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16 mars 2008 : à tous les coups, on perd !

, 20 mars 2008

Vu 2672 fois | 3 commentaire(s) | Noté 5.0/5 par 05 votant(s)

L’édition 2008 des élections municipales et cantonales est un retour sur la terre ferme pour la classe politique.

Le soir d’une élection, les seconds (ou premiers) couteaux de la politique française se retrouvent dans les studios de télévision et s’évertuent à affirmer que leur parti, leurs idées, leurs candidats ont finalement gagné les élections, ou, du moins, s’en sont bien tirés.

Et puis ensuite, ils cherchent à trouver une sorte d’interprétation psychanalytique du souhait collectif des électeurs. Pourtant ceux-ci n’ont émis qu’un vote individuel selon leurs motivations personnelles : réussir à dégager de la somme de tous ces votes une philosophie générale relève d’un exercice de style fort élégant, mais un peu vain.

À côté des motivations personnelles, il y a d’ailleurs le peu de motivation : la participation au second tour des élections cantonales a été très bas dans les communes qui avaient déjà choisi leur maire le 9 mars 2008. Les Conseils généraux poursuivent ainsi leur renouvellement dans l’indifférence des électeurs, bien que leur rôle ait été constamment accru depuis les lois Defferre de 1982 sur la décentralisation.

Que disent les principaux partis politiques ?

L’UMP

L’UMP et ses alliés ont perdu de nombreuses villes : Périgueux, Reims, Metz, Amiens, Angoulême, Toulouse, Blois, Noyon, Strasbourg, Roanne, Brive, Thionville, Colombes, Asnières, Caen, Quimper, Saint-Étienne, Valence… sans compter celles perdues au premier tour : Chalon-sur-Saône, Dieppe, Vierzon, Rouen, Rodez, Alençon, Bourg-en-Bresse…

Le succès in extremis de Jean-Claude Gaudin et Renaud Muselier à Marseille, la victoire prévisible de Christian Estrosi à Nice, la résistance face à Jean Glavany à Tarbes, celle d’Antoine Rufenacht au Havre, celle de Serge Dassault à Corbeil-Essonnes, celle de Gérard Millet à Melun, celle d’Orléans contre le retour de Jean-Pierre Sueur… n’enlèvent rien au court échec à Angers ni à l’incapacité patente à reprendre Paris, Lyon, Dijon, perdues par inadvertance en 2001 et désormais sous bon contrôle socialiste en 2008, ni au ton résolument rose de la soirée.

Pourtant, Xavier Bertrand, Patrick Devedjian, Roger Karoutchi, Valérie Pécresse, Rama Yade, Roselyne Bachelot, Christine Albanel… tous ont martelé la même chose.

D’une part, il y a rééquilibrage par rapport aux élections municipales de mars 2001, ce qui est évidemment faux pour Paris, Lyon et Dijon par exemple. Un argument qui était déjà dans les studios dès 19 heures hier soir.

D’autre part, ce ne sont que des élections locales, à caractère local, à enjeu local. Ce qui, pour le second tour, est moins évident quand (comme l’ont si bien rappelé des socialistes) un Premier Ministre et un ancien Premier Ministre font un meeting commun à Périgueux pour sauver le Ministre de l’Éducation nationale.

D’ailleurs, le cas de Xavier Darcos - l’un des ministres qui me semble tenir le mieux la route - est un peu navrant : il n’était justement pas de ces sortants qui voulaient s’accrocher à leur mandat jusqu’à leur mort. Il ne voulait pas vraiment aller à la bataille, mais on l’a encouragé car il était le seul, par sa stature nationale, capable de ne pas perdre Périgueux, qui est sociologiquement moitié à droite moitié à gauche.

L’argument du caractère local est d’ailleurs très vite oublié quand il s’agit ensuite d’interpréter le vote. En gros, selon les orateurs de l’UMP, les électeurs ont toujours confiance dans la politique du gouvernement, mais il faut aller plus loin, faire plus de réformes (« faire des réformes » ne signifie strictement rien : de quelles réformes parle-t-on ?) et avoir des résultats.

En gros, pour l’UMP, ces élections sont donc un grand encouragement pour approfondir la politique gouvernementale. Très fort.

Le PCF

L’électorat du Parti communiste français s’était effondré à l’élection présidentielle d’avril 2007, mais en juin 2007, il avait sauvé les meubles en préservant son groupe à l’Assemblée Nationale.

Hier soir, pas de Calais ni de Corbeil-Essonnes, mais Dieppe, Vierzon… bref, quelques succès et de nombreuses réélections de maires communistes qui montrent une nouvelle fois l’excellent ancrage local des communistes.

Pourtant, ils doivent la plupart de ces réussites à l’archaïque union de la gauche (qui date de 1971 !!!) avec les socialistes et les radicaux de gauche (parfois les écologistes).

Et quand leurs partenaires veulent reprendre l’avantage sur eux… ils réussissent parfois.

L’exemple le plus frappant est en Seine-Saint-Denis : Claude Bartolone a affirmé que le Conseil général serait désormais majoritairement socialiste et qu’il en serait probablement le président. Et à Montreuil, Dominique Voynet réussit avec 55% à déloger les communistes.

Le Parti communiste a finalement une évolution similaire à celle des radicaux, si importants entre les deux guerres mais en lent déclin national : une forte implantation locale, de nombreux élus, mais une baisse d’audience nationale évidente et qui, depuis la chute du Mur de Berlin, apparaît définitive.

Les Verts

Chez les Verts, on se réjouit de quelques beaux scores, comme à Grenoble… et de la victoire de Dominique Voynet à Montreuil.

Mais concrètement, les Verts n’ont plus grand poids politique au niveau national.

Ainsi, à Paris où ils passent de 12% environ en 2001 à 6% au premier tour (certains électeurs les ont trouvés quasi-totalitaires sur les questions de circulation et de stationnement), les Verts vont étrangement rester dans la municipalité de Bertrand Delanoë. Grâce à ce jeu d’alliances, ils réussissent mieux que le MoDem à Paris malgré un électorat nettement plus réduit.

Le MoDem

Au premier tour, de nombreuses villes affichaient des scores attrayants pour le MoDem.

Hélas, les seconds tours sont rarement positifs pour le MoDem depuis l’élection présidentielle de 2007.

Certains maires sortants ont réussi, certes, à se faire réélire : Biarritz (Didier Borotra), Saint-Brieuc (Bruno Joncour), Massy (Vincent Delahaye), Fleury-lès-Aubrais (Pierre Bauchet). La victoire prévisible de François de Maizières à Versailles est intéressante aussi.

Julien Dray a prétendu que là où le MoDem s’était allié avec l’UMP, il avait échoué (comme à Pau, Toulouse, Colombes, etc.) et là où il était allié avec le PS, il avait réussi (Lille, Lyon, Grenoble, Dijon, etc.). Ce qui est évidemment une lecture tronquée de la réalité car Marseille et Melun, par exemple, ont échoué pour le MoDem. Ce qu’observe Julien Dray est tout simplement la vague nationale en faveur de la gauche.

Dans les deux villes symboles du combat du MoDem, celui-ci a connu deux échecs.

À Paris, devenues nues, les listes du MoDem (trois au second tour) ont à peu près préservé leur bons scores du premier tour malgré le vote utile, mais à cause du mode de scrutin, elles n’ont obtenu qu’une seule élue, Marielle de Sarnez.

À Pau, François Bayrou a raté de peu l’élection. Le maintien du candidat de "gauche moderne" soutenu par l’UMP a permis à la candidate socialiste de gagner avec trois cents voix d’avance.

Selon François Bayrou dimanche soir, tous ces résultats montrent une forte instabilité de l’électorat, il y a dix mois très majoritairement pour l’UMP, aujourd’hui pour les socialistes, qui n’ont pourtant toujours ni projet ni leader ; et cela nécessite un Centre fort pour stabiliser l’électorat.

Étrangement, il reparle là de "centre", alors qu’il préférait le terme "démocrate".

L’échec palois de François Bayrou pourrait cependant le conduire à s’occuper surtout de la situation nationale. Le MoDem a maintenant deux années électorales qui pourraient lui être très profitables : les européennes de juin 2009 et les régionales de 2010, car le mode de scrutin proportionnel pourrait redonner au MoDem des élus plus à la hauteur de son audience réelle dans le pays.

À lui de bien les préparer.

Le Parti socialiste

François Hollande, malgré une diction lente et hésitante dimanche soir à Tulle, a voulu faire cocorico : tous ces villes acquises à la gauche et plus particulièrement aux socialistes, et aussi, sept à neuf présidences de Conseils généraux gagnées en plus de 51 déjà sortantes. Se voyait-il déjà Président d’une République parallèle, envoyant ses ordres aux élus locaux sur les politique à suivre ?

Le succès du PS pourrait lui faire gagner entre dix et trente sièges lors du renouvellement du Sénat en septembre 2008, sans que cela suffise à renverser la majorité sénatoriale.

Mais à bien écouter les différents intervenants socialistes, hier soir (qui ont au moins réussi à ne pas évoquer l’avenir du PS, y compris Ségolène Royal), on imagine bien que cette victoire locale de 2008, pas plus que celles de 2004, ne constitue une assurance pour les élections nationales.

Et cette victoire objective est même un piège pour le PS, si elle le convainc de rester au statu quo.

Absence de rénovation

Le PS est encore une machine qui fonctionne, à quoi bon la restructurer pour en sortir la réelle substance ? Car un tel débat interne ne pourrait que diviser en deux ce parti. On l’a observé en 2005 sur l’Europe, la confusion est restée totale pour le Traité de Lisbonne en février 2008.

François Hollande, n’a cessé, depuis dix ans, de tournoyer pour éviter toute clarification de son projet politique.

À mon sens, tant qu’une voie n’est pas clairement posée, le PS n’arrivera pas à reprendre le pouvoir au niveau national.

Absence de leader incontestable

Si, en fait ! La seule possibilité pour reprendre le pouvoir sans afficher une cohérence idéologique, c’est d’avoir un leader qui transcende toutes les factions. Comme François Mitterrand ou même Lionel Jospin.

Mais il n’y en a plus aujourd’hui.

Le succès très relatif de Bertrand Delanoë (il n’a gagné aucun nouvel arrondissement et reste dans une archaïque union de la gauche en se mettant tous les centristes à dos, chose peu raisonnable pour un éventuel second tour d’élection présidentielle) ne renforce pas nécessairement Ségolène Royal, toujours aussi creuse dans ses discours.

Le très grand succès lillois de Martine Aubry, qui a tout fait pour éviter de citer Ségolène Royal, la remet évidemment en selle.

Et d’autres leaders guettent pour avoir leur part du gâteau socialiste : Laurent Fabius, très offensif mais souvent de mauvaise foi, Jack Lang, Manuel Valls, Pierre Moscovici, au nouveau look de barbu séguinien, Julien Dray, Arnaud Montebourg, Jean-Christophe Cambadélis…

Que compte faire le PS pour préparer 2012 ?

Aujourd’hui, je ne vois rien se profiler en dehors du sourire autosatisfait de François Hollande.

Tout le monde a gagné ?

Je n’ai pas évoqué d’autres partis aux marges, comme la LCR qui a parfois obtenu quelques beaux scores (Clermont-Ferrand notamment), ni le FN qui aura quelques élus à Marseille et qui a un peu résisté dans le Nord, mais n’a plus d’audience nationale, faute souvent de candidats.

Dans ces élections locales, loin de gagner, la plupart des appareils politiques ont perdu.

Il n’y a que les électeurs qui ont gagné.

Forcément. Démocratie oblige.


Version éditée et allégée d’un billet publié sur le blog rakotoarison.eu

Noté 5.0/5 (05 votants)

La réponse de Luc

Posté le 20 mars 2008, à 19h 13mn 21s
t16 mars 2008 : à tous les coups, on perd !

Trés bon article. Pas d’accord pour dire que Ségolène n’a que des discours creux : Elle dit carrément que rien n’empêche des discussions et éventuellement des accords entre le PS et le Modem et ceci dans un contexte de Victoire du PS, elle montre qu’elle n’est pas bornée comme les autres leaders Socialisres.

La réponse de ericp27

Posté le 20 mars 2008, à 18h 57mn 47s
16 mars 2008 : à tous les coups, on perd !

dans l’ensemble , suis assez d’accord avec vous, mais sur le fond, on ne peut pas conclure en disant que ce sont les électeurs qui sont sortis gagnants. pour moi, 45% d’abstention en moyenne générale, je trouve cela plutot navrant et inquiétant pour des élections dites " locales". et ce qui me gêne le plus, c’est que le Modem n’ait pas réussit à attirer ces indécis, ces exclus, ces déçus des autres partis. pourquoi ? c’est ça la bonne question à se poser, pourquoi ? parce que ce parti neuf est dirigé par un patron qui n’écoute pas la base, qui fait des beaux discours mais qui ne correspondent pas toujours à la réalité du terrain, qui est entouré par une bonne partie "d’archéo ancien udf" qui ont parfaitement bien cadenassé le comité central, et enfin, qui confond alliance et autonomie. je n’ai jamais vu en France (et on ne verra jamais) un 3è parti prendre de l’importance et gagner, en s’alliant avec ses deux plus gros concurrents, c’est une érésie totale ! l’ump & le ps entretiennent trop bien cette bipolarité. il faut rapidement que le patron du navire redonne un coup de barre vers la destination initiale, coupe les branches gangrénées par certains udf pur et dur, (eh oui ça fait mal) sinon la base va rapidement se fatiguer...

» vous avez dit "girouettes"

La réponse de anne2804

Posté le 20 mars 2008, à 14h 51mn 39s
16 mars 2008 : à tous les coups, on perd !

Je suis d’accord avec vous, j’ai également trouvé étrange que François Bayrou souhaite un centre fort. Le mouvement démocrate doit faire oeuvre de pédagogie pour sortir de ce classement qui me paraît désuet. Le mouvement démocrate doit oeuvrer à éveiller nos concitoyens au débat démocratique. Le mouvement démocrate doit sortir de ce vieux schéma droite, gauche, centre. Il est temps d’inventer l’avenir

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