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Hervé Collet

Journaliste, écrivain, éditeur et consultant en communication. Auteur de “Communiquer : pourquoi, comment ?”. Militant centriste depuis 1963, 18 ans de mandat municipal, 11 ans attaché parlementaire à l’Assemblée Nationale, ancien chargé de mission auprès de Jean Lecanuet au Mouvement Réformateur en 1973. Coordonnateur provisoire de l’UDF-MoDem Val d’Oise depuis juillet 2007. Animateur du site Colisee pour l’Europe de l’Est.

colletherve.com

Pour la justice sociale, l’animation

, 18 novembre 2007

Vu 1799 fois | 0 commentaire(s) | Noté 4.8/5 par 04 votant(s)

Face aux pratiques politiques liées à la détention de pouvoir (appropriation, cloisonnement, suspicion, communautarisation…), l’animation sociale intervient différemment pour développer les personnes et les territoires. Elle met en perspective les pratiques pour les harmoniser, elle permet la prise de décision au plus près des personnes, elle favorise la prise de parole par chacun : autant de chemins vers une société plus juste et plus ouverte.

La notion d’animation peut être définie comme une action globale de développement des personnes et d’un territoire, s’appuyant sur la participation des habitants. Nous pouvons l’envisager à deux niveaux :
- Au niveau d’une collectivité de proximité : groupe de jeunes, association de voisinage, quartier, cité, etc. L’animation globale est alors entendue comme une intervention pluridisciplinaire, tendant à répondre à la totalité des besoins du public concerné, et à structurer le groupe en tant que communauté autonome et responsable.
- Au niveau de la société française toute entière. Le concept d’animation globale se réfère à une politique concertée, visant à relier entre elles des pratiques d’animation qui étaient jusqu’à présent sectorisées, et qui avaient tendance à fonctionner en circuit fermé.

A. Un enjeu général d’ouverture
et de partage…

Créer du lien social, dans un cadre national, c’est à mes yeux, favoriser l’émergence d’une société globalement plus juste et plus cohésive, où les différences sont respectées et les divergences aplanies.

L’animation globale doit réussir le pari d’une intégration de tous les citoyens – et de toutes les catégories de citoyens – dans une société française où doivent prévaloir, plus que jamais, les principes républicains d’égalité et de fraternité, quelquefois malmenés par le principe de liberté, perverti par le libéralisme sauvage ou tout simplement l’égoïsme des intérêts particuliers.

Cela veut dire que l’animation globale est un enjeu trop important pour le laisser aux seuls animateurs. C’est avant tout un état d’esprit, que devraient partager l’ensemble des décideurs économiques, sociaux et politiques.

Cet état d’esprit peut se décliner selon des objectifs diversifiés :

a) Reconsidérer les finalités de l’action économique. Il serait caricatural d’opposer un "Tiers secteur", censé pratiquer une économie participative, à un secteur "lucratif", considéré comme prédateur : l’enjeu d’une démarche d’animation globale dans le domaine des biens et des services est en réalité de promouvoir une autre façon de produire et de consommer, quels que soient les statuts des acteurs économiques. Cela passe par une nouvelle conception de la consommation (consumérisme), et par une logique de développement durable (un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs, définition adoptée par les Nations-Unies en 1987).

b) Instaurer une politique de la ville plus intégratrice. La politique actuelle vise, je le rappelle, à coordonner un ensemble d’actions menées par plusieurs ministères différents dans le cadre de leurs politiques propres : mesures en faveur du logement de l’emploi et du développement économique des quartiers, de la sécurité et de la prévention de la délinquance, de l’enseignement scolaire et de la promotion de l’égalité des chances. Elle ne saurait se réduire à l’animation ou la rénovation des "quartiers sensibles", dans le seul but de sauvegarder la paix sociale, ou d’améliorer la qualité de vie de ce qui pourrait apparaître comme un "ghetto". Elle doit s’insérer dans une politique d’urbanisme visant à décloisonner les quartiers et à brasser les populations.

c) Favoriser le brassage social : voilà le maître-mot de la problématique de l’animation globale. Le combat contre l’égoïsme individuel ou collectif ("ethnocentrisme") passe par la nécessité de développer le lien entre les générations (dialogue intergénérationnel), entre les cultures (dialogue interculturel), entre les régions (coopération décentralisée), entre les pays (jumelages)…

d) Réduire les fractures sociales et intégrer (ou réintégrer) dans le concert de la citoyenneté nationale ceux dont les besoins sont mal pris en compte, sont sous-représentés, voire marginaux : accessibilité des personnes handicapées aux services urbains, accueil des nouveaux arrivants, réinsertion professionnelle des femmes ou des chômeurs de longue durée, réintégration sociale et professionnelle des personnes sans domicile fixe, intégration des immigrés...

e) Combattre la solitude en réinventant la solidarité. La solitude a des composantes personnelles. On est souvent seul parce qu’une épreuve physique ou morale vous frappe et que l’on ne peut ou l’on ne veut pas faire appel à d’autres. Mais la solitude prend aussi le visage de l’exclusion : la dureté des conditions économiques et sociales isole, voire rejette ceux qui ne peuvent suivre le mouvement imprimé par les modèles dominants. Si l’on est chômeur ou retraité, on sort du circuit économique. Si l’on est considéré comme "vieux", on sort des circuits du pouvoir, etc. Combattre la solitude, c’est certes consoler, réconforter et ouvrir la personne solitaire sur l’extérieur ; c’est aussi instaurer des lieux où chacun retrouve sa dignité et un positionnement social, notamment grâce à la vie associative.

f) Aider les groupes repliés sur eux-mêmes à s’ouvrir aux autres en combattant le communautarisme sous toutes ses formes.

g) Reconstituer la cohésion sociale des groupes ou des communautés qui se délitent (milieu rural déserté, milieux industriels qui se restructurent, etc).

f) S’ouvrir à l’international dans un esprit d’équité et de solidarité. C’est le tourisme solidaire, c’est la coopération décentralisée sur la base d’un véritable partenariat et non d’assistanat, c’est le développement du commerce équitable.

B. … se traduisant par
des pratiques nouvelles

a) Décloisonner sans uniformiser et sans hiérarchiser

L’animation globale vise à harmoniser des politiques ou des pratiques en les orientant vers un but commun, sans casser leur originalité ni déboucher sur une "pensée unique".

Ce danger est réel. Par exemple, la mise en œuvre de l’intercommunalité a souvent abouti à concentrer les principaux investissements dans les mains de quelques apparatchiks au dépens des communes concernées, ainsi vidées de leurs principales prérogatives.

S’ouvrir sans se vider de substance, se décloisonner sans s’aliéner, chercher des convergences sans uniformiser, cela passe par des procédures, peut être même des codes déontologiques, propres à sauvegarder l’originalité et la richesses des expériences ainsi partagées.

b) Instaurer une véritable démocratie participative

1- Décentraliser les décisions publiques pour que le citoyen et les groupes de citoyens (notamment les associations) soient acteurs de leur propre développement. C’est ici que doit jouer le principe de subsidiarité (wikipedia) : "la responsabilité d’une action publique, lorsqu’elle est nécessaire, doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d’elle-même. Il va de pair avec le principe de suppléance, qui veut que quand les problèmes excèdent les capacités d’une petite entité, l’échelon supérieur a alors le devoir de la soutenir, dans les limites du principe de subsidiarité. C’est donc le souci de veiller à ne pas faire à un niveau plus élevé ce qui peut l’être avec autant d’efficacité à une échelle plus faible, c’est-à-dire la recherche du niveau pertinent d’action publique".

2- Eviter les appropriations de pouvoir. Le danger est que la décentralisation profite à certains groupes, plus armés que les autres. Par exemple, l’instauration de conseil de quartiers est excellente, mais dans beaucoup d’endroits, le pouvoir est exercé par des militants politiques qui en font un instrument d’encadrement social. L’animation globale doit veiller à ce que toutes les catégories soient représentées, et que les minorités silencieuses puissent s’exprimer et être associées dans toute la mesure du possible à la mise en oeuvre des projets qui les concernent.

3- Aider à la résolution des conflits, notamment par la médiation. Le conflit est un obstacle majeur à une démarche participative, car il crée un climat de suspicion, où chacun garde pour soi les informations stratégiques et refuse de partager le pouvoir, par peur d’être écarté des responsabilités qu’il occupe. La médiation est essentielle pour lever les préjugés infondés et proposer des modes de négociation de type "gagnant-gagnant".

4- Former les citoyens à la prise de parole et à l’engagement social. L’essentiel est que le maximum de citoyens osent s’exprimer, soient motivés à s’engager, et soient formés, par des modalités d’éveil et de sensibilisation à l’engagement qui évitent le piège de la manipulation ou de l’endoctrinement. (Les formations proposées dans l’animation socioculturelle classique sont souvent destinées à des citoyens déjà motivés et prennent un caractère technique : animation de groupe, par exemple).

Les chantiers de recherche et d’innovation sont immenses pour tenter de renouveler le tissu social de nos si complexes sociétés occidentales !


Extrait de mon intervention au centenaire de l’Union Française des Centres de Vacances - Ile-de-France, sur "L’animation globale, créatrice de nouveaux liens sociaux dans un monde en mutation" à la Cité des sciences (Paris – La Villette), 17 novembre 2007.

Noté 4.8/5 (04 votants)

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