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Julien Gracq

Témoignage subjectif d’un lecteur

, 24 décembre 2007

Vu 1662 fois | 0 commentaire(s) | Noté 3.7/5 par 07 votant(s)

Visite à Godenholm d’Ernst Jünger traîne chez moi depuis quelques jours sur la commode du couloir. A chaque fois que mon regard tombe sur la couverture - et encore il y a dix minutes avant d’apprendre la mort de Julien Gracq -, je ne peux m’empêcher de penser à la plaisanterie qu’avait faite son éditeur quand j’avais évoqué l’âge et la santé de l’écrivain : « Il essaye de battre Ernst Jünger ». Ernst Jünger que Julien Gracq admirait, avec lequel il a correspondu. Jünger est mort à 102 ans et Gracq qui vient de mourir à 97 ans ne le battra donc pas en longévité.

Avec Julien Gracq, c’est peut-être l’une des dernières encyclopédies de la littérature classique qui disparaît. Il est l’écrivain sans lequel je n’aurais pas su comment aborder les classiques (Balzac, Stendhal, etc.). Mon noviciat littéraire, je l’ai fait guidé par l’écriture de ce maître. Je dois avouer que je suis plus un inconditionnel du Gracq critique que du Gracq romancier même si j’ai une grande passion pour La Route, lu et relu, prose sublime, sinueuse, noueuse et vagabonde – mais, texte qui n’est pas un roman – et je mettrai à part Un balcon en forêt parce qu’il est le premier texte que j’ai lu et qu’il se passe sur les hauteurs de Monthermé, dans mes (magnifiques) Ardennes natales.

Fondamentalement, pour moi, Gracq, c’est En lisant, en écrivant, livre dans lequel il magnifie la langue française. Citons : « "L’agent supérieur de la police sut imposer silence à ses passions" (Les Chouans). Des phrases de ce genre chez Balzac (il y en a beaucoup) trouent le ridicule comme une balle, et font voir au-delà comme un jour plus corsé de pur théâtre, où les personnages – tous les personnages – rejouent la comédie de leur vie en éclat et en majesté, chacun, naturellement, à son niveau. » Personne, je le pense, n’a su si bien dire l’ambition balzacienne de la Comédie humaine. C’est du concentré de Gracq et… de Balzac. Phrase d’une beauté indicible qui suffit à vous donner envie de lire tout Balzac, et d’y aller l’œil averti, mais sans être encombré par le gras de sommes critiques indigestes.

La lecture de Gracq, c’est un enchantement dans le sens où son écriture vous fait pénétrer dans un monde à la limite du fantastique. Gracq est un écrivain que l’on pourrait classer dans une collection qui s’appellerait "Merveilleux"… comme celle qui existe chez José Corti. On est plongé comme dans un avant monde, dans l’antichambre du monde où les personnages sont condamnés à une attente qui semble infinie.

Gracq, c’est avant tout la phrase, c’est LA littérature, c’est-à-dire un art où il s’agit de porter au plus haut syntaxe, et les tours et détours qu’elle offre, ses perversions et ses perversités, et vocabulaire, avec sa polysémie et ses sonorités. Les textes de Gracq, c’est toujours un hommage à la langue française. On ressent dès les premières phrases que c’est la langue qui est l’enjeu, ce n’est pas l’écrivain qui n’est que son serviteur. Julien Gracq était un de ses derniers nobles serviteurs.

Pour découvrir le grand écrivain, le mieux est d’aller chez son éditeur José Corti. Tous les journaux ont écrit de très beaux hommages.

Noté 3.7/5 (07 votants)

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