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Du SMIC à la brique : même pouvoir d’achat

vendredi 1er février 2008, par yann 35

Bienvenue en Chine française ! Vous rappelez-vous, il y a quelques années, la barre symbolique de la « brique » à savoir 10 000 francs de l’époque ? C’était une somme ! Quasiment la limite entre le français moyen et le français aisé. Aujourd’hui ce qui représente 1500 euros ne vaut pas plus en termes de pouvoir d’achat que… le SMIC ! Prenons un cas concret dans une grande ville de province comme Rennes.

Pierre, salarié d’une grande entreprise basée à Rennes, gagne 1525 euros net par mois. Il est célibataire et pour payer un peu moins cher de loyer il habite en périphérie, à 15 minutes de son travail en voiture. Son appartement est un 2 pièces de 45 m² qu’il loue 450 euros par mois plus des charges d’eau et de chauffage électrique qui s’élèvent à 80 euros par mois. Son véhicule est une petite citadine essence.

Maryline est femme de ménage dans un hypermarché de Rennes et gagne le SMIC, à savoir 1005 euros net par mois. Elle est également célibataire et dispose d’un appartement 2 pièces de 45 m² en HLM de Rennes qu’elle loue 250 euros par mois, plus des charges qui s’élèvent à 40 euros par mois comprenant l’eau et le chauffage collectif. Elle est également propriétaire d’une petite citadine essence dont elle se sert très peu puisqu’elle se rend au travail en bus.

Compte tenu du niveau de ses revenus, Pierre paye naturellement un impôt sur le revenu qui s’élève à 1380 euros par an. Quant à ses frais de transport pour se rendre au travail, cela lui revient à 100 euros par mois tout compris (carburant, entretien, décote, etc…), uniquement pour ses trajets professionnels. Une fois qu’il a payé son loyer, son chauffage, ses frais de transport et son impôt sur le revenu, il reste donc 780 euros par mois à Pierre.

Maryline paye 35 euros d’abonnement mensuel pour se rendre à son travail en bus. Compte tenu de son salaire elle est exonérée d’impôt sur le revenu et perçoit chaque année la Prime Pour l’Emploi, soit environ 950 euros en 2007. Une fois qu’elle a payé son loyer + charges et ses frais de transport il reste donc 760 euros par mois à Maryline.

Quand on pense que certains syndicats déploient beaucoup d’efforts pour faire gagner aux salariés de leur branche quelques centimes de plus au-dessus du SMIC, on peut se demander quel est l’intérêt de tant d’efforts, sachant que jusqu’à 500 euros net au dessus du SMIC le pouvoir d’achat reste le même… Pendant ce temps la loi Fillon allège justement depuis 5 ans les charges des entreprises jusqu’à 1,6 fois le SMIC, à savoir jusqu’à cette barre symbolique de la « brique ». C’est un véritable encouragement pour continuer à « geler » le pouvoir d’achat de cette masse de travailleurs qui représente quand même la moitié des salariés français ! Ajoutez-y les rmistes, les mères au foyer, les femmes d’agriculteurs, les mineurs bien sûr, la plupart des chômeurs, beaucoup de retraités, etc… et vous arriverez à une très grande majorité de français se débrouillant avec ce pouvoir d’achat de smicard ou moins encore.

Quelle modernité ! Un immense prolétariat qui galère et une petite fraction de privilégiés, ne manque plus qu’à nous rebaptiser République Populaire de France et nous aurons parfaitement aligné notre modèle économique et social sur celui de la Chine.



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Messages

  • En admettant votre analyse chiffrée, je doute qu’elle suffise à la conclusion. La situation de la masse en Chine est très inégalitaire, à ma connaissance, comme celle du prolétariat américain ou européen des années 1900 ; c’est le moteur de l’exode rural massif.

    Si on considère que notre société actuelle, par rapport à la révolution industrielle, a restauré la semi-égalité de conditions matérielles que vous indiquez, qui existait déjà dans les sociétés pré-capitalistes… est-ce positif ou négatif ?

    Evidemment, si on considère que ce n’est pas entièrement négatif, on s’éloigne du sarkozysme. Mais est-ce si grave… Quel est le moteur de l’efficacité, de la création de valeur, du "travailler plus" ou (plus important) du "travailler mieux" ?

    Dans les sociétés pré-ou post-industrielles, l’inégalité existe, mais (au sein de la masse, des 98% pas-très-riches) c’est de moins en moins une inégalité de conditions matérielles, de plus en plus une inégalité de reconnaissance et de statut. Certains vont au travail en voiture, d’autres en bus. Certains peuvent espérer une augmentation, d’autres se savent durablement au Smic.

    Au fond, le critère de l’égalité ou de l’inégalité entre Pierre et Maryline, c’est : Pierre accepterait-il d’échanger son emploi avec Maryline ? Maryline accepterait-elle d’échanger son travail avec Pierre ?

    • Il y a en France beaucoup de personnes qui passent toute leur vie au SMIC...

      Je vais être très provocatrice, mais le SMIC n’existe pas en Allemagne et les salaires y sont 20% plus haut.

      Serait-ce parce que le SMIC en voulant créer de l’égalité et une protection a tout nivelé vers le bas ?

      Je travaille dans le recrutement et observe la chose suivante : Quand je passe une annonce sur Cadremploi ou autre support, je ne mets plus la "rémunération", parce que j’ai observé la chose suivante.

      Lorsque la rémunération est indiqué, tous les candidats se situent au-dessus de celle-ci. Aucun n’indiquera MOINS. Par contre, si je ne mets pas la rémunération, je reçois des candidatures qui se positionnent toutes de manière variée, qui représentent l’éventail des possibilités de cette fonction au niveau national. Question d’offre et de demande, c’est pourtant cela qui fixe les prix... et les salaires.... normalement... mais quand tout est fixé par l’Etat, il n’y a plus de possibilité de mouvement ni vers le haut, ni vers le bas, plus d’offre et de demande régulateur...

      Il en est de même avec le SMIC. Toutes les enteprises s’orientent à ce niveau minimum reconnu et aucune n’offre davantage pour les employés les moins diplômés.

      Ce qui fait un nivellement par le bas...

      En outre, ce qui est un immense problème en France, c’est le peu de syndicalisation des employés et ouvriers. Le taux est en-dessous de 9% !!! Comment opposer une force face aux employeurs, comment négocier d’égal à égal ? Impossible... Si au moins 50% des personnes étaient syndiquées, il y aurait un rapport de force sain. Ne faudrait-il pas réfléchir à la création d’un SYNDICAT DEMOCRATE ? Juste une idée... interrogé en juillet à ce sujet, F. Bayrou a répondu : "Allez-y, créez..."

      Discuter de ce sujet en France est totalement TABOU. En Allemagne, la discussion fait rage, et la CDU prend la France comme exemple négatif à ne surtout pas imiter... conséquences seraient aggravation du chômage, baisse systématique des salaires, etc...

      Je pense que je vais me faire taper dessus, mais j’ai l’habitude...