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La France en trois : droite, gauche, et centre

Les thèmes chers aux électeurs du 1er tour des présidentielles

, 24 avril 2007

Vu 1779 fois | 0 commentaire(s) | Noté 0.0/5 par 0 votant(s)

Droite, gauche et centre dans cet ordre : celui des % de voix. L’analyse des votes montre clairement que la France n’est pas coupée en cinq mais en trois ; les votes "FN" et "extrême-gauche" sont en effet jumeaux des votes Sarkozy et Royal respectivement.

Thèmes chers
aux électeurs de F. Bayrou :
ceux des Démocrates

Voici les enjeux qui ont pesé, selon les électeurs sondés par LH2 (PDF), CSA(PDF), Ipsos (PDF) et TNS-Sofres.

Trois groupes de thèmes s’associent à trois ensembles de candidats :
- Thèmes chers aux électeurs de Mme Royal et des 5 candidats antilibéraux : tout "le social" : inégalités, pauvreté, précarité, santé, logement, services publics, voire chômage (sauf selon la Sofres) ;
- Électeurs de M. Bayrou : Europe et dette publique ;
- Électeurs de MM. Sarkozy et Le Pen : insécurité, immigration, identité nationale.

Mais quelques enjeux clivent autrement :
- L’environnement est enjeu dans la moyenne, ou au-dessus (selon Sofres), pour les électeurs de F. Bayrou et S. Royal ; il est très sous-représenté au contraire chez ceux de N. Sarkozy et J.-M. Le Pen ; c’est l’enjeu dominant pour les électeurs de D. Voynet, F. Nihous et J. Bové.
- L’éducation est un autre enjeu partagé par les électeurs de F. Bayrou et S. Royal.
- Les retraites sont une motivation spécifique du vote pour A. Laguiller, O. Besancenot, M.-G. Buffet ;
- Le pouvoir d’achat est plus souvent cité (sauf selon Sofres) par les électeurs de N. Sarkozy et A. Laguiller, O. Besancenot, M.-G. Buffet ;
- Les impôts, par l’électorat de N. Sarkozy et, sous l’angle de la "politique fiscale" (Sofres), par celui de F. Bayrou.
- La situation des femmes, par les électeurs de S. Royal.

Quelle perspective s’en dégage, pour le centre ? Un peu le "gouverner autrement" de Jean Lecanuet. À travers les sujets de la dette, de l’Europe, de l’environnement, de l’éducation, une perspective commune est la relation entre le pouvoir et les gens, la valeur d’un intérêt général qui n’est pas seulement celui de la nation ou d’une catégorie sociale, la construction d’une "nouvelle société". Un projet de tonalité positive, d’essence "démocrate".

Cartes en main

L’analyse cartographique confirme assez bien la proximité entre les électorats de MM. Sarkozy et Le Pen.

Le Monde, par exemple, publie des cartes par département pour les 4 candidats en tête : elles sont en version … internet ici, et en version lisible dans l’édition papier datée mardi 24 avril.

Les territoires forts sont :
- pour Mme Royal : le tiers sud-ouest de la France sauf Vendée et Pyrénées-Orientales, la moitié Est de l’agglomération parisienne, Seine-Maritime et Nièvre ;
- pour M. Bayrou : les anciennes régions démocrates-chrétiennes (grand Ouest, Alsace, Savoie - mais pas Nord-Pas de Calais), ainsi que le Sud du Massif central, plus Béarn et Bigorre ;
- pour MM. Sarkozy et Le Pen : le grand bassin parisien hors Ile-de-France, jusqu’à la Manche et Champagne-Ardenne, et la côte méditerranéenne Corse incluse (sauf l’Aude pour N. Sarkozy).

Avec deux exceptions à cette tripartition :
- le quart Ouest francilien et le Rhône (Lyon), "quartiers riches" avec des % élevés pour MM. Sarkozy et Bayrou, et faible pour M. Le Pen.
- l’outre-mer, avec des % élevés pour Mme Royal et M. Sarkozy - dans un rapport variable selon les régions.

En termes socio-démographiques, tous les instituts de sondage le remarquent : le vote Bayrou s’est répandu à peu près au même niveau dans toutes les catégories de la société. Sauf les 60-80 ans, les plus attachés au vote droite/gauche - avec des % très élevés pour Nicolas Sarkozy. C’est un changement par rapport aux électeurs traditionnels du Centre - en revanche, le vote Bayrou reste un peu plus fréquent chez les cadres et les diplômés.

Bayrou, Lecanuet II…
mais dans un autre monde

François Bayrou a réussi, nous disent ces chiffres et ces cartes, à re-susciter dans les urnes, le "mouvement républicain et populaire", sorti de la Résistance.

Vite dilué dans la combinazione, il avait été ressuscité une première fois comme "centre démocrate" dans l’opposition par Jean Lecanuet dans les années 65-70, avant d’être marginalisé par le duel entre gaullo-pompidolisme et Union de la gauche socialo-communiste : le Centre s’était ensuite contenté de rôles de composition sous Valéry Giscard d’Estaing.

François Bayrou a-t-il plus de chances de réussite que Jean Lecanuet en son temps ?

À première vue, les conditions institutionnelles sont inchangées, et le laminage du Centre démocrate est inscrit dans ces institutions.

À deuxième vue, le monde a changé, et avec lui les conditions de l’action politique.

L’approche démocrate avait le plus grand mal à s’imposer dans la société industrielle, structurée par le rapport patron/ouvrier, donc par l’alternative "capitalisme ou communisme".

Le projet démocrate s’adresse à une nouvelle ère, celle de la mondialisation, à un nouveau peuple capable d’agir en réseau, à un nouveau capitalisme fondé sur la prédation, et à plus de communisme du tout.

Et cet argument-là, on le trouve en boucle dans les gazettes : la disparition du communisme politique rend vain le concept d’Union de la gauche, et laisse la gauche social-démocrate sans autre alternative que l’alliance avec les démocrates. Cette seconde raison est la traduction électorale de la première.


Publié le 24 avril sur Démocratie sans frontière, révisé pour cette publication le 29 novembre 2007.

(Selon Le Monde, la Sofres "contredit l’idée souvent émise au cours de la campagne d’avant-premier tour selon laquelle le vote en faveur de M. Bayrou serait plus un vote de "contestation" qu’un vote d’"adhésion". 34 % de ses électeurs disent s’être déterminés en fonction de l’adhésion à son programme et à ses propositions, contre 37 % pour M. Sarkozy et 24% pour Mme Royal. A l’inverse, la motivation du "vote utile" pour que son candidat soit au second tour a joué pour 22 % des électeurs de M. Bayrou, contre 25 % pour ceux du candidat de l’UMP et 31 % pour celle du PS.")

La période 68-74 est racontée par François Brutsch ici.

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