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Le MoDem, un objet politique non identifié (OPNI) pour les journalistes politiques

, 13 décembre 2007

Vu 2785 fois | 4 commentaire(s) | Noté 4.8/5 par 08 votant(s)

A force de recalculer les calculs politiciens, d’user les poncifs comme celui du "désert", les journalistes politiques risquent de manquer le coeur du Mouvement Démocrate : notre aspiration à un nouveau projet politique, à une nouvelle manière d’être ensemble dans les réalités de notre époque. C’est pourtant l’essence même de la politique ?

De nombreux journalistes politiques peinent à saisir la démarche de François Bayrou, son positionnement, et les attentes de ses milliers de nouveaux militants qui se sont reconnus dans cette démarche "centrale".

Au mieux les journalistes se montrent dubitatifs, au pire profondément conservateurs, condamnant par avance cette démarche en l’assimilant à une longue marche dans le "désert" (image tellement récurrente qu’on finit par s’interroger sur la capacité créative de certains) - parce qu’elle ne correspond pas au jeu habituel des forces en présence.

Ce conservatisme s’est exprimé de manière frappante dans la chronique politique de Patrick Jarreau, parue dans le Monde du 1er décembre sous le titre "Le désert ne tient pas toujours ses promesses". Il condamnait à l’avance à l’échec la démarche de François Bayrou, la comparant à celles du général de Gaulle et de François Mitterand, pour mieux en souligner l’inutilité.

Nous avons aussi entendu Eric Zemmour lors des émissions "Ça se dispute" (iTélé) et "On n’est pas couchés" (France 2) : selon lui, François Bayrou s’est trompé de stratégie, il aurait dû accepter l’offre de Ségolène Royal de devenir son Premier ministre (même s’il était en désaccord avec elle sur la nature de son programme), juste pour faire exploser le PS : la franche socio-démocrate l’aurait alors rejoint et la franche proche de la gauche radicale aurait fondé son propre parti. Cette opinion a d’ailleurs été aussi exprimée par Nicolas Domenach, directeur-adjoint de l’hebdomadaire Marianne lors de l’émission "Ça se dispute".

Étant simple militante du MoDem, jusque récemment apolitique, ces scenarii me semblent théoriques et très éloignés de la démarche de François Bayrou et du MoDem.

D’un point de vue stratégique externe, comment peut-on envisager le scenario de l’explosion du PS dans la mesure où François Bayrou a toujours été présenté et catalogué comme un homme de droite par la gauche française ?

Les élus du PS n’auraient jamais pu le rejoindre, car ils n’auraient jamais pu justifier ce positionnement auprès de leurs électeurs après une campagne qui a opposé un projet politique de droite à un projet de gauche. D’autant que François Bayrou, n’ayant pas été élu président, n’aurait rien pu leur offrir comme garantie politique (contrairement aux postes que Nicolas Sarkozy, élu président, est en mesure d’offrir). De plus, qui nous dit que si ce scénario théorique avait eu lieu, ce ne serait pas Ségolène Royal qui en serait sortie renforcée, et non François Bayrou ?

D’un point de vue interne, si François Bayrou avait troqué si tôt une alliance de droite contre une alliance de gauche, il serait passé pour un opportuniste, aurait été complètement décrédibilisé, alors que sa démarche se voulait novatrice et indépendante.

Il n’aurait pu convaincre ces milliers de personnes qui ont rejoint son mouvement attirés par sa démarche sincère et cette promesse d’une autre façon de faire de la politique, il aurait perdu tout crédit auprès de ses électeurs de centre-droit, et n’aurait pu attirer les électeurs du PS, pas encore mûrs pour entendre son message d’ouverture… car sinon, ils auraient voté pour lui au premier tour de la présidentielle pour éviter l’élection de Nicolas Sarkozy. Or, depuis le début, François Bayrou veut se présenter comme une alternative aux deux options en place (PS et UMP) et comme un rassembleur, et il ne peut le faire que s’il reste, proprement dit, "droit dans ses bottes".

L’émergence de cet objet politique non identifié (OPNI) devrait pousser les journalistes politiques "classiques" à repenser leurs grilles de lecture et d’interprétation du jeu politique français. Pour la première fois, un parti politique a été créé dans la rencontre entre l’ambition d’un homme et l’aspiration spontanée de milliers de gens qui l’ont poussé à ne pas les laisser tomber suite à l’espoir qu’il avait suscité en eux.

C’est un "mouvement" venu d’une base multiple, spontanée, de gens qui ne voulaient plus rester des "sans voix", qui ont poussé François Bayrou à poursuivre cette démarche novatrice (Cf l’historique des commentaires en ligne sur le site bayrou.fr, qui pourraient en eux-mêmes faire l’objet d’une étude).

Les journalistes politiques devraient ainsi aller plus souvent sur les forums, les cafés démocrates, les réunions politiques du MoDem pour se rendre compte de ce que représente réellement le MoDem, se mettre un peu à l’écoute de cette frange de la société civile : pas seulement un parti créé pour porter François Bayrou au pouvoir en 2012, mais surtout un mouvement citoyen spontané.

A force d’analyses sur les calculs politiciens, et de poncifs comme celui du "désert", les journalistes politiques risquent de passer à côté de ce qui est au coeur de ce mouvement : une aspiration à un nouveau projet politique, à une nouvelle manière d’être ensemble en s’adaptant aux réalités et aspirations de notre époque. N’est ce pas l’essence de la politique ?


Une première version de cet article a été publiée le 4 décembre sur agoravox

Noté 4.8/5 (08 votants)

La réponse de Florent Diaz

Posté le 5 janvier 2008, à 00h 22mn 29s
Le MoDem, un objet politique non identifié (OPNI) pour les journalistes politiques

J’ai du mal à croire que l’égarrement des journalistes spécialisés à l’égard de notre mouvement soit si annodin et involontaire qu’il n’y parait. Les observateurs privilégiés qu’ils sont n’ont pu passer à côté de l’"OPNI". Les journalistes politiques ne sont pas les plus mal informés. Ce n’est pas ici une question d’information. Cette confusion qu’ils ne cessent d’entretenir et véhiculer ne serait-elle pas plutôt un bon moyen de faire passer notre projet pour une lubie. Mon avis est que les media, s’ils discréditent tant notre mouvement, c’est tout simplement parce qu’ils en connaissent la portée et le risque qu’il représente pour l’ordre établi.

La réponse de Babeth

Posté le 15 décembre 2007, à 22h 24mn 27s
Le MoDem, un objet politique non identifié (OPNI) pour les journalistes politiques

Si c’est la traversée du désert pour François Bayrou, la caravane est très fournie et de très bonne qualité. Personnellement, j’ai coupé la TV trop étriquée. Merci internautes enthousiastes de me faire partager vos réflexions, analyses qui brisent l’idée propagée par les médias que notre mouvement serait un feu de paille. Encouragements amicaux

La réponse de chris

Posté le 14 décembre 2007, à 12h 17mn 09s
Le MoDem, un objet politique non identifié (OPNI) pour les journalistes politiques

Il y a peu d’hommes politiques aussi entourés que F Bayrou.Sa solitude n’est que médiatique et relative.Il compte ses "amis "jusqu’au dernier ? ses amis sont les 2500 militants qui étaient présents à la Mutualité en mai ;ses amis sont ses proches (et quels proches !) ses amis sont les 50 000 adhérents "payants" plus les autres et ses amis sont ....les français qui ont compris que lui n’est attiré ni par le pouvoir ni par l’argent. Comparez avec Sarkozy et vous verrez que sa solitude à lui n’est pas relative malgré les apparences car dans la sarkozie tout n’est qu’apparence. Bravo et bon courage François !!!

La réponse de militante77

Posté le 13 décembre 2007, à 23h 11mn 38s
Le MoDem, un objet politique non identifié (OPNI) pour les journalistes politiques

j’écoute souvent une émission sur Fr Culture le dimanche matin de 11 h à 12 h. Elle s’intitule Esprit Public. Y participe souvent JL Bourlanges. Comme le 9, le sujet principal était le Modem, je ne voulais surtout pas manquer ce débat. Jamais je n’ai entendu autant de mauvaises raisons et de mauvais arguments Je trouve de plus en plus intolérables les propos de ces journalistes et hommes politiques qui font semblant de ne pas comprendre qu’il se passe quelque chose d’important et de nouveau. J’ai écrit pour demander à M. Bourlanges si François Bayrou avait été Président, si son "mauvais caractère et son égotiste" auraient été moins gênants ... je n’attends même pas de réponse

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