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Zimbabwe : la réélection annoncée du dictateur Robert Mugabe

, 31 mars 2008

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Samedi 29 mars 2008, le Zimbabwe organisait* une élection présidentielle et des élections législatives, sénatoriales et municipales. Une première issue d’un amendement constitutionnel de 2007 visant à rassembler toutes les élections le même jour et pour un mandat de cinq ans. Mais le régime zimbabwéen semble en-dehors de tout processus électoral sincère.

Le président quasi-à vie se représente

Qui sont les candidats pour cette élection présidentielle ?

Robert Mugabe (ZANU-PF) gouverne le Zimbabwe depuis la création de cet État en 1980. Il a trois concurrents : le leader de l’opposition (MDC), Morgan Tsvangirai, l’ancien Ministre des Finances Simba Makoni devenu dissident, et Langton Toungana, inconnu dans la classe politique.

Soit deux de moins que le 11 mars 2002.

Aucune candidate - contrairement à 2002 avec la candidature d’Elizabeth Madrangure. Et pour les autres élections de ce samedi, on est très loin de la parité : 99 femmes se présentent aux législatives sur 730 candidats (le 31 mars 2005, 57 sur 273) ; 63 candidates aux sénatoriales sur un total de 195 (le 26 novembre 2005, 45 sur 132).

Le Parlement sortant est le suivant :

1. Députés élus : 78 sièges pour la ZANU-PF et 41 pour le MDC (39,5%). 2. Sénateurs élus : 43 sièges pour la ZANU-PF et 7 pour le MDC (20,3%).

D’autres parlementaires sont nommés par le gouvernement (comme c’était le cas dans l’ancien temps de la Rhodésie, celui de la surreprésentation des Blancs puis du passage progressif du pouvoir aux Noirs). Cela a permis de renforcer la majorité de Mugabe, notamment pour d’éventuelles réformes constitutionnelles.

La sincérité du processus est mise en doute

La loi électorale a été est améliorée pour rendre plus rigoureuses les opérations électorales et Robert Mugabe a même mis en place une procédure internationale pour se dédouaner d’éventuelles fraudes.

L’Angola y joue un rôle prédominant : 130 techniciens étrangers africains présents pour valider l’organisation des élections seront dirigés par le Ministre angolais de la Jeunesse et des Sports, José Marcos Barrica.

Mais les observateurs occidentaux ont été interdits de se rendre au Zimbabwe pour témoigner de la bonne tenue de ces élections sous prétexte que les Occidentaux ne seraient pas objectifs ni neutres, car ils ont diabolisé Mugabe qui s’en est pris aux intérêts des fermiers blancs en les expropriant.

Ainsi, les États-Unis ont estimé le 25 mars 2008 que le processus électoral n’était ni libre ni équitable.

L’organisation Human Right Watch a protesté le 26 mars 2008 contre de « sérieux vices de forme électoraux et violations des droits de l’Homme par le gouvernement [zimbabwéen] qui sabotent tout espoir sérieux d’élections libres et justes » affirmant que « la police n’est toujours pas neutre et toujours partisane, ce qui est très préoccupant ».

Des représentants de la société civile zimbabwéenne ont été victimes de pressions.

La réélection de Robert Mugabe paraissait donc programmée.

Lors de son meeting le 24 mars 2008 à Bulawayo, Mugabe a clairement évoqué sa prochaine victoire électorale et le 23 mars 2008, à Harare (la capitale), il a même déclaré que l’opposition n’exercerait jamais le pouvoir de son vivant : « Cela n’arrivera pas tant que nous serons vivants, nous tous qui avons organisé le combat pour la libération. ».

Son principal opposant Morgan Tsvangirai a appelé, le 24 mars à Harare, à résister aux pressions : « On ne va rien céder lors du scrutin. Quand vous aurez voté, il faudra rester dans les bureaux de vote, il faudra défendre votre choix, ainsi nous célébrerons notre victoire. ».

Cette semaine à Nyanga, Mugabe a traité ses rivaux de menteurs : « Vous n’arrêtez pas de mentir sur le fait que les élections sont truquées. (…) Ce sont des mensonges empruntés à leurs maîtres, parce que ces derniers disent que les élections ne seront ni libres ni équitables. Ce ne sont que de satanés menteurs, des menteurs démoniaques. » Le président sortant a mis en garde le MDC contre des manifestions en cas d’échec électoral, évoquant le précédent du Kenya qui a fait 1 500 morts : « Ne vous risquez même pas à essayer ! Essayez et vous allez voir ce que vous allez voir. ».

84 ans, guerillero puis chef d’État

Robert Mugabe, 84 ans, a été, avec Joshua Nkomo l’un des pères de l’indépendance du Zimbabwe. Ancienne colonie britannique, la "Rhodésie" (du nom de Cecil Rhodes) avait été proclamée indépendante en 1965 par ses colons blancs, pour éviter le transfert du pouvoir à la majorité noire. Ian Smith a été l’homme fort de ce régime, Premier Ministre pendant quinze ans.

Converti au maoïsme, chef de guérilla, en prison de 1964 à 1974, Mugabe était un partisan de la méthode violente contre ce régime colonial, tandis que d’autres dirigeants politiques noirs - Abel Muzorewa, Canaan Banana… - ont négocié avec Ian Smith, à partir de 1975, la démocratisation.

Aux élections du 4 mars 1980, la ZANU a obtenu 57 sièges sur 100, conduisant Robert Mugabe au pouvoir. Il a fondé sa politique sur une coalition entre les deux ethnies Shonas (la sienne, majoritaire) et Ndébélés (de Joshua Nkomo). Une union qui dégénère en rivalité armée à partir de 1982.

Cette guerre civile se termine en 1987 avec la fusion de la ZANU et du parti ZAPU de Nkomo. Dans la nouvelle constitution, Mugabe supprime le poste de Premier Ministre, augmente les pouvoirs de la Présidence, et met fin au quota de 20 sièges sur 100 pour les parlementaires blancs (1% de la population).

Réélu en 1990, Mugabe voulut imposer le système communiste de parti unique, doit y renoncer. Cependant, le régime n’avait plus guère d’opposition organisée.

En mars 1996, Mugabe fut réélu avec 92,7% contre 4,8% à l’ancien Premier Ministre, son prédécesseur en 1979, Abel Muzorewa : celui-ci se retira sous la pression juste avant l’élection, mais son nom était déjà indiqué sur les bulletins de vote.

Alors qu’en 1980, il avait rassuré les fermiers blancs (qui contrôlaient 80% du PIB du pays) en excluant toute expropriation forcée des terres, il décida une réforme agraire très brutale.

L’opposition monta, en particulier dans les villes, autour du MDC de Moran Tsvangirai. Le référendum du 13 février 2000 rejeta le projet constitutionnel de Mugabe (54,7% de non) et son parti ZANU-PF ne remporta les élections législatives du 25 juin 2000 que de justesse, avec 62 sièges contre 57 pour le MDC.

En mars 2002, malgré de nombreuses fraudes constatées par des observateurs, Mugabe fut réélu avec 56% des voix contre 42% à Tsvangirai.

En mars 2005, Mugabe renforça la fraude et la ZANU battut largement aux législatives le MDC, dont le dirigeant fut par la suite incarcéré, à l’occasion de manifestations interdites par le pouvoir. Auparavant, Tsvangirai avait même menacé d’une condamnation à mort pour haute trahison, mais finalement relaxé en 2004.

Robert Mugabe assume l’usage de la torture (Le Monde du 9 mars 2002) et se distingue dans ses relations internationales :
- Avec le Président iranien Ahmadinejad, rencontré à Téhéran le 20 novembre 2006 du monde, et à New York le 25 septembre 2007, il dit vouloir créer une « coalition pour la paix » contre George W. Bush.
- Il entretient de très bonnes relations avec la Corée du Nord et Cuba.
- Il a refusé l’extradition de Mengistu Haïlé Mariam, dictateur sanguinaire de l’Éthiopie de 1977 à 1991, condamné à la réclusion à perpétuité par contumace le 28 décembre 2006, jugé coupable de génocide et réfugié au Zimbabwe.

La situation catastrophique du pays

À partir de 2000, la « réforme agraire accélérée » pour exproprier les quatre mille fermiers blancs, propriétaires d’une grande partie des terres fertiles, a été brutalement menée par des milices présidentielles, cassant la prospérité de l’agriculture zimbabwéenne.

La situation du pays aujourd’hui est en effet catastrophique : hyperinflation, ravages du sida, chômage de masse.

La Vice-Présidente Joyce Mujuru a considéré que le Zimbabwe ne devait pas « se permettre de changer de leader comme de chemise ».

En face, l’opposant Tsvangirai du MDC est contesté pour son manque de pugnacité (il veut agir seulement dans un cadre légal) et est affaibli par des querelles internes.

En effet, le candidat indépendant Simba Makoni a réussi à obtenir l’appui tant d’une partie de la ZANU-PF (parti de Mugabe) que du MDC (parti de Tsvangirai).

Cette division favorisera évidemment Mugabe qui, de toutes façons, contrôle toutes les opérations électorales.

La renaissance du Zimbabwe devra-t-elle attendre la mort de son fondateur ? L’exemple du Turkménistan fait craindre qu’il faille attendre encore plus longtemps.


Pour aller plus loin :

Wikipedia

Reportage photographique de Dirk-Jan Visser sur le Zimbabwe, dans Le Monde 2 n°214 du 22 mars 2008 (pp. 34-43).

Reportage de Pierre Haski sur Rue89.


* Édité à partir d’une version rédigée le 28 mars 2008 et publiée sur rakotoarison.eu

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