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Citoyen, consommateur et travailleur sont la même personne

Philosophie du projet Démocrate

, 6 janvier 2008

Vu 3583 fois | 7 commentaire(s) | Noté 4.7/5 par 010 votant(s)

Le projet Démocrate est une vision de la société radicalement différente de la proposition Socialiste et de la proposition Conservatrice - et non pas, comme beaucoup le croient, une synthèse centriste de ces deux propositions. François Bayrou a dessiné les grandes lignes de projet de civilisation dans la revue Commentaire. Ce texte dense me semble indispensable pour comprendre la dynamique de la politique française.

Je vous propose de regarder ce projet sous l’angle des enjeux fondamentaux de la politique : notre intérêt individuel, notre contrat social, nos rôles économiques et politiques. Pour moi, le projet Démocrate, parce qu’il intègre l’intérêt général aux intérêts individuels, traduit en politique l’objectif de Développement Durable. Il remet au cœur de la démocratie l’individu libre, responsable et exemplaire.

Tout d’abord, un diagnostic. Les philosophies politiques actuelles - de gauche comme de droite - reposent sur l’hypothèse rousseauiste du contrat social : l’intérêt général procèderait naturellement de la somme des intérêts particuliers de chacun des membres de la société.

Cette conception serait encore valable si chaque individu n’avait qu’un seul intérêt particulier. Or ce n’est plus le cas.

C’est la crise des intérêts particuliers qui est à l’origine de la crise politique et morale actuelle. Les propositions politiques actuelles sont face à des incohérences majeures entre les trois facettes des individus auxquels elles s’adressent : le citoyen, le consommateur et le travailleur.

- Je suis un citoyen, je suis un "régulateur" : un acteur social et politique, qui interagit avec ses semblables. J’aspire à la liberté et à la vie en communauté.
- Je suis un travailleur, je produis de "l’offre" que je sois salarié, indépendant ou entrepreneur. Cette activité, par ses revenus, détermine mon niveau de vie.
- Je suis un consommateur, je suis "la demande". Cette activité, par l’utilisation de mes revenus, détermine mon mode de vie.

Du temps de Rousseau, et de celui encore récent de la vie à la campagne, il était possible à chacun d’établir une cohérence entre ces trois natures.

Au temps des usines, cette convergence était encore palpable pour le prolétariat : elle a fait la réussite des thèses communistes.

Mais aujourd’hui, chacune de ces facettes qui nous compose est plus ou moins en conflit d’intérêts avec les autres. Ainsi, par exemple :
- En tant que consommateur, je préfère les produits les moins chers – délocalisés - au risque de ma santé d’homme, de mon activité de travailleur ou à l’encontre de ma conscience de citoyen.
- En tant que travailleur je souhaite davantage de revenus, quand bien même ce revenu augmenterait les prix, aux dépens de mon intérêt de consommateur. Alors le citoyen que je suis vote pour le parti qui lui promettra davantage de pouvoir d’achat à court terme, soit par une hausse des salaires, soit par une baisse des impôts.

Nos organisations collectives
n’apportent pas de cohérence

Nous sommes ainsi tous les témoins et les victimes quotidiennes de ces incohérences et d’un monde que nous ne comprenons plus.

Et ce sont des organisations différentes – partis politiques, syndicats et associations ou labels de consommateurs – qui sont chargées de défendre ces différents intérêts. Ces organisations revendiquent chacune leur indépendance, alors que ces problématiques se trouvent indiscutablement liées en nous. Ces organisations n’apportent donc pas de vision cohérente.

Le résultat c’est la désaffection et l’ironie vis-à-vis de la politique, la décrédibilisation du syndicalisme et la faiblesse des associations de consommateurs.

Fleurissent alors des utopies réconciliatrices, comme la vision de l’extrême gauche ou le fondamentalisme religieux.

Un réflexe classique est de se tourner vers l’État, d’attendre de lui qu’il résolve ce problème. Mais les partis politiques, de gauche et de droite, sont, comme je l’ai montré, impuissants à régler durablement ces questions, puisque complices du problème.

Alors, comment résoudre ce conflit d’intérêts qui mine nos sociétés et nos consciences ?

Il faut changer radicalement de concept philosophique : la somme des intérêts particuliers n’incarne plus l’intérêt général. Ce serait plutôt l’intérêt général qui unifierait nos intérêts particuliers.

Ce retournement, dans lequel l’intérêt général prime et détermine notre intérêt particulier, c’est la première révolution du projet qui se nomme aujourd’hui Démocrate ou Durable.

L’intérêt général,
à la portée de l’individu

Le projet porte également une seconde révolution, toute aussi essentielle, par rapport aux autres théories politiques qui ont déjà essayé, par le passé, de donner la primauté à l’intérêt général.

Ces théories ont généralement conduit à des totalitarismes, où l’individu était sommé de renoncer à sa liberté afin de subir, pour son bonheur, l’intérêt dit général.

Notre projet est radicalement différent : il a fait son deuil d’imposer aux autres le bonheur. Il ne recherche que l’établissement d’un cadre épanouissant qui, en toute liberté, permette de concilier nos différentes aspirations a priori contradictoires.

Notre projet ne vise donc pas l’établissement de l’intérêt général par l’État ou par une forme quelconque d’organisation, mais par l’individu qui décide en premier lieu d’être exemplaire.

La seconde révolution portée par le projet démocrate, c’est que l’individu est mis en situation de confronter, à un intérêt général supérieur, ses aspirations de consommateur, de travailleur et de citoyen ; et par là, de modérer ou d’encourager certaines de ses aspirations, et d’agir de façon responsable et autonome.

Agir sans attendre l’Etat et la société, agir sans contester systématiquement, mais plutôt en commençant par être soi-même exemplaire. C’est toute l’aspiration au Développement Durable qui est ainsi portée par la vision Démocrate de la politique.

Ne rien attendre en premier lieu de l’État n’exclut pas l’action politique, au contraire. L’individu reconnaît que tous les moyens sont pertinents pour concilier ses intérêts, et l’action politique citoyenne en est une. Elle est même un devoir, car le renoncement individuel à une action politique est un des symptômes de la crise des conflits d’intérêts identifiée au départ. Dans le projet démocrate, l’État, plutôt que d’être un recours ou un garant, devient pour le citoyen un moyen, parmi d’autres, pour mettre en œuvre sa conception du monde.

Ainsi, le citoyen, le consommateur et le travailleur, enfin réunis et cohérents, trouveront dans cette règle de vie privilégiant l’intérêt général, un cadre épanouissant.

Comment définir cet intérêt général supérieur ? Il ne serait pas cohérent avec la philosophie Démocrate d’en donner une définition globale et définitive. C’est à chacun de le faire en conscience. Cependant, l’intérêt général, c’est bien souvent de dépasser sa vision locale et court-termiste. C’est de changer d’échelle en envisageant les questions dans un cadre géographique et temporel universel : à l’échelle du monde, et à l’échelle des générations passées et futures. De là découlera la satisfaction de nos propres intérêts.

Le projet Démocrate, traduction politique du Développement Durable, se revendique donc d’une double révolution, qui remet l’individu libre, responsable et exemplaire au cœur de la démocratie.


Voir aussi sur France démocrate les réflexions, sur le projet démocrate, de Marie-Anne Kraft et Jean-Marc Chaffringeon, et le projet lancé par Danièle Douet.

L’article en PDF ; un résumé par Marc Migraine ici.

Noté 4.7/5 (010 votants)

La réponse de Hervé Torchet

Posté le 7 janvier 2008, à 13h 31mn 35s
Citoyen, consommateur et travailleur sont la même personne

Excellent texte. Plus que jamais, le MoDem incarne les nouveaux projets pour la France.

» jour-pour-jour

La réponse de Bernie73

Posté le 7 janvier 2008, à 11h 41mn 38s
Citoyen, consommateur et travailleur sont la même personne

Egalement Tout à fait d’accord avec le propos, mais très sceptique sur le résultat. vous semblez tous d’accord sur la nécessité d’une prise de conscience individuelle, du bien collectif. Mais par quelle magie cela va elle arriver. Que des intellectuels arrivent à cette conclusion, qu’un partie des classes moyennnes en ai pris conscience ça semble un fait. Mais ça reste le cas d’une minorité dans la population. Si on regarde le discours dominant ce n’est pas tant que ça dans l’air du temps. Exemplarité des élites (laissez moi rire) discours des médias de masse (arrêtez je m’étouffe)

Personnellement je n’ai pas de solution, pour que ce chemin intérieur atteigne la majorité des personnes, mais ça ne se fera pas tout seul..

reste a trouver comment ! ! !

La réponse de Frédéric Lefebvre-Naré

Posté le 7 janvier 2008, à 17h 38mn 17s
Bon chantier

C’est vrai que l’article de Sébastien Dugauguez ne le dit pas. Mais une fois qu’on est d’accord sur le principe, on trouve plein de moyens de le réaliser.

Par exemple l’information. Voyez l’idée simple de François Bayrou : le premier moyen d’économiser des gaz à effets de serre, c’est que chaque voiture ait un indicateur de consommation instantané. D’après lui, c’est 15% d’économie tout de suite.

Ou la "subsidiarité", gérer les affaires le plus près possible des gens (plutôt que de compter sur l’hypothétique valeur ajoutée d’une méga-technostructure). Dans les domaines de la sécurité publique, de l’aide sociale, je suis sûr que cela ferait faire des progrès énorme.

La responsabilité économique. Voyez comment le Congrès du Modem a rompu avec l’habitude des congrès subventionnés pour faire venir du gibier à télés. L’inscription était assez chère, faisant supporter à chacun le coût collectif du Congrès. Mais chacun pouvait se déclarer incapable de payer ces frais, et en était alors dispensé.

Ce ne sont que les trois premiers exemples qui me viennent à l’esprit. Je crois cette approche extrêmement féconde, efficace, concrète. Bien plus que le "travailler plus pour gagner plus" ou que "l’ordre juste".

Posté le 8 janvier 2008, à 13h 11mn 02s
Bon chantier

Je suis bien convaincu du caractère fécond de l’approche, sur l’aspect efficace pour résoudre certains problèmes, Mais nous sommes en démocratie il s’agit de gagner la conscience de plus de 50% des électeurs

je suis peut être misanthrope, mais je reste convaincu (sans doute également trop défaitiste)

que les slogans :

travailler plus pour gagner plus ou salaud de riche ou l’ordre juste a, au jour d’aujourd’hui, plus d’impact qu’une réelle réflection sur la société. Compter sur une prise de conscience de masse me semble une douce utopie.

Posté le 8 janvier 2008, à 15h 54mn 55s
Bon chantier

Absolument d’accord.J’avais d’ailleurs laissé à Sébastien un message sur son blog.

Il a fait un EXCELLENT travail de synthèse du document de 9 pages en extrayant les idées maîtresses.

Bravo !

A nous tous de relayer la vision qui est lucide et pertinente !

»

Posté le 7 janvier 2008, à 10h 27mn 20s
Citoyen, consommateur et travailleur sont la même personne

Tout à fait d’accord avec cette approche. Elle s’inscrit dans la philosophie de l’Humanisme, en opposition avec le modèle matérialiste et individualiste, qui a pour moteur le désir individuel et à court terme, basé sur un comportement égoïste et egocentrique, alimenté par la défiance croissante entre les hommes et générant des inégalités croissantes. Cette vision passe par une prise de conscience et une responsabilité citoyenne et par la repriorisation des valeurs spirituelles sur le profit et les biens matériels, le l’être sur l’avoir et le paraître. L’idéal serait que l’être humain soit naturellement motivé par ces valeurs, y trouver un véritable plaisir et non obligé d’y être contraint par la morale, la religion, le devoir. Il faudrait aussi remplacer les "droits" par les "devoirs". Après les "droits de l’homme", nous devrions établir une charte des "devoirs de l’homme". Les citoyens attendent trop de l’état, des droits auxquels ils aspirent, de conserver leurs "droits acquis", supposant que les autres ont un devoir à leur égard, alors qu’il faut commencer par se sentir en devoir vis à vis d’autrui pour que ce dernier puisse espérer en recueillir un droit (lire Simone Weil à ce sujet). En ce sens, ce projet est un projet de "résistance", car il est au départ auto-contraignant, comme la non-violence arrive à entrer en résistance contre la violence (exemple de Ghandi et du Christ). Cette résistance à l’ordre naturel de la violence du monde est aussi une thèse développée par Simone Weil. Elle distingue même l’homme de l’animal, elle exprime même sa liberté de penser, de réagir sans que sa conduite soit dictée par une survie de sa personne au détriment d’autrui. C’est une conduite qui n’est pas naturelle, comme le suicide. Sartre aurait dû d’ailleurs préférer prouver sa liberté au travers de cette thèse, plutôt que celle destructrice du suicide ! J’aime tes articles et j’avais déjà repéré ton blog, notamment pour tes articles sur l’Afrique. Je vais le référencer sur le mien http://mariannerepublique.hautetfort.com/. Voir aussi sur mon blog ou sur France Démocrate les articles sur la philosophie démocrate, le projet de civilisation, l’origine des inégalités croissantes et quel peut être le moteur de justice, l’approche philosophique de l’homme par les partis politiques. Pour ceux qui sont intéressés, nous pourrions créer un groupe de réflexions des philosophes démocrates, avec blogs, rencontres, débats ...

La réponse de Marie-Anne Kraft

Posté le 7 janvier 2008, à 10h 40mn 49s
Citoyen, consommateur et travailleur sont la même personne

J’avais oublié de signer mon commentaire ci-dessus.

Marie-Anne Kraft, Alias Marianne Saint-Maur (94)

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