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La France minée par la société de défiance

L’analyse de Yann Algan et Pierre Cahuc

, 14 décembre 2007

Vu 2246 fois | 3 commentaire(s) | Noté 4.6/5 par 08 votant(s)

Cet opuscule, qui vient de paraître, démontre que la France est progressivement entrée dans une société de défiance. La méfiance mine la société, en contribuant à la fois à un taux de chômage élevé et à des revenus par habitant moins importants que ceux observés dans les pays de l’Europe du Nord. Cette méfiance serait l’héritage d’un modèle étatiste et corporatiste construit après la seconde guerre mondiale.

Le corporatisme se manifeste par la multiplication des droits sociaux associés au statut et à la profession ou aux corporations, notamment les régimes spéciaux (en particulier des retraites), qui a segmenté la société, opacifié les relations sociales et accentué le sentiment d’inégalité de traitement, donc de méfiance, favorisant la recherche de rentes et entretenant la suspicion mutuelle, minant les mécanisme de solidarité.

L’étatisme, qui consiste à réglementer l’ensemble des domaines de la société civile, vide le dialogue social de son contenu, entrave la concurrence et favorise la corruption.

Les Français, plus souvent que les habitants d’autres pays riches, disent se méfier des institutions représentant leurs intérêts, des politiques, de leur propres concitoyens, de leur employeur, ...

Cette défiance va de pair avec un incivisme de plus en plus fréquent. En comparaison des habitants d’autres pays riches, les Français considèrent plus fréquemment qu’il peut être acceptable de resquiller dans les transports publics, de ne pas payer les impôts, de demander indûment des aides publiques. Un portefeuille égaré à Paris a moins de chance d’être restitué à son propriétaire que dans d’autres pays industrialisés. Les entreprises françaises installées à l’étranger recourent plus souvent que les autres à la corruption pour obtenir des parts de marché.

Au delà de ce constat comparé avec les pays voisins, les auteurs se sont interrogés sur les impacts chiffrés de ce comportement, en comparant les relations entre les performances économiques et les attitudes sociales dans environ 30 pays, des années 50 à nos jours. D’après eux, le déficit de confiance et d’esprit civique réduit significativement le revenu par habitant, qui aurait pu être de 5% supérieur si nous avions eu un comportement de confiance du niveau des Suédois.

La défiance et l’incivisme freinent aussi l’adoption de réformes qui permettraient d’adopter des réformes qui permettraient d’améliorer le fonctionnement de notre marché du travail et d’accroître l’emploi.

Nous sommes dans une société où le lien social et la solidarité naturelle se délitent, en même temps que les droits sociaux réglementés et considérés comme acquis foisonnent, se multiplient, se complexifient, dans l’opacité.

Est-ce parce que justement l’État thaumaturge, qui prend trop en charge directement la redistribution et la règlementation sociale, ne s’appuyant pas assez sur les corps intermédiaires, a déresponsabilisé le citoyen, que ce dernier a délégué à l’Etat la responsabilité de la solidarité, qu’il ne se sent plus responsable individuellement de solidarité et de civisme ?

Nous revenons à un comportement "chacun pour soi" et "sauve-qui-peut", chacun veut conserver ses "droits acquis" et "profiter du système", et nous payons des impôts pour que l’État se charge de la solidarité pour nous. La malheur vient du fait que non seulement on accepte avec fatalité ce comportement, mais on l’entretient et on le favorise, on le justifie comme la "loi du marché" pour survivre dans ce monde de brutes et de cyniques, littéralement où tout est à jeter aux chiens !

Le moteur d’une société de justice et d’épanouissement, devrait être LA CONFIANCE. Réfléchissons donc à rétablir cette confiance dans notre société !


J’avais déjà fait paraître un article le 5 mars 2007 sur ce sujet dans Agoravox et sur mon blog "Le paradoxe de la démocratie et du pacte social".

Noté 4.6/5 (08 votants)

La réponse de Européen convaincu

Posté le 17 décembre 2007, à 21h 28mn 50s
La France minée par la société de défiance

Entièrement d’accord avec cette analyse. Je vis en Finlande et je suis chaque jour impressionne par le contraste entre les méthodes de travail française et finlandaise. Ici les gens se font confiance et cela fluidifie le travail tout en réduisant les rivalités ou mécontentements. Ici il est naturel que le N+3 vienne manger aux cotes des opérateurs, ce que personnellement j’imagine assez mal en France. J’en fais une lecture similaire au niveau politique.

La réponse de Phil1968

Posté le 15 décembre 2007, à 17h 16mn 54s
La France minée par la société de défiance

Notre système politique est toujours l’héritier de l’après-guerre, des règlements de compte entre collabos et résistants. Le racket des partis auprès des entreprises a commencé comme ça. Les communistes faisaient la tournée des entreprises collabos qu’ils voulaient bien laisser tranquilles si celles-ci leur versaient de l’argent. Ces entreprises avaient ensuite la visite des gaullistes. Les députés ont voté des amnisties mais on ne savait même pas quels délits ils amnistiaient ! Il y aurait fallu mettre les choses à plat avant de se pardonner, avouer d’abord et pardonner ensuite. Il suffit de voir ce que sont les Hauts-de-Seine, c’est affligeant, une honte pour notre République. J’ai, moi-même, recueilli deux témoignages de la corruption absolument immense et impunie dans ce département. Quand on élit à la présidence le grand magouilleur des années 80, comment peut-on venir se plaindre que le peuple se dit que la magouille est permise ? Que c’est la magouille qui perme de s’en sortir dans noptre société ? Les Français se méfieront toujours des pères la pudeur (il suffit de voir le destin de Jospin), ils ne sont pas c’rédibles. Qu’on fasse le ménage (on nous fait croire qu’il ne se passe plus rien aujourd’hui !) et peut-être que les Français auront à nouveau confiance en leurs élites. 50 ans de Ve République, celle-ci est épuisée...

La réponse de Frédéric Lefebvre-Naré

Posté le 15 décembre 2007, à 19h 30mn 15s
il y a quelques jours

Il y a quelques jours, soirée entre amis. Il y a là une jeune personne avec un charmant accent d’ailleurs, qui travaille dans un grand hôtel (réceptionniste, si j’ai bien compris).

Elle dit "Je ne croyais pas que c’était comme ça, la France. Le contrôleur, quand il vient, il prévient une semaine avant, comme ça son enveloppe est prête. Il arrive, et hop."

Une interlocutrice : "tu veux dire, un fonctionnaire ?"

"Bien sûr, un fonctionnaire".

Zut, moi non plus, je ne croyais pas.

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