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Pour libérer la croissance, luttons contre l’hyper-financiarisation et pour le développement durable

Observations sur le rapport de la Commission "Attali" pour la Libéralisation de la Croissance en France

, 28 janvier 2008

Vu 1667 fois | 1 commentaire(s) | Noté 4.8/5 par 010 votant(s)

A Monsieur Jacques Attali. Le rapport que vous venez de rendre public fait l’objet de nombreuses réactions… J’ai lu ce rapport. Ces propositions ne peuvent être efficaces qu’avec l’approbation de la population. Il faudra faire les comptes, justifier, proposer, pour décider en connaissance de cause et dans le consensus.

Le rapport que vous venez de rendre public, et de remettre au Président de la République, fait l’objet de nombreuses réactions, aussi bien de la part de personnes politiquement situées dans la majorité que dans l’opposition, ainsi que de la part de professions directement visées par des mesures proposées.

Reconnaissons tous au moins le mérite de cette réflexion, d’une commission spécialisée composée de membres compétents, sur la question de la croissance, de la relance de l’économie et de l’emploi en France, avec une synthèse de l’état des lieux dans ce contexte de mondialisation et des propositions intéressantes à étudier. Il ne faut pas prendre ses propositions "à la lettre". Elles doivent absolument faire l’objet de discussions, constructives plutôt que polémiques, dans un esprit de consensus visant l’intérêt général, au Parlement (Sénat et Assemblée), ainsi qu’avec des organisations professionnelles, syndicales, associations de consommateurs, qui représentent les citoyens.

Les adopter par ordonnance ou par simple enregistrement à l’Assemblée sans discussion préalable serait une erreur. Elles ne peuvent être efficaces qu’avec l’approbation de la population.

J’ai lu ce rapport. J’en critiquerais pour ma part les points suivants :

- La partie consacrée aux entreprises (PME) ne me semble pas assez développée. Elle est bien sur la réduction des délais de paiement et le statut fiscal simplifié pour les PME dont le CA est inférieur à 100 000 €, mais le développement et les précisions sont insuffisantes sur un Small Business Act à la Française, sur l’ouverture aux marchés publics, sur la nature et l’ampleur de la baisse des charges sociales, de nouveaux outils de financement pour les PME... Pourquoi ne pas reprendre l’idée des deux emplois sans charges proposée par François Bayrou, ainsi qu’une défiscalisation des brevets d’invention, et des mesures pour l’élargissement de l’intéressement des salariés au bénéfice de l’entreprise ?

- Rien sur l’hyperfinanciarisation de l’économie dans le contexte mondialisé… et il aurait fallu prendre en compte le développement durable ! L’environnement et l’écologie sont plutôt abordés dans le rapport comme opportunités de nouveau business que comme une contrainte à imposer au système économique pour garantir notre lendemain dans tout projet de croissance. En témoigne la proposition de suppression du principe de précaution (Cf. OGM). La motivation du capitalisme d’aujourd’hui n’est plus celle d’un capitalisme industriel visant une rentabilité à long terme de l’entreprise sur de vrais projets industriels, c’est la rentabilité à court terme, avec un objectif de ROE [1] minimum de 15%, intenable économiquement. Le monde est devenu une sorte de grand casino où on mise sur la valeur spéculée, anticipée, sur ce que le marché va croire et non plus sur une valeur économique réelle des entreprises. Les paradis fiscaux contribuent à l’évasion fiscale et au blanchiment. Dénonçons ces mécanismes qui ne contribuent pas à la croissance : les parachutes dorés et les stocks-options faramineux et non justifiés de patrons qui se les auto-attribuent en co-participant aux conseils d’administration de leurs pairs, qui forment ainsi la nouvelle aristocratie des temps modernes, la ploutocratie qui domine le monde - jusqu’à la presse et les médias. Et ce n’est pas la généralisation des stock-options aux salariés au motif d’égalisation du dispositif (ce seront évidemment des miettes à côté de celles des patrons), qui pourra légitimer ce dispositif. Le rapport aurait dû aborder tous ces sujets !

- La flexsécurité (souplesse pour mettre fin au contrat de travail, contre sécurisation assurée par la rémunération du "chercheur d’emploi" et formation et l’aide pour retrouver un emploi) : est-elle étendue à un ex chef d’entreprise ou indépendant commerçant ou profession libérale ? Bien souvent, un ex-salarié n’ose pas se lancer dans une entreprise à son compte car il a peur de perdre ses droits au chômage si son affaire ne marche pas. Je n’arrive pas en lisant entre les lignes du rapport à voir si ce cas est prévu, pour sécuriser les professions non salariées et motiver à la prise de risque.

- Certaines propositions sont plus des voeux pieux que des mesures concrètes, notamment celles sur l’éducation et le "socle de connaissances" à acquérir en primaire. Il faudrait parler des méthodes d’éducation (l’échec de la méthode globale…), de la lecture abandonnée au profit de la télévision et des jeux vidéos, ce qui implique baisse du niveau culturel et sédentarisation (donc obésité). Il faudrait donc parler aussi de l’éducation familiale et sociale…

Certaines propositions me paraissent engendrer plus de problèmes que d’avantages quant à l’emploi et la croissance :

- La déréglementation concernant la grande distribution, prétendument pour faire baisser les prix en bénéficiant au pouvoir d’achat, risque de pressurer à nouveau les producteurs, en position de soumission et de faiblesse face à ces géants de la distribution ; de nuire à la qualité de l’alimentation ; et d’anéantir le petit commerce de proximité, si important pour la cohésion du tissu social.

- La proposition de déréglementer les professions soumises à autorisation ou à quota comme les taxis, les pharmaciens, les notaires, doit être argumentée plus finement et nuancée. Les quotas ont des raisons : par exemple d’éviter une circulation trop dense en ville, de maintenir un niveau élevé de compétence au regard des besoins de la population... Il faudrait définir comment lever les quotas sans trop déstabiliser la profession et les utilisateurs des services : progressivité, rachat des licences au prix actuel pour revente de plus de licences à un prix moindre ?... Il faudrait chiffrer combien d’emplois sont concernés et quelle croissance en est attendue (l’impact est minime à mon avis au regard de la déstabilisation à redouter).

- L’ouverture massive à l’immigration sur des qualifications recherchées (universitaires, santé, bâtiment, hôtellerie) doit être étudiée avec plus de prudence : concernant les qualifications supérieures, cela entraîne une fuite des cerveaux et des cadres de pays en développement, notamment en Afrique, qui en ont absolument besoin pour se développer chez eux, afin que ces pays s’en sortent et que la France puisse in fine endiguer l’immigration non souhaitée ; concernant les secteurs ayant des manques de qualification et de main d’oeuvre en France, pourquoi ne pas proposer plutôt d’orienter et former les chercheurs d’emplois vers ces professions ? De plus, l’immigration massive à bas coûts va faire fortement baisser les salaires des personnes employées dans ces professions, comme aux USA, et engendrer des problèmes sociaux d’intégration, de logement, etc.

- Les Ecopolis, villes vertes créées de toute pièces, me paraissent une idée surtout médiatique, risquant d’engendrer les mêmes problèmes que les villes nouvelles en grande banlieue. Ne vaut-il pas mieux investir dans des villes actuelles, insérer progressivement, dans le tissu social et urbain existant, des infrastructures écologiques, des nouvelles énergies, des nouveaux modes d’habitats,... Est-ce que l’avenir est de construire de nouvelles villes vitrines flambantes neuves, puis de demander aux habitants des villes anciennes de migrer vers les nouvelles villes ? Irréaliste…

- De nombreux points n’ont pas de rapport la croissance - ou très indirectement, ou alors il faudrait expliquer ! Ainsi de la suppression des départements, de la carte scolaire, des éducateurs en crèche, ...

- Le chiffrage du financement et des économies relatifs à chaque proposition, je ne l’ai pas vu dans le rapport (annexe ?). C’est important notamment si certaines mesures ne sont pas retenues et d’autres oui. Il faudrait faire les comptes... C’est bien d’avoir remis en avant le problème du déficit et de la dette publiques, qu’il faut absolument endiguer (baisse du déficit de 1% du PIB par an, soit 20 milliards par an, comme le proposait François Bayrou). Mais comment le financer en même temps que les investissements proposés dans l’innovation et l’éducation, la flexsécurité, les villes Ecopolis, les constructions de logements sociaux, l’évaluation de tous les services publics,… ?

Et rien sur une taxe carbone ?

Et quelle ampleur, quelle différenciation selon les produits et services, et quel impact de la hausse de la CSG et d’une TVA sociale, sur la compensation de la baisse des charges des entreprises, et sur le pouvoir d’achat des catégories moins favorisées ?

Bref, discutons, argumentons, justifions, proposons, et … décidons en connaissance de cause et dans le consensus, dans une société réconciliée !

Marie-Anne Kraft (Saint-Maur-des-Fossés)

Citoyenne responsable et constructive. ESSEC promo 82, cadre dans la finance, mère de famille, membre du MoDem.

[1] Return on equity : retour sur capitaux propres

Noté 4.8/5 (010 votants)

La réponse de Hervé Torchet

Posté le 31 janvier 2008, à 10h 15mn 48s
Pour libérer la croissance, luttons contre l’hyper-financiarisation et pour le développement durable

Texte comme toujours de haute qualité.

HS mais important :

Pour une réunion du Conseil National mi-février.

François Bayrou a indiqué, avant la naissance du Mouvement Démocrate, que le Conseil National serait réuni une fois par mois. Il y aura, le 19 février, un mois tout juste que (sauf cas isolés d’élections différées) les membres du collège adhérents du Conseil National auront été élus. Il faut donc réunir le Conseil National au plus tard à cette date.

Elle tombe bien : juste au milieu de la semaine du dépôt officiel des candidatures aux élections municipales.

Il est essentiel que cette instance, chargée de définir la ligne politique du mouvement, soit alors réunie.

Avec Quitterie Delmas, je suis pour la réunion.

De la même façon, il faut prévoir une réunion le 10 mars au soir, veille du dépôt des listes pour le second tour.

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