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Félix Gaillard, "…ses vérités sont les nôtres"

, 8 janvier 2008

Vu 2238 fois | 1 commentaire(s) | Noté 4.1/5 par 07 votant(s)

C’était il y a 50 ans, le 6 novembre 1957, Félix Gaillard d’Aimé devenait président du Conseil de la République. Le plus jeune d’une République, la IVè, qui paraît si loin. Pourquoi l’évoquer ? Pour la méthode et pour l’ambition pour la France, qu’il a incarnées.

Félix Gaillard aura été le dernier président du Conseil de la IVème République - mis à part le furtif épisode Pflimlin - avant de Gaulle ; comme si se succédaient deux incarnations de la politique et de la République.

A bien des hommes et des femmes de ma génération, ce temps en noir et blanc et ses personnages sépias, aux timbres de voix cristallins forment un défilé anonyme, qui sombre irrémédiablement dans un coin d’ombre de notre mémoire collective.

Alors pourquoi évoquer Félix Gaillard, tragiquement disparu dans un naufrage en juillet 1970 ? Parce que cet ancien président du parti radical incarne une méthode et une ambition pour la France, qui lui confèrent une singulière modernité.

Il était, en effet, le visage d’une France moderne. Pas la France amphigourique et romanesque de Mitterrand, une image qui collait bien à l’épiderme changeant de notre territoire. Pas la France élégiaque et fictive de de Gaulle, ce « Roi de Bourges qui voulait ressembler à Charlemagne », une image qui redonna un second souffle à la France. Non, Félix a été la France, grande et modeste, ambitieuse et consciente d’elle-même, la France qui se reconstruit et qui imagine son avenir sur un principe de réalité et sur des valeurs intangibles. C’était aussi une France jeune, représentée par des élus jeunes.

Né à l’engagement public par la Résistance, pendant cette nuit de la démocratie que fut l’Occupation, Félix fait partie de ces jeunes hommes qui ont donné à notre pays son moment de vérité et de grandeur. Cette nuit là a été une aube, une renaissance pour une République jeune, vivante, créative, ce que la geste gaullienne a savamment gommée.

1944, la relève dans l’État

A cette époque, on ne restait pas longtemps au pouvoir, c’est vrai. Mais une mission principale était toujours assignée. Et l’on n’était pas là pour rien, ce que doivent se dire parfois quelques Ministres actuels. La mission achevée, une crise venait donner le signe du départ et de l’entrée en scène d’autres amoureux de l’engagement public. Bien sûr cette République parlementaire a atteint ses limites à force d’entrelacs d’intérêts et de jeux d’influence. Mais, sans la IVè et le travail colossal réalisé en dix ans, le Gaullisme n’aurait été qu’un bras d’honneur dans un champ de boue.

A cette époque, l’Etat n’a jamais fait obstacle au développement, ni aux grandes réformes dont notre pays avait besoin. Les familles politiques étaient représentées et la fonction de législateur respectée. Qu’en résultait-il ? Des hommes émergeaient, certains à la stature de chefs d’Etat, d’autres des orateurs dont le verbe nourri de culture portait de grandes lois. Et ces grands députés étaient aussi des amoureux de leur territoire.

Ils étaient jeunes et brillants les Gaillard, Mitterrand, Bourgès-Maunoury, Edgar et Maurice Faure, Pierre Mendès-France, Sudreau, Lecanuet, mais aussi Albert Camus, qui il y a 50 ans recevait le prix Nobel de littérature à 42 ans. A côté des têtes chenues, ils étaient la relève, ni potentielle, ni virtuelle. Cette relève était au pouvoir, avec une seule envie, celle de servir.

C’est auprès d’un autre grand charentais, Jean Monnet, lui aussi issu d’une famille de vignerons, lui aussi discret, étranger aux effets de manche et visionnaire que Félix va apprendre la grande politique. Félix rejoint Monnet à Washington en septembre 1944 pour négocier avec les Etats-Unis un programme de ravitaillement, qui visait à fournir des biens de consommation et d’équipement aux Français et à remettre en marche notre industrie. Dans cette urgence et en 14 mois, l’équipe réussit son pari. Puis c’est l’aventure du Plan qui commence.

L’État se fait stratège

Félix, qui a 26 ans alors, suit son mentor à Paris pour la grande mission de modernisation d’un pays encore largement rural, disposant des ressources industrielles les plus faibles d’Europe et d’une productivité ridicule. Cette grande mission, c’est le Plan. Une petite équipe de 5 ou 6 personnes, une note de trois pages en guise de diagnostic, 4 orientations totalement innovantes et par un décret du 3 janvier 1946, le premier plan est lancé.

Ce qui a été fait alors, dans un bouillonnement d’idées, de rencontres de milliers d’experts au sein de 18 commissions, c’est un projet de rupture, une véritable révolution politique impulsée par un Etat stratège. C’est l’outil qui a donné à la France ses 30 Glorieuses.

Félix Gaillard tirera trois convictions de cette expérience, qui à l’évidence va inspirer sa démarche politique nationale et locale : 1- choisir la rupture quand la crise est partout, 2- réunir le plus grand nombre de décideurs de tous horizons hors des luttes partisanes pour construire des projets, 3- comprendre que la France doit désormais se construire avec les autres et non contre les autres : cette idée fera de Félix un ardent promoteur de la construction européenne, y compris de la CED, que son collègue radical, Pierre Mendès-France avait laissé chavirer.

Elu député de la deuxième circonscription de la Charente à 26 ans, il intervient pour faire valoir son point de vue sur les grands sujets du moment et plus spécialement sur les sujets de prédilection de l’inspecteur des finances qu’il est : l’économie. Il ne passe pas inaperçu, à tel point que dès novembre 1947, il obtient son premier portefeuille ministériel dans le gouvernement de René Mayer.

Investisseur rigoureux

La rupture en économie a lieu en 1957. Ministre des Finances dans le gouvernement de Maurice Bourgès-Maunoury, Félix trouve une situation financière et commerciale cataclysmique. Il faut donc rompre ! Il le fait.

Il élabore, en effet, une politique drastique d’austérité, qui concerne notamment les crédits alloués aux administrations. En parallèle l’exportation est encouragée : avantages sur le crédit et les investissements pour les exportateurs, dévaluation du franc de 20%, taxes sur les produits importés. Le projet Gaillard va ramener l’impasse budgétaire de 1800 milliards à 800 milliards de francs, sans recourir à des impôts nouveaux. Ce projet économique global est un succès. En 1958, Pinay s’inscrira exactement dans la même démarche.

Rompre, il le fait aussi au bénéfice du monde agricole, pénalisé par ses surproductions céréalières. Félix va lancer un plan pour le monde rural, qui vise à faire rentrer dans les meilleures conditions nos agriculteurs dans le marché commun. Il encouragera par des incitations fiscales le développement de l’élevage.

Rompre, il le fera encore, lorsque président du Conseil il propose une réforme constitutionnelle qui modernise radicalement le fonctionnement des institutions, donne au pouvoir exécutif la capacité de gouverner, et au Parlement la capacité de légiférer de façon rationalisée. Ce que Félix a alors engagé, de Gaulle l’a repris. La différence entre les deux : le premier n’avait pas en tête d’attacher son nom à un numéro, fut-il celui d’une République.

Sur la deuxième conviction, réunir les meilleurs, les décideurs de tous horizons pour construire des projets, on pourrait parler de sa contribution à l’indépendance nucléaire française. La recherche d’une façon générale est au cœur des préoccupations de Félix Gaillard. Il a compris que la France ne gagnerait qu’en faisant un pari, celui de l’intelligence.

Félix a rencontré Zoé en mars 1949. C’est le nom de la première pile atomique française. Il a immédiatement pressenti l’enjeu pour l’indépendance énergétique de notre pays et pour sa sécurité. Il est un des principaux fondateurs de la politique nucléaire française.

Dès l’été 1949, il parvient à convaincre ses collègues parlementaires de la nécessité de concevoir de nouvelles installations en construisant le futur centre de Saclay. Le site du CEA sera achevé dès 1951. Pourquoi un grand centre ? Pour accueillir beaucoup de scientifiques, techniciens, experts, docteurs… L’objectif final : que de neurones en ébullition naisse la maîtrise de la réaction en chaîne.

Et dès 1951, il lance un programme d’investissement quinquennal en faveur de l’atome, alors qu’il occupe des fonctions de Secrétaire d’Etat notamment chargé du CEA. Il conservera d’ailleurs le CEA sous sa coupe dans tous ses portefeuilles ministériels jusqu’en 1955. Et en 1958, c’est Félix Gaillard, Président du Conseil, qui autorise la construction à Pierrelatte d’une usine d’enrichissement d’uranium à des fins militaires. La bombe était dans le tuyau !

La discussion collective, l’échange, Félix les pratiquait aussi en Charente. Quatre fois élu député de Charente, il n’a pourtant jamais basculé dans cet engourdissement que procure le statut particulier d’un élu local. Et la longue hibernation politique de l’époque gaullienne a été pour lui, l’occasion de s’investir plus encore pour sa terre charentaise.

L’exemple d’un démocrate

Nous avons beaucoup à apprendre de l’exemple que nous laisse Félix Gaillard. Cet homme que l’on situait au centre – gauche ou droite, selon les circonstances - parvenait à rassembler autour de lui des hommes et des femmes de tous horizons. Il répétait d’ailleurs ici ou là : « je suis radical mais clérical ».

Félix Gaillard était plus que l’homme d’une République, qu’il voulait réformer. Félix était l’homme d’un territoire, qu’il n’a cessé de défendre et de promouvoir tout au long de sa démarche d’homme public national. C’était l’homme des choix et des ruptures utiles, mais sans esprit de rupture. C’était d’abord un homme de progrès, que l’harmonie de sa vie privée protégeait de cette acrimonie propre à l’homme né pour le pouvoir.

L’histoire a posé un voile d’obscurité sur Félix Gaillard, plus encore que sur tout autre grand personnage de son envergure. Pourquoi ? Sans doute parce que cet homme ne ressemblait à aucun autre. Il était par sa façon nonchalante et narquoise de pratiquer la politique, par le respect profond qu’il portait aux hommes et aux femmes, et par cet équilibre intime nourri de l’amour des siens et pour les siens, il était un autre choix, une autre voie. Cette voie s’est perdue un matin de juillet 1970 dans une tempête anonyme.

Cette démarche politique, nous en avons aujourd’hui profondément besoin. Faite de courage authentique, de respect des autres, de hautes et clairvoyantes ambitions pour le pays, inscrite dans une démocratie vivante et toujours inspirée par le combat pour certains valeurs, elle correspond à l’idée que je me fais du combat politique. Les enjeux ont changé, bien sûr. Mais la pertinence de la méthode n’est pas altérée. Je crois sincèrement qu’elle est aujourd’hui collectivement portée par le mouvement démocrate et par son président, François Bayrou.

Noté 4.1/5 (07 votants)

La réponse de Jacques Bugier

Posté le 9 janvier 2008, à 00h 13mn 23s
Gaillard ?!...

Cher Charentais, Trouvez-vous le président du MoDem insuffisamment gaillard ou pas assez aimé ? Et à qui faites-vous référence quand vous expliquez que votre grand homme savait se préserver de "cette acrimonie propre à l’homme né pour le pouvoir" ? On attend vos explications ! A moins que cette passion pour l’avant-dernier président du conseil ne nous annonce une biographie révélation...

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