais si le niveau du service est meilleur, le député regrette que de nombreuses collectivités locales de gauche n’aient pas défini de plans de transports adaptés. Parallèlement, Hervé Mariton pense que la grève de la Fonction publique tient plus sur l’insatisfaction du niveau des retraites que sur l’allongement de la durée des cotisations.

- La remise en cause des 35 heures

Le député sent bien que son assistance est contre les 35 heures. Lui-même estime que Patrick Devedjian a bien fait de remettre en cause cet acquis du gouvernement Jospin. Hervé Mariton juge que le président de la République a eu "un raisonnement extravagant" en ne voulant pas toucher aux 35 heures. À côté de l’attitude du président, le député juge que celui-ci est encore dans sa logique de "deal" permanent avec les syndicats. Hervé Mariton regrette en conséquence que les réactions du président, en contradiction avec celle de sa majorité, tendent "à caricaturer celle-ci dans un espace pour des conservateurs". La majorité apparaîtrait ainsi en décalage avec une société supposée en mouvement avec son président.

- La réforme des institutions

Le député de la Drôme estime que que ce débat, "c’est beaucoup de bruit pour rien !". Il juge ainsi cette réforme "pas urgente", ni "fondatrice". Pis même, le député tend à penser qu’elle va détériorer la Constitution. Marie-Anne Montchamp le rejoint en partie : elle estime que le débat était nécessaire, afin de moderniser les institutions. Mais la députée du Val-de-Marne considère que le gouvernement a vidé le fond du texte au bénéfice du renforcement du régime présidentiel. Elle regrette en conséquence que la réforme constitutionnelle ne donne aucune contrepartie, ni "moyens supplémentaires" (Hervé Mariton) en faveur du travail parlementaire.

Point intéressant du petit-déjeuner : les deux députés UMP sont véritablement très réservés sur le vote de la réforme des institutions à l’Assemblée. Estimant que le texte, vidé de sa substance, n’est plus indispensable, encore moins urgent dans les préoccupations des Français, Hervé Mariton ne sait pas s’il va voter en faveur de cette réforme : "je préfère pour l’instant m’abstenir", lance-t-il à son assistance. L’exécutif veut que cette réforme soit votée impérativement, faisant fi des critiques et des réserves de sa majorité. Là encore, Hervé Mariton n’apprécie pas que cette dernière soit caricaturée dans son analyse, parce qu’elle n’approuve pas pleinement la réforme voulue par le président de la République. Cet excès de caricature vaut également pour les parlementaires socialistes, estime le député de la Drôme : vont-ils se faire caricaturer comme des conservateurs en refusant cette réforme ou iront-ils dans le sens voulu par le président ?

Hervé Mariton ne le dit pas complètement, mais la logique binaire "Vous êtes avec moi ou contre moi", maniée par Nicolas Sarkozy, l’exaspère au plus haut point. Le député évoque son collègue Patrick Balkany qui lui aurait gentiment sommé de ne pas se mettre dans l’opposition au gouvernement et au président. Le député de la Drôme s’estime encore dans la majorité, mais réclame sa liberté d’expression pour lui, ses collègues parlementaires, ainsi que pour son club de réflexion. À partir de ce postulat, le député souhaite que son club de réflexion "fasse des adhésions" et soit mieux reconnu au niveau des médias.

- La politique de défense nationale et les relations internationales

Hervé Mariton est l’actuel secrétaire national de l’UMP chargé des questions sur la Défense. Il s’affirme ouvertement atlantiste, cela bien avant l’élection de Nicolas Sarkozy. Cet atlantisme était déjà une différence notable qui le séparait du gaullisme de Dominique de Villepin. Ainsi, le député de la Drôme considère que le discours présidentiel sur le retour de la France dans l’OTAN "est clair", bien qu’il ne comprenne pas parfois que l’exécutif lui indique un jour que ce retour est depuis longtemps effectif, puis qu’un autre jour il lui dit que ce retour dans l’OTAN serait un "progrès" pour la France... La France est-elle déjà dans l’OTAN ou pas ? à quel(s) niveau(x) ? Le député affiche une mine sceptique en évoquant ce sujet.

Concernant la réduction du budget de la Défense, le secrétaire général du club, Herbert Axelrad, s’inquiète ouvertement pour l’avenir de la France dans le monde : comment fera-t-elle pour faire aux conflits dans les 25 prochaines années, si son budget de la Défense se réduit progressivement et drastiquement ? Le secrétaire général ne veut pas que ce budget devienne "une variable d’ajustement", alors que la France va demander aux pays de l’Union européenne d’augmenter leurs propres budgets militaires. Hervé Mariton laisse dire son secrétaire général, mais le député semble reposer sa réflexion sur l’élaboration en cours du prochain Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale.

Sur l’Union européenne, Hervé Mariton indique que l’UMP organisera une convention sur l’Europe, le 5 juillet 2008.

- Les finances publiques

Un certain "Jean-Claude" (dont je n’ai malheureusement pas eu connaissance du nom) se lève de table et veut parler de l’état déplorable des finances publiques. Selon lui, la récession de l’économie américaine a eu un impact sur l’économie européenne ; la hausse des taux à long terme a aussi eu des conséquences sur la dette du pays qui reste préoccupante. Jean-Claude rappelle que la problématique de la dette a été soulevée durant la campagne présidentielle de 2007 ; indirectement, c’est de François Bayrou qu’il parle, étant donné qu’il était le seul candidat à avoir clairement mis en avant cette problématique lors de la dernière campagne présidentielle. Jean-Claude revient sur le principe de l’équilibre budgétaire, une proposition de loi constitutionnelle qui sera inscrite dans la réforme des institutions. D’après lui, ce principe, s’il est "sympathique" pour Hervé Mariton, ne changera en rien l’état des finances publiques. L’entame de cette problématique de la dette ne pourra se faire véritablement qu’à partir de 2011-2012. "Un langage de vérité des hommes politiques" sur cette problématique est indispensable pour Jean-Claude.

Pour Hervé Mariton, cette inscription de l’équilibre budgétaire correspond à sa "règle d’or" qu’il dit défendre sur son blog. Néanmoins, le député confirme que le pays est bien mal en point au niveau de ses finances publiques. Il fait aussi une allusion aux 233 membres du Conseil Economique et Social, mais je n’ai pas très bien saisi ce qu’il voulait dire (trop de membres au CES ?).

- Le modèle économique français

Un jeune homme en chemise et cravate (Aurélien Veyron ?) lance le débat sur l’inquiétant système économique français, qui reste essentiellement basé sur le secteur public. D’après lui, le projet de loi relatif à la modernisation de l’économie porte plutôt sur les rapports entre l’administration et l’économie et qu’il n’est pas suffisamment ambitieux. Pour lui, les chefs d’entreprise doivent être allégés des contraintes administratives. Hervé Mariton pense plutôt que c’est "un beau projet de loi", même si le terme modernisation lui apparaît "un peu enflé". Le député de la Drôme rebondit sur la communication présidentielle : "Elle est essentielle !", lance-t-il avant de relativiser : "... mais elle est mal faite !", en particulier sur ce projet de loi dont les dispositions sont intéressantes pour les PME.

Hervé Mariton en profite pour rappeler que les parlementaires flattent souvent les PME, mais qu’ils ne les aident pas assez concrètement. Au final, il estime que l’essentiel des exportations françaises sont dues aux grands groupes. Le député tire cette analyse du dernier rapport France 2025 du Conseil d’analyse stratégique.

- La grève des marins-pêcheurs

La grève des marins-pêcheurs est l’occasion d’entendre des propos très durs : ainsi, un homme se lève de table et s’emporte contre les marins-pêcheurs dont l’industrie est appelée à disparaître, parce que la mondialisation le veut ainsi. Terrible sentence pour ces travailleurs de la mer, qui sont ainsi appelés à "se reconvertir" (on évoque de les reconvertir en chauffeurs de bus !), même "s’ils sont incapables de le faire". Le fait que le gouvernement donne de l’argent pour soutenir la hausse du carburant qui affecte les marins-pêcheurs sidère aussi la majorité des participants. Avouant "ne rien connaître à l’industrie de la pêche", Hervé Mariton tente de relativiser l’ardeur libérale de son assistance en rappelant qu’il est indispensable d’aider ces marins-pêcheurs, notamment en les calmant et en garantissant "l’ordre public" par les aides versées par l’Etat à ces derniers. Cependant, Hervé Mariton regrette ce "syndrome compassionnel"constant qui fait réagir les politiques face aux mouvements sociaux.

Le débat tend à poser la problématique sur la TIPP et la TVA : y toucher reviendrait à affecter les finances publiques déjà largement déficitaires. Hervé Mariton s’interroge sur les limites dans les rapports entre le marché (parfois vertueux) et le politique : "on ne peut pas dire on ne peut rien", juge le député, concernant le manque de volonté politique des élus français. L’interrogation sur la remise en cause de la TIPP et de la TVA permet au député de la Drôme de justifier l’objectif de son club de réflexion : proposer des "bonnes questions", des nouvelles problématiques qui sortiraient des sentiers battus, c’est-à-dire qui iraient a contrario des questions que tout le monde se pose sans jamais les résoudre.

- L’ouverture au hard-discount alimentaire

L’assistance est globalement pour l’extension des surfaces des supermarchés de 1000 m2 à 4000 m2. Dans un élan très hostile à toute réglementation, la salle s’échauffe sur cette question. Hervé Mariton temporise fortement ses amis en évoquant son expérience de maire de Crest (Drôme) : d’après lui, il a empêché l’installation du hard-discount pour protéger les petits commerçants, tout en tolérant l’ouverture d’un supermarché en centre-ville, "parce que c’est utile". Le député-maire semble chercher le compromis, mais admet que cette ouverture totale des surfaces aux supermarchés fait "entrer la France dans une séquence de paupérisation". Hervé Mariton tient à souligner qu’en France, on s’intéresse plus aux prix à la consommation qu’à la question des salaires. Il déplore ainsi qu’un secrétaire d’Etat, ici Luc Chatel, aille conseiller publiquement les Français sur ce qu’il doivent acheter, alors "que c’est le boulot de 60 millions de consommateurs".

- Le pouvoir d’achat

Le député n’hésite pas à dire que la valorisation des revenus par l’exonération des charges fiscales et des heures supplémentaires est une "réparation bonne", mais qu’elle ressemble aussi à du rafistolage "à la petite semaine." Hervé Mariton affirme aussi que son ami Pierre Méhaignerie lui aurait souligné que le futur Revenu de Solidarité Active (RSA), initié par Martin Hirsch, rendrait plus intéressant un travail à temps partiel qu’un travail à temps plein. La simple idée que le RSA puisse conditionner le salaire de près de 5 millions de salariés effraie le député de la Drôme. Ce dernier aurait préféré que la prime pour l’emploi (PPE) soit concentrée sur un plus petit nombre de personnes clairement concernées. Pour lui, "les mauvaises idées récentes doivent vite corrigées", avant qu’elles ne deviennent d’anciennes idées impossibles à résoudre. En conséquence, la PPE doit être corrigée avant que le RSA soit mis en place. Cette idée n’enthousiasme pas le secrétaire général du club de réflexion, mais le député veut de "l’action" et ne veut pas se résigner devant la fatalité.

À ce sujet, Hervé Mariton conclue qu’il faut faire "des choix fondateurs", refusant des petites réformes sans résultats. Dès lors, le député estime que le président de la République ne se distingue en rien de ses prédécesseurs. Il finit d’ailleurs par lâcher que les critiques de Nicolas Sarkozy sur le bilan présidentiel de Jacques Chirac "insultent le passé" et n’apportent rien de neuf au débat. Hervé Mariton reprend ainsi le thème villepiniste de l’action politique permanente, tout en maintenant son optimisme quant à l’avenir de la France.

Crédit photo : Assemblée Nationale

Voir la dernière conférence de Dominique de Villepin à l’Université Paris-Dauphine le 6 mai 2008.

Voir le lien sur le site du Ministère de la Défense.

Voir le chapitre "Dette et déficits" du programme d’action de François Bayrou.

Je n’y ai pas trouvé la mention de la "règle d’or", mais peut-être faut-il chercher sans le moteur de recherche.

Consultez le rapport ici.

Noté 3.4/5 (05 votants)

La réponse de Février

Posté le 23 mai 2008, à 11h 48mn 23s
Au club d’Hervé Mariton, on hausse doucement le ton

Bonjour cher ami démocrate,

Votre article m’a beaucoup interressé ; aussi, je souhaiterais reprendre tout ou partie de votre compte-rendu pour le mettre sur mon blog zen-fiatlux. Merci de bien vouloir m’indiquer votre réponse

» très interressant

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