FRANCE DEMOCRATE

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Libre digestion

jeudi 20 septembre 2007, par Jacques Bugier

Il faut savoir digérer. Prendre le temps de.
Que la possible instantanéité du net ne soit pas une contrainte mais tout au contraire une liberté ouverte.

Ecrire pour le Monde, par exemple, c’est fixer avant l’événement annoncé -l’essentiel des événements qui tissent l’actualité médiatisée sont inscrits sur des agendas- la longueur du rapport qu’on en fera (le nombre de signes et d’espaces que comptera le texte) puis être engagé, quoi qu’il arrive, à livrer son écrit avant 6 heures du matin, 7 dernier carat. Possible nuit de café qui verse sur le clavier. Et possible panne de mèl matinale qui, à trois minutes près, rend l’information caduque et la case réservée dans la page occupée en secours par un autre papier, une autre histoire, une autre info.

Faire reportage pour France X ou TF Z, c’est monter des pans de discours et des plans d’assemblée alors même que l’orateur s’exprime encore, surtout s’il a commencé avec retard et que l’heure de la messe de 13 ou 20 heures s’approche. Si c’est pour le compte de LC X, BF Y ou I-TZ, c’est hacher la parole encore tiède.

Alors, quand ni délai ni espace ne s’impose, vive la liberté !

Digérer : le poivron et la cuisine basque, le rosé en cubitainer du village vacances familles, les envolées de François Bayrou, les métaphores de Didier Bariani, les rappels à l’ordre de Jean-Marie Cavada, les silences de Michel Mercier, les moues de Corinne Lepage, la parole et les paroles des militants démocrates, nouveaux, anciens, mixtes. Digérer Seignosse.

Et tenter de penser, faire regard, prendre distance.

Oui, un modem autorise la connexion et le déblogage immédiats. Merveille : il permet aussi le temps. En prendre et s’en donner.

Digestion et digression.

Quelque chose à voir avec ces mots de Régis Debray (« L’obscénité démocratique », Café Voltaire, Flammarion 2007 ) : « Non ce n’est pas la démocratie qui est obscène ! C’est la scène républicaine qu’il faut sauver de l’obscénité, au moment où la politique devient le tout-à-l’ego d’un pays en proie aux tyrannies de l’audimat, de l’émotif et de l’intime. »

Quelque chose à voir avec ces observations de Marielle de Sarnez au sujet du « new French President » (Time, september 17, 2007) : « Sarkozy’s strategy of perpetual movement thrills the media and public – and ensures he’s already gone on to the next activity by the time people start asking questions about the results of the last one. »