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Quand l’UDF était la "deuxième droite"

, 25 mars 2008

Vu 1629 fois | 0 commentaire(s) | Noté 4.0/5 par 04 votant(s)

L’expression "deuxième gauche" a été utilisée à propos de Michel Rocard et de la CFDT des années 1970. Les rocardiens étaient la boîte à idées dans laquelle la première gauche, celle des alliances d’appareils, celle du pouvoir, puisait sans vergogne.

Il y a eu, de la même façon, une "deuxième droite" dans les années 2000 : l’UDF bayrouiste, elle aussi boîte à idées… de la droite.

Faut-il les regretter ?

Il est arrivé à la deuxième gauche et à la deuxième droite la même mésaventure : leurs idées ont été pillées pour la conquête du pouvoir, mais jamais mises en application dans l’exercice du pouvoir.

C’est face à l’échec manifeste de la stratégie du "deuxième" (du Poulidor) de la politique bipolaire, que Bayrou s’est tourné vers l’idée de l’extrême centre qui a si fortement marqué les esprits lors de l’élection présidentielle.

Quel rapport avec l’initiative d’exhumation de la momie de l’UDF qui agite si fort les têtes blanches du Sénat (véritable musée de la momie) autour de l’inénarrable Raffarin ?

Aucun.

Ou plutôt si, il y en a un.

L’UDF est née en 1978 d’un conglomérat de partis habitués à travailler ensemble au Sénat depuis les années 1960 : les indépendants (RI), les centristes, les radicaux (amputés depuis 1971 de leur aile gauche) et quelques socialistes (Max Lejeune, SFIO) rebutés par l’alliance avec les communistes prônée par le Congrès d’Épinay.

Dans l’appareil du parti, les giscardiens étaient majoritaires (les RI s’étaient démultipliés en trois composantes : Adhérents Directs de l’UDF, Clubs Perspectives et Réalités, RI devenus PR), cependant que le gros des militants était centriste. Au moment de sa fondation, l’UDF avait pour vocation de servir de bras armé au président Giscard d’Estaing et cette vocation se matérialisait par un petit livre, "Démocratie française", signé par Giscard.

Hélas, l’UDF n’a gagné qu’une élection nationale : les Européennes de 1979. Toutes les autres furent perdues, à commencer par la présidentielle de 1981. Mais battue, elle subsistait. Elle présenta un candidat à la présidentielle de 1988, battu encore : Raymond Barre.

Sur le terrain, dans cette période, la domination du RPR chiraquien s’affirma. Dès lors, il y eut une répartition des rôles implicite : le Sénat et une grande quantité de collectivités locales à l’UDF qui ne s’occupait pas de politique nationale, cependant que le RPR prenait le pouvoir national.

Et un peu partout, les candidats UDF servaient de soupapes au mécontentement de la droite. Si l’UDF avait existé encore, l’électorat de droite se serait moins abstenu qu’il ne l’a fait aux récentes élections municipales. Pour protester contre Sarkozy, l’électorat aurait voté UDF. Faute de soupape, il est allé certes voter parfois pour le MoDem (mais l’identité de celui-ci est encore diffuse et imprécise) voire pour le PS, mais il s’est surtout abstenu.

L’initiative de Raffarin, relayée ce 20 mars par Yves Pozzo di Borgo et (plus maladroitement) par Christian Saint-Étienne, est de restaurer cet équilibre-là, entre la droite et "l’autre droite" : l’UDF des années 1980, une époque où Pozzo se délectait à la fois de la table du président du Sénat et des multiples combinaisons de couloirs dont bruissaient les corridors feutrés de la Haute Assemblée.

Au passage, je signale que Pozzo a énoncé une contrevérité historique. Il a d’ailleurs été déçu de n’être pas contredit et il l’a expliqué : "elle est beaucoup plus jeune que nous". Car le déjà sexagénaire Yves Pozzo di Borgo appartient à une période relevant du Paléolithique de la politique (et je le dis avec d’autant plus de regrets que j’ai toujours eu de la sympathie pour lui).

La contrevérité est la suivante : Giscard a laissé l’UDF en 1995 à Bayrou avec des dizaines de conseils généraux, cent cinquante sénateurs, etc. Or en 1995, ce n’est pas Bayrou, mais François Léotard, qui a pris la présidence de l’UDF. Première inexactitude donc. Deuxième inexactitude : ce n’est pas Bayrou, mais Chirac et Le Pen qui ont fait fuir les sénateurs et les conseils généraux. Le premier, parce qu’il contrôlait entièrement l’organisme corporatif des agriculteurs (FNSEA) et que le Sénat est une chambre d’agriculture. Le deuxième (Le Pen), car l’UDF a implosé en 1998 sur la question de l’alliance avec le Front National. Ceux qui prônaient cette alliance, les madelinistes notamment, sont partis à cette époque-là, cependant que restaient ceux qui la rejetaient : l’essentiel des centristes, plus Léotard et Robien, qui découpa sa carte de Démocratie Libérale aux ciseaux en direct sur France 3. Six mois plus tard, Chirac récupérait le Sénat et l’UDF commençait à perdre sa vocation territoriale. Et quatre ans plus tard, c’est le candidat du Front National qu’il affrontait au second tour.

Maintenant, et pour conclure, à quoi peut servir "l’autre droite" ?

À rien.

À faire des élus.

Et ça (pour parler comme Christian Saint-Étienne), tout le monde s’en fout.


Première publication sur jour-pour-jour le 21 mars

Noté 4.0/5 (04 votants)

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