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Les primaires, ça secoue mais ça marche

Mon expérience sur Argenteuil

mercredi 21 novembre 2007, par FrédéricLN

À Lyon, écrit l’un des candidats à la tête de liste, Eric Lafond, "le processus de désignation n’est ni transparent, ni équitable. Il n’est pas non plus efficace". Ce qui le conduit à "renoncer à être directement candidat", et à constituer "une équipe avec Azouz [Begag] et Gilles [Vesco]".

Les primaires échouent-elles fatalement quand il y a… plus d’un candidat ? Selon l’expérience que j’ai vécue à Argenteuil, ça peut marcher, très bien même, et même souder une équipe. Mais ça secoue avant, pendant, et après. Le film des événements pourra servir à ceux qui se lancent dans l’aventure !

Avant ces primaires :
du temps, et du Mouvement

Les adhérents MoDem d’Argenteuil se réunissent régulièrement, toutes les 2 semaines. Les convocations sont envoyées par mail et l’annonce de réunion est publiée sur au moins un des blogs de militants argenteuillais. La première réunion post-législatives, commune à Argenteuil et Bezons, remonte au 7 juillet : elle était destinée à préparer Seignosse.

À la réunion du 18 septembre (qui se tenait en présence d’un journaliste), notre référent provisoire Alain-Frédéric Fernandez a présenté sa candidature pour les cantonales, et appelé les adhérents à se prononcer lors de la réunion suivante, le 2 octobre. Ce jour-là, il a été soutenu par 16 voix pour, 3 bulletins blancs et 1 nul (il était le seul candidat déclaré).

Nous avons enchaîné le 16 octobre avec une réunion annoncée sur la "stratégie pour les municipales". L’animation m’en a été confiée et j’en ai infléchi l’agenda, avec l’accord des participants, estimant nécessaire de trouver d’abord une tonalité commune sur le projet : nos ambitions pour "Argenteuil en 2017", les principaux axes de programme ou les réalisations les plus marquantes que nous souhaiterions. Un très fort consensus s’est dégagé sur les thèmes qui nous tiennent le plus à cœur : le sport comme outil éducatif ; la consultation des habitants (présenter les projets à la population avant la décision, communication municipale) ; apprendre à vivre ensemble, ville multi-cultures ; les bords de Seine : boulevard urbain, cyclable, piéton ; une Ecopolis (village écologique) ; un pôle d’excellence en matière d’habitat (éco-habitat). En revanche, après la réunion, plusieurs ont regretté que l’on n’ait pas plus avancé sur la constitution d’une liste et sur la stratégie à l’égard des autres listes.

Alain-Frédéric Fernandez a donc animé la réunion du 5 novembre (de nouveau en présence d’un journaliste) avec un autre outil, un "vote coloré" des adhérents sur 21 points liés aux élections municipales (stratégie et projet). Un très fort consensus est apparu pour une liste indépendante portant le nom "MoDem", et pour préférer des conseillers libres au sein du Conseil Municipal, plutôt qu’une fusion au second tour avec la droite ou la gauche. Parmi les 28 votants, 17 se sont dits prêts à participer à cette liste MoDem.

Deux personnes se sont proposées pour conduire la liste : Olivier Sellier, conseiller municipal et ancien maire-adjoint (démis par le député-maire UMP) et Christophe Hénocq, ancien conseiller municipal de Courbevoie. L’accord s’est fait sur une procédure de "primaires" :
- vote à la réunion suivante, 2 semaines plus tard - campagne très courte donc ;
- le collège électoral est constitué par les adhérents de l’UDF et ceux du MoDem (et de Cap21, mais le seul que nous connaissions est également adhérent direct au MoDem).
- le vote par correspondance est possible sous double enveloppe (la première enveloppe permet de savoir qui a voté).
- un appel à candidatures est lancé par mail aux adhérents, et publié sur modemargenteuil.fr.
- les candidatures sont reçues jusqu’au vendredi suivant 9 novembre. Une troisième candidature a été déclarée dans ce délai, celle de Maryse Chégut.

Alain-Frédéric Fernandez a ensuite envoyé par mail pour avis, aux trois candidats déclarés, une note de procédure complétant et détaillant ces dispositions.

Un Conseil départemental provisoire se tenait le soir de ce jeudi 8 novembre. Nous y avons appris la candidature d’Olivier Sellier pour les cantonales. Alain-Frédéric Fernandez a alors décidé d’organiser une nouvelle consultation des militants pour les cantonales, en même temps que la "primaire" pour les municipales. Étant donc candidat, il m’a délégué la responsabilité des scrutins. Enfin, dimanche 11 novembre, une 4ème personne s’est déclarée candidate pour les municipales - Hamiche Abbès - hors délais donc [1].

Clash d’abord, vote après

La réunion du lundi 19 novembre s’est tenue en présence d’un journaliste et d’Hervé Collet, coordinateur du Conseil départemental provisoire. La quasi-totalité des militants que nous avions déjà vus aux réunions étaient là, et quelques nouvelles têtes.

Les cinq premières minutes se sont écartées du "déroulé des opérations" prévu :
- Hamiche Abbès a distribué un texte d’une page aux participants, puis quitté la réunion. Dans le texte, il indique notamment avoir déposé sa candidature auprès du siège national, et vouloir créer "une association … qui aura pour objectif de bâtir un projet ARGENTEUIL 2008".
- Olivier Sellier a fait une déclaration orale liminaire, remettant en cause le processus, en particulier la pagination des professions de foi. Il a conclu, selon mes notes : "je ne prendrai pas part au vote et je vous laisserai entre vous discuter de ce que vous voudrez. Je vais monter mon association pour les prochaines municipales, que cela vous plaise ou non. J’irai jusqu’au bout de mon combat". Et a quitté la salle.

Tous les autres participants sont restés. J’ai indiqué que le règlement du scrutin ne prévoyait pas de possibilité de retirer sa candidature, et que les deux scrutins auraient lieu sous la forme prévue.

Chaque candidat disposait de 5 minutes pour se présenter. Après les présentations, une demi-heure de questions de la salle et réponses des candidats, était prévue. J’ai dû user de mon autorité pour couper les candidats après 6 minutes - chacun avait apparemment prévu d’en dire bien plus - et pour répartir la parole dans la salle : une ou deux personnes, que nous n’avions d’ailleurs jamais vu auparavant, voulaient intervenir de façon répétée, pour des objections ou remarques diverses, plutôt que pour poser des questions.

L’exercice m’a semblé tout à fait instructif. C’est d’ailleurs sur la fin du débat que les questions les plus sensibles sont venues. Et c’est même dans le temps additionnel qu’a été posée, au soulagement audible de la salle, LA question sur la stratégie d’alliance au second tour.

Puis j’ai demandé aux candidats et participants leurs observations éventuelles sur le processus des "primaires" lui-même. Il n’y a eu que deux souhaits exprimés à ce moment-là (alors que beaucoup de questions avaient été posées par mail avant le scrutin, et d’autres après) : que le compte-rendu consigne le départ d’Olivier Sellier, et que trois minutes soient laissées aux participants, avant le scrutin, afin de prendre connaissance du texte écrit d’Hamiche Abbès.

Enfin le scrutin

La liste à émarger avait été constituée par le référent Alain-Frédéric Fernandez. Le principe était d’inclure les adhérents UDF, sauf ceux ayant expressément indiqué ne pas vouloir rejoindre le MoDem. Les deux adjoints UDF à la Mairie d’Argenteuil, qui n’ont pris aucun contact avec le MoDem depuis les élections législatives, étaient donc inscrits, mais ils ne sont pas venus. Je n’ai eu aucune réclamation de personne qui aurait souhaité participer au scrutin et en aurait été écartée ou mal informée.

Le mode de scrutin était uninominal classique pour les cantonales (deux candidats). Alain-Frédéric Fernandez a obtenu l’unanimité moins un bulletin blanc.

Pour les municipales, nous avions retenu un vote de préférences. Un bulletin était valide si le votant indiquait au moins sa première préférence entre les candidats. Il pouvait également indiquer sa 2ème et 3ème préférence (les mentions ex æquo, en revanche, rendaient le bulletin nul). Remporte le scrutin la personne qui :
- soit obtient la majorité absolue des "premières préférences" - équivalent d’un 1er tour) ;
- soit obtient la majorité absolue la plus forte des "premières ou deuxièmes préférences" (sans pondération particulière entre celles-ci) [2] - équivalent approximatif d’un 2ème tour.

Les avantages de ce type de bulletin :
- on s’exprime de façon nuancée au lieu "d’éliminer tout le monde sauf un" ;
- le vote a lieu en un tour, ce qui permet le vote par correspondance et… évite les tractations et enchères d’entre deux tours ;
- les préférences sont exprimées de façon plus favorables, et homogènes, que dans le "vote de valeurs" qui consiste à donner son opinion sur chaque candidat (avec la tentation de qualifier de "très mauvais" les favoris autres que votre candidat préféré).

Le dépouillement est un peu plus compliqué. Les bulletins ont été lus à voix haute par deux personnes, j’inscrivais au fur et à mesure les votes sur un tableau papier, sous le contrôle de la salle - qui a fait observer une erreur, aussitôt corrigée !

Voici les résultats sur les 28 votants (sur 61 potentiels : 46% de taux de participation ; 0 bulletin blanc et 0 nul).

Résultats des primaires pour les municipales à Argenteuil
Candidat(e)1ère préférence2ème3ème
Maryse Chégut 10 13 2
Christophe Hénocq 18 7 2
Olivier Sellier 0 4 10

Christophe Hénocq obtient la majorité absolue des "premières préférences" et est ainsi proposé par les adhérents Argenteuillais au siège national, comme tête de liste pour les municipales. Maryse Chégut et Christophe Hénocq se sont aussitôt lancés ensemble dans la constitution de la liste et la préparation de la campagne.

Les primaires, ça marche, mais ça secoue. Ou bien, ça secoue, mais ça marche.


[1J’essaye de faire un récit factuel, mais il y a plein d’émotionnel là-dedans, et de personnel. J’ai appris ces jours-là que plusieurs personnes prévoyaient ma candidature à la tête de liste, peut-être en raison de mes fonctions passées au siège national, ou du rôle que j’avais pris dans l’animation (animation et pouvoir font pourtant mauvais ménage). Constater que je n’étais pas candidat a peut-être suscité des vocations tardives. Aurais-je mieux fait de dire très tôt que je ne serais pas candidat ? mais il me semblait, au contraire, nécessaire de faire passer l’action et le projet avant les déchirements internes pour la tête de liste…

[2Et ainsi de suite s’il y a plus de 3 candidats, jusqu’à avoir une majorité absolue