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Libérer la croissance… relationnelle et démocratique

Lettre ouverte à Jacques Attali sur sa "Brève histoire de l’avenir"

, 13 janvier 2008

Vu 1687 fois | 1 commentaire(s) | Noté 3.6/5 par 05 votant(s)

Je viens de lire le dernier best seller de Jacques Attali et de lui envoyer mes commentaires. Ce livre est à la fois intéressant, terrorisant et révélateur des moteurs de notre civilisation actuelle, des germes de sa destruction, de la fin de l’humanité. Il termine par un zoom sur la France. Le programme proposé par l’auteur sera à comparer aux propositions de la commission qu’il préside (Commission pour la Libération de la Croissance en France) ; elles semblent oublier les PME : elles auraient plutôt dû, à mon avis, s’inspirer du programme présidentiel de François Bayrou !

(Quelques passages de ma lettre, jointe en .doc)

Je viens de lire votre livre avec un grand intérêt, souvent avec une certaine inquiétude, parfois avec un certain amusement et ponctuellement non sans un certain agacement. Il a l’originalité de mixer différents genres littéraires : l’étude socio-économique, la science fiction et le programme politique, de faire se rencontrer mythe et réalité. …

Parfois, la prédiction que vous faites de l’avenir correspond déjà à la réalité du présent, on ne peut donc qu’y adhérer, et vous y glissez subrepticement une prédiction beaucoup plus incertaine qui, noyée dans le reste, passe clandestinement dans le cortège des évidences.

Vous semblez convaincu notamment de la future décomposition totale des Etats au profit des entreprises privées, y compris pour les questions régaliennes, de sécurité, de santé, de protection sociale,… De la décomposition totale des familles, du nomadisme physique et de l’hyper-concentration des villes. Vous auriez pu … présenter … différentes hypothèses.

Par exemple, on peut envisager que la conjonction du progrès technologique (Internet, vidéoconférence, traduction automatisée…) et de la nuisance des transports conduise de plus en plus à travailler à domicile ou dans des centres de proximité, permettant une plus grande décentralisation de l’habitat en province et dans les campagnes …

De même la baisse de la natalité n’est pas irréversible dans les pays riches et sa croissance importante dans les pays pauvres pourrait être endiguée par le recours à la contraception, l’éducation etc.

J’ai aussi trouvé dangereuse, diplomatiquement et politiquement, la manière dont vous prédisez des guerres entre certains pays et assimilez globalement l’Islam à un groupe hostile à l’occident.

Hyper-démocratie,
économie relationnelle :
comment ?

Enfin, après la description apocalyptique, convaincante et irréversible d’un avenir proche (2030) insupportable de stress, d’obsession de la surveillance, de l’autoprotection et de fuite effrénée dans le divertissement, avec la perte des valeurs humaines, familiales, spirituelles, sous l’hyper empire dominé par les Etats-Unis, puis celui de l’hyper conflit planétaire d’une hyper violence, vous laissez espérer l’avènement d’une hyper démocratie (si néanmoins la planète a survécu ainsi que l’espèce humaine), ce qui reste hypothétique dans de telles conditions.

Vous dressez soudain à la fin du livre des pistes de salut … grâce à une évolution des mentalités, … "l’économie relationnelle" développant un commerce équitable ou charitable, de la fraternité, de l’intelligence universelle, … Sans expliquer comment cela peut arriver et devenir un système dominant, sans expliquer quel peut en être le moteur. Toutes vos phrases des pages finales pp. 390-391 commencent par « je veux croire » ou « je veux espérer » …

Enfin, vous opérez un zoom sur la France, … pour terminer sur une liste de propositions qui paraissent très « ras des pâquerettes » …, même si elles restent en cohérence avec les principes vers lesquels vous avez préalablement conduit le lecteur avec argumentation, démonstration, … et croyance.

Je suis d’accord sur l’essentiel, avec cependant trois remarques :

- Les actions que vous préconisez visent toujours à développer l’empire marchand et à suivre le modèle américain, donc à renforcer l’hyper empire, en ayant toujours pour objectif la croissance du profit, renforcer l’efficacité du marché. Même les entreprises relationnelles sont décrites en terme marchand. Il n’y a rien sur l’éducation, la prise de conscience et la responsabilisation du citoyen, sur la proposition d’une autre manière de donner un sens à sa vie, dans la vie quotidienne citoyenne, sociale et politique.

- Les actions permettant de faire naître l’hyper démocratie … sont seulement esquissées sur deux pages finales pp. 420-421 … : « favoriser la constitution d’entreprises relationnelles », « développer la démocratie participative, en particulier régionale, en employant les technologies de l’ubiquité nomade et de l’hyper surveillance, et organiser des espaces urbains et virtuels pour que s’y rencontrent ceux qui ont envie de se rendre utiles et ceux qui peuvent offrir des occasions de l’être »,… Il aurait été intéressant de proposer des actions concrètes telles que des bourses d’échanges relationnelles en bénévolat, incitant chaque citoyen à donner un peu de son temps sur une compétence dont il peut faire bénéficier autrui (soutien scolaire, aide à domicile, conteur d’histoires, cours de jardinage, de couture, de cuisine, discussions philosophiques, atelier artistique, co-voiturage, prêt d’outils, …). On pourrait …, dans la logique marchande, envisager des "points de temps" donnant droit en retour à des services gratuits. A terme ce ne devrait plus être marchand et le plaisir de donner devrait dépasser le désir de recevoir.

- Vous ne parlez jamais de la relance par l’offre, pour améliorer la compétitivité des entreprises et favoriser les PME pour développer l’emploi et l’innovation. « La recherche universitaire et industrielle devra se voir attribuer des moyens beaucoup plus importants,… » (p. 417), certes mais par qui ? L’État (par augmentation des impôts) ? Le privé (les actionnaires de grandes entreprises) ? Une aide aux PME novatrices, par qui et sous quelle forme ?

La majorité des économistes étaient d’accord pour dire que le [projet de] François Bayrou lors de la campagne présidentielle (Small Business Act à la française pour les PME), était … la meilleure proposition pour la croissance : simplification administrative, protection des jeunes entreprises avec exemption fiscale dégressive, réduction des délais de paiement de leurs clients grandes entreprises ou Etat, accès des PME aux marchés publics (20% du volume des grands marchés et marché < 50 000 euros), ainsi que les deux emplois sans charges (limitées à 10%), qui coûtaient moins de 6 milliards d’euros.

Pourquoi ne pas proposer cette idée dans la Commission pour la Libération de la Croissance Française, que vous présidez ? C’est pourtant une idée développée avec succès par les États-Unis, qui semblent être pour vous un modèle de croissance.

En tout cas merci pour ce livre, que je recommande, restant à votre disposition pour en discuter et bien à vous.

Marie-Anne Kraft

Cf. par exemple l’appréciation du "panel" d’économistes réunis par le journal L’Expansion

Noté 3.6/5 (05 votants)

La réponse de Etoile66

Posté le 13 janvier 2008, à 20h 16mn 25s
Libérer la croissance… relationnelle et démocratique

Rien à ajouter... Où l’as-tu publiée ? Juste sur France Démocrate ou sur tous les médias internet ?

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