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François Bayrou à l’Imprévu : le texte du débat

, 15 novembre 2007

Vu 8562 fois | 12 commentaire(s) | Noté 5.0/5 par 09 votant(s)

Réunion chaleureuse, questions franches et cordiales. La soirée a permis à François Bayrou de s’exprimer sur des sujets inhabituels - dont la façon de vivre à l’intérieur du Mouvement.

Ces notes détaillées ont été vérifiées sur la bande son. Elles sont fournies à titre de document. Le texte reste à compléter (concernant la fin de la soirée) et une synthèse à faire, ainsi qu’une version PDF.

Introduction

Quitterie Delmas félicite les personnes venues malgré la grève : "certains ont pris des chambres d’hôtel" ; les cafés démocrates se font sur invitation… publiée sur son blog : "vous êtes tous la preuve vivante qu’internet n’est pas virtuel". Elle mentionne quelques-uns des groupes représentés : "Modem 4.0, Génération démocrate, les Adhérents actifs". -"Nouvelle génération", avec "beaucoup de talents, de compétences nouvelles, … nous sommes tous des citoyens actifs, nous voulons prendre nos responsabilités … Vous avez ouvert une voie …, on est prêt à relever le challengeLe défi est à très très long terme, c’est pourquoi qu’on attache autant d’importance à la construction du Mouvement démocrate. Ça peut paraître un peu bizarre de s’intéresser autant aux statuts, … à ces phases ( ?) un peu techniques. Grâce à elles, nous allons pouvoir construire une maison solide, et … nous souhaitons être chacun d’entre nous, cofondateur du Mouvement Démocrate". Elle demande un débat constructif : "vous pouvez poser une question à François Bayrou ou faire une remarque et, s’il vous plaît, toujours une proposition. On va avoir aussi des questions qui nous ont été envoyées par internet hier, …il y a aussi un liveblogging sur le blog".Applaudissements.

François Bayrou : Merci Quitterie, je suis très heureux d’être là parce que l’entreprise, je ne veux pas dire l’aventure mais l’entreprise, dans laquelle nous sommes entrés, est, selon moi, le seul élément de renouvellement de la vie politique française. C’est une entreprise sans précédent dans les dernières décennies, que celle qui consiste, pour une formation politique… il y a des précédents mais ils sont illustres, anciens - de voir une formation du paysage politique, clairement identifiée dans le paysage, décider de changer profondément son organisation et son mode de fonctionnement, son centre de gravité, parce qu’elle a perçu un mouvement dans la société, des exigences nouvelles, des attentes, des demandes, des interrogations, et elle a conscience que si elle demeurait ce qu’elle était, elle n’arriverait pas à y répondre.


L’introduction par François Bayrou (vidéo dailymotion de "mouvementdemocrate")

Cette conviction pour moi vient de très loin ; elle a été peu à peu exprimée à l’intérieur de l’UDF. J’entends parfois, sur des blogs, parler négativement de l’UDF, probablement par des gens qui n’ont pas suivi son histoire, et qui en sont restés à la première époque de l’UDF : au congrès de Lyon, nous avons décidé par une motion votée à plus de 90% d’être un parti libre, donc prêt à des recompositions dans la vie politique française.

Quitterie a insisté beaucoup sur les statuts, ça compte, et bien sûr je répondrai aux questions de manière extrêmement ouverte, mais pour moi les statuts ce n’est pas l’essentiel, mais pour moi l’essentiel c’est le projet de société. Si nous n’avions que les statuts comme préoccupation, nous serions dans une espèce d’enfermement sur nous-même, la question ce n’est pas les règles du jeu entre nous, la question c’est la transformation du monde. L’article dans la revue Commentaire a été mon travail de l’été.

L’été, entre nous n’a pas été agréable ni facile ; après avoir tutoyé des performances exceptionnelles, elles aussi sans précédent dans la vie politique française, se retrouver dans la crise, c’était un moment difficile humainement.

Les années que nous allons vivre sont forcément des années difficiles parce qu’on n’a pas les moyens financiers, parce qu’il faut qu’on se découvre les uns les autres ; parce qu’une vague à l’intérieur de l’UDF se demande qui sont ces gens qui nous envahissent et parmi les nouveaux militants, qui sont ces gens qui veulent garder le pouvoir. à mes yeux ni l’un ni l’autre n’est vrai, je ferai en sorte que ni l’un ni l’autre ne soit vrai.

Je vais vous surprendre : je considère comme une immense chance qu’il y ait une jouvence venue de la part la plus active, engagée, responsable à mes yeux, de la société française, c’est une immense chance pour ce courant démocrate ou démocratique qui vient de loin ; mais c’est une immense chance pour cette jouvence que d’avoir un passé. Un passé qui remonte à beaucoup plus loin que beaucoup ne le croient, il y en a qui croient ce courant né avec Giscard : ça remonte avant la guerre, c’est dans cette famille qu’on a trouvé les gens qui ont dit "non" aux accords de Munich, c’est un jeune agrégé d’Histoire-Géographie de 28 ans qui s’appelait Bidault qui a signé cet éditorial dans L’Aube sur les accords de Munich : "quand il s’agit de dire non, le meilleur moment c’est le premier" - alors que toute la France acclamait Daladier d’avoir trouvé cet accord avec Hitler, accord dont Daladier savait ce qu’il était. En montant dans sa voiture, acclamé par la foule, il a murmuré "les cons".

C’est dans cette famille qu’il y a eu parmi les plus engagés dans la Résistance. Et je ne fais pas différence entre les inspirations humanistes chrétiennes, humanistes laïques, démocrates en tout cas : ils s’appelaient démocrates déjà, c’est dans cette famille qu’il y a eu le plus de gens (malgré leur petit nombre) pour refuser les pleins pouvoirs à Pétain. Le premier président du groupe "Parti démocrate populaire", Auguste Champetier de Ribes, il y a d’ailleurs des militants de ce nom dans notre famille, était député de ma circonscription.

Je suis le défenseur de ça, je suis le chaînon, non pas le missing link mais le present link, le chaînon actuel, qui va essayer la transmission de ce patrimoine à la première génération de militants du XXIème siècle, que vous êtes. Je suis très fier de ça.

Bien sûr je répondrai à toutes les questions sur les statuts, le règlement, toutes ces affaires-là, le règlement du congrès, de la manière la plus ouverte possible parce que, pour moi, rien n’est arrêté. Ce matin encore on a eu des réunions avec Corinne Lepage, avec Marielle, où toutes les deux ont proposé, avec un certain nombre de gens, des amendements,… et comme je m’y étais engagé en répondant à des blogueurs, des e-forums participatifs où il paraît qu’il y a plus de 1000 contributions, m’a écrit une jeune femme de Toulouse juste avant que je vienne, Malika elle s’appelle cette jeune femme ? Bien sûr j’accepte tout ça, mon idée est que nous arrêtions un texte corrigé d’ici 2-3 jours, et si vous avez des gens de confiance je vais leur montrer tout ce sur quoi on est en train de travailler…

Il y a deux ou trois choses sur lesquelles je ne transigerai pas. Je veux un parti unitaire, je n’accepterai pas un parti à courants. Je comprends très bien Cap21 : c’est une petite organisation, j’ai pas envoie d’écrabouiller tout ça, si Cap21 veut que son identité soit respectée c’est parfait, mais je ne veux pas de parti à courants ; sinon toute l’énergie est concentrée sur les luttes internes. Si quelqu’un a milité aux Verts, il sait ce que je veux dire.

Beaucoup m’ont écrit - je réponds le plus souvent possible, même très court : il faut que nous appliquions à l’intérieur les propositions que nous faisons pour le monde politique français. Je crois que c’est une fausse symétrie. Dans le monde politique français, on doit organiser le pluralisme, la confrontation des opinions. Mais nous, notre premier devoir est d’être un commando pour transformer la société française. Peut-être quelques-uns d’entre vous auront lu dans Le Monde une interview, que j’ai trouvée absolument passionnante, de Alastair Campbell, le type qui a fait la victoire de Blair : je suis frappé quand je regarde la vie politique française, dit-il aux socialistes français, vous parlez de vous-même au lieu de parler des gens. Parlez des gens. Si vous présentez vos divisions en façade, vous êtes morts.

Nous devons faire de la cohésion plus que de la division. Et cibler avec précision tous les gens dont les attitudes conduisent à la division plutôt qu’à la cohésion. Parce qu’on est un commando, même si on est 60000. Nous sommes moins de 1 pour 1000 de la société française, on peut arriver à 100000 assez vite,… Mais si, à 1 pour 1000, au lieu de bâtir votre cohésion, vous passez votre temps à exposer vos tensions internes… Des fédérations - très peu nombreuses - multiplient les articles dans la presse pour expliquer que leurs copains sont des cons, pardon, des ringards : ça ne va pas faire changer la société française !

Nous avons devant nous un défi planétaire : la confrontation entre notre société et la mondialisation. La mondialisation est un fait et aussi une idéologie. Ma lecture de cette affaire, c’est que la mondialisation est dominée par le modèle américain version néo-conservatrice, dont l’essence est : les inégalités croissantes. C’est la première fois, depuis un siècle et demi, qu’on accepte cette idée que les inégalités peuvent croître : jusque-là on avait vécu avec l’idée que plus de progrès, c’était moins d’inégalités. Que la situation des plus défavorisés allait [s’améliorer]. je crois qu’on peut prouver que désormais, dans ce modèle-là, les inégalités, au lieu de décroître, vont croître. Sous l’effet de deux choses : les enrichissements extrêmement rapides, quelquefois en quelques jours notamment dans le domaine boursier, et la transmission de ces fortunes grâce au dumping fiscal. Raison pour laquelle à mon sens, l’Europe fiscale est un impératif absolu.

Je crois qu’on peut proposer dans cette mondialisation un autre modèle, de justice croissante. Un modèle qui mette, au-dessus de l’argent roi, d’autres valeurs. Et vous voyez que là je suis en confrontation avec Nicolas Sarkozy directement - ce matin un Monsieur est venu me congratuler "mais on voit bien que vous n’aimez pas Nicolas Sarkozy". Je n’ai pas la moindre réticence de personne ! La raison pour laquelle je n’ai pas voté Nicolas Sarkozy, c’est que je ressens une contradiction profonde entre son système de valeurs et le nôtre, sur le projet de société, et sur le mode de gouvernement.

Chacun des mouvements que j’ai dirigés s’appelait démocrate, parce que je crois que la question c’est celle de la responsabilité du citoyen. Soit vous faites de la com’ et vous bâtissez l’hyperprésence médiatique, soit vous considérez le citoyen comme conscient et responsable. C’est un modèle de société différent.

Le modèle de société que nous avons à construire, c’est plus important que les statuts. Je vais maintenant répondre à toutes les questions.

Questions / Réponses

Q : Jean-Eric Branaa, maître de conférence à Paris II Assas, j’arrive de Montrouge. C’est représentatif de ce qui se passe dans beaucoup d’endroits. On a un maire qui est parti de l’UDF au NC, on s’est sentis trahis, on est partis avec une section où restait 1 adhérent, on est 45 au bout de 3 mois.Ça veut dire qu’il y a une envie de vous suivre ! On va faire quelque chose de très bien si on arrive à faire notre liste, elle est prête depuis un mois, avec son financement, mais les autorités départementales nous invitent à accepter trois ou quatre places sur la liste de notre ancien maire (M. Jean-Loup Metton), ce à quoi je ne me résous pas ! Ça s’est passé dans beaucoup d’endroits de France … Je vous fais passer notre tract qui a fait revenir 45 personnes dans la section de Montrouge … Si le Nouveau Centre conduisait notre liste, ces 45 personnes repartiraient chez elles et le Mouvement mourrait de l’intérieur.

François Bayrou : la situation des Hauts-de-Seine n’est évidemment pas la plus cool qu’on puisse rencontrer dans notre maillage territorial, parce que Santini and Co. Et je pense que Jean-Loup Metton était de cette sensibilité-là. Alors, moi, un je vous encourage à continuer, deux je vous encourage à faire preuve de persuasion (j’allais dire de pédagogie mais le mot suppose qu’on s’adresse à des enfants, j’ai cherché dans mon dictionnaire grec j’ai trouvé téléiagogie… ceci n’a aucune importance pour la suite !)… L’organisation départementale, ils ont vécu 20 ans de vie commune avec ceux qui ont changé d’affiliation, faut comprendre que ça crée des liens, de mener 20 ans de batailles contre le RPR, ce n’est pas rien. Puis certains, pour qui je n’ai pas d’indulgence ont baissé les bras, et comme c’étaient des leaders d’autres les ont suivi, dans la panique que les électeurs les quittent. Je suis pour faire preuve de compréhension, ce passé n’est pas tout à fait rien, ce sont des gens qui ont signé pour moi à la présidentielle, je ne les prends pas pour des traîtres de bas étage. Je suis pour aller de l’avant sans mot offensant.

Essayez de construire des choses positives et constructives, toujours en reprenant Alastair Campbell : parlez des gens (applaudissements), de leur vie, de ce qui se passe à Montrouge, de la propreté des rues, de la sécurité.

Nicolas Julien : je travaille pour le service de l’eau à Paris. Vous nous avez expliqué pendant la campagne qu’on ne réformerait pas les uns contre les autres mais avec des gains mutuels, j’adhère à votre message de ce soir vraiment très fort. Je suis "UDF historique" (François Bayrou : au Congrès, on en aura besoin !) et ravi d’un parti unitaire, notamment pour la dimension environnementale. Quelle place faites vous au défi environnemental dans les défis du monde ?

François Bayrou : le défi environnemental ce n’est qu’un aspect du défi du développement durable. Qui doit être la clé de voûte de ce que nous avons à construire. La dette, c’est du "durable", du sustainable : nous ne pouvons pas bâtir un modèle de développement sur l’exploitation des générations qui viennent. Parce que c’est ça qu’on fait ! non plus l’exploitation des esclaves ou des travailleurs manuels, mais l’exploitation des générations qui viennent.

Raison pour laquelle je ne veux pas un courant écologique à l’intérieur. Que Cap21 se sente particulièrement investi, comme ceux qui viennent des Verts, Bennahmias… comme après tout des gens chez nous : d’où vient le courant écologique ? j’étais, jeune, militant chez Lanza del Vasto, et il y avait au CDS un courant écologique, notamment avec Philippe Saint-Marc et Jean-Marie Pelt, etc., qui sont mes amis et camarades … [courant] que peut-être on n’a pas su faire fleurir, mais c’est un patrimoine commun. Et l’environnemental est l’aspect le plus sensible de cette durabilité.

Karim-Pierre Maalej, jeune diplômé ingénieur, militant aux Jeunes Européens. Vous connaissez la tribune de Corinne Lepage à ce propos : je voudrais que le Mouvement Démocrate soit un vrai parti écologiste, là-dessus je rejoins les critiques de Mme Lepage, je voudrais que l’écologie soit beaucoup plus en valeur que dans la Charte des valeurs qui est proposée.

François Bayrou : J’ai proposé un brouillon à partir de toutes les contributions, il y a un article sur l’écologie, je l’ai fait en lisant toutes les contributions avant Seignosse et j’ai essayé de rédiger en une page. Mais tout amendement est ouvert. J’en reçois de Centr’égaux sur la non-discrimination, ça me paraît tout à fait recevable et ouvert. De la même manière, si vous voulez mettre davantage en valeur la démarche écologique ou "durable", faites-le, c’est votre affaire - un peu la mienne, j’assume ! je me sens fondateur en effet ! mais c’est complètement ouvert.

Benoît Charvet, étudiant à Sciences Po, ma question sera en trois points :
- 1- À Uzès, on trouve que le prix du Congrès est élevé, avec train+hôtel ça fait 350 € pour le week-end, si on peut descendre le prix pour les étudiants de plus de 25 ans et chômeurs…
- 2 - Il faut être exemplaires, la presse commence à parler de ce qui se passe, on n’a pas le droit à l’erreur sur les statuts. Il faut que la presse titre un bilan très positif de ce qui s’est passé, de cette phase de dialogue - et ensuite, dès la fin du Congrès, travailler sur un projet, avec des forums.
- 3 - Qui seront les membres fondateurs ? (Cf. article 1 des statuts).

François Bayrou : Tous ceux qui nous disent "j’ai des difficultés économiques" (on va pas aller faire une enquête !), le Congrès sera pour eux à 0 euro. Pour nous c’est un effort, que nous voulons partager avec ceux qui n’ont pas ces difficultés.

On n’a pas d’argent, vous le savez bien. Notre budget sera quelque chose comme 30 fois inférieur au budget de l’UMP, et ils ont, en plus, tout l’État. Le PS va être très haut aussi.

Marquer des points malgré ce défaut de moyens, ça va demander beaucoup d’efforts pour tout le monde ! On a peu de salariés, on en aura peu.

Le Congrès sera à 0 euro … mais on ne peut pas prendre les voyages en charge.

Exemplaires [sur les statuts] ? On va essayer de trouver des modèles, notamment pour tous ceux qui ont sur internet, Je n’oublie pas ceux qui n’y sont pas, et pour eux on va demander des efforts, on va s’adresser à eux sous forme de journal papier, et pas sous forme de journal de pub, on va essayer de les faire participer tous. Je veux essayer de faire quelque chose de participatif, je crois que le modèle wiki peut servir pour bâtir un projet. On va mettre en place des groupes de travail qui auront faculté de rayonner sur toute la France, sur tout sujet, et la création de groupes de travail sera de droit.

Ce matin, Corinne Lepage et Marielle ont proposé ensemble que le Bureau politique puisse être saisi par les militants des questions qui les intéressent. Obligé d’avoir une délibération publique. Ce sera reconnu dans l’état du projet de statut que nous arrêterons demain. Donc, un droit de saisine.

Et on va remonter par rapport au projet initial, le nombre de militants ou adhérents élus à la proportionnelle, par rapport aux représentants des élus (applaudissements). Cela dit il est normal qu’on ait des élus, si non on n’aura pas des maires ruraux, on a besoin des représentants des zones moins peuplées. Donc il y aura quand même un collège d’élus si le Congrès en décide ainsi.

De la même manière, l’exécutif, je plaide pour sa cohérence, sinon on n’est pas un commando, mais il engagera sa confiance devant le Bureau (applaudissements), il y aura un vote de confiance. Tout ça, on l’a fait évoluer à partir des réflexions des uns et des autres, parce qu’on est de bonne fois.

Quelquefois, je lis "ils veulent confisquer le pouvoir", je pose une question naïve "quel pouvoir ?" (silence). Il n’y a aucune confiscation du pouvoir possible - pour l’instant ! (rire général)

Et pour tout ce qui est de l’avenir, des investitures aux élections à venir, tout ça, vous allez écrire avec nous les règles.

Question : Quand, comment ?

François Bayrou : On va mettre en place une commission ouverte, dans laquelle, il y a derrière les européennes, les législatives, les régionales…, dans laquelle vous allez pouvoir écrire les règles. Je me permettrai de dire un mot (quelqu’un : d’accord).

À Lyon on fait une consultation qui est, comment on appelle ça, un "vote de valeurs", ça c’est novateur (applaudissement).

Pour toutes les élections à venir, vous allez écrire les règles.

Parce que je pense que le vote n’est pas tout dans la démocratie (quelqu’un : "c’est un des fondements"). C’est un des exercices (la même personne : "ah oui - nécessaire"). Nécessaire, mais un des modes. Pour moi, la démocratie, c’est conscience et responsabilité. C’est un processus d’accouchement. (la même personne : "et un état d’esprit, on est bien d’accord").

Une Commission qui va être mise en place, je crois, et vous allez pouvoir en écrire toutes les règles, et elle seront adoptées en Conférence nationale, c’est à dire à plusieurs milliers.

Les membres fondateurs [du Mouvement Démocrate], ce sont les adhérents à jour de cotisation, plus l’UDF, plus Cap21. Pourquoi ? Beaucoup dans l’UDF et dans Cap21 disent "on ne veut pas jeter le mouvement à la poubelle", les uns ne veulent pas être oubliés, les autre ne veulent pas être écrasés par le nombre.

Je crois que toutes ces craintes sont vaines, mais il va faut les prendre en compte. Donc pour la première période de trois ans avant le deuxième Congrès, UDF et Cap21 demeureront des entités membres fondateurs, mais "un homme, une voix". C’est mon engagement. Dans un premier temps, on avait imaginé un contingent de places réservées, je suis prêt à abandonner cette idée (appl., "nous on est prêt", "bravo !"). Cap21 dit : "nous, ça va susciter des craintes" : on peut en réserver quelques-unes pour Cap21. Tout ça est de bonne foi.

Jean Arthuis qui [auparavant] disait "il faut absolument garder l’UDF", a dit au dernier bureau politique : "bon, après tout, on y va ou on y va pas, mais si on y va, il ne faut pas garder des places garanties". Vous voyez que tout ça, si vous décortiquez, ce sont des peurs et des fantasmes. Il a quelqu’un dans son département qui signe des communiqués MoDem dans le journal, alors il a pris des boutons…

Il n’y a pas d’enjeux de pouvoir, peut-être pour la fonction de président ? eh bien on vote. Pour le Bureau, on se fera élire ? Tant mieux, il y aura de la légitimité. Dans le Bureau politique précédent, il y avait un déphasage par moments entre le Bureau et le terrain. Très bien !

Si l’on veut toutes les séances du Bureau politique publiques sur internet, je suis d’accord, ouvert. Ce sont des amendements du groupe de travail que Marielle et Corinne ont bâtis ensemble, et Bariani était là, il a dit OK !

(Quelqu’un : "woh !". Question dans la salle : "Cavada ?")

François Bayrou : Jean-Marie Cavada, je fais une phrase : vous voyez bien qu’il y a là un choix stratégique fondamental. Ou nous proposons dans les grandes villes une démarche politique nouvelle et originale, alternative aux deux autres, alors on fonde le Mouvement Démocrate, ou on décide que c’est une variante de l’alliance UMP, auquel cas on rentre à la maison, moi en tout cas ! Sinon c’était pas la peine de faire tout ce chemin-là ! Marielle a proposé de faire voter les adhérents de Paris. J’ai trouvé sa proposition judicieuse, je ne sais pas si on la maintiendra.

(Question lancée dans la salle : et pour le second tour ? on fera voter les adhérents ?)

François Bayrou : Le second tour, peut-être vous en discuterez ensemble ? Je ne suis pas candidat à Paris !

(Salle : "et à Pau ?")

François Bayrou : Je vous promets que si j’avais des choses à dire sur le sujet, ce ne serait pas ici.

Question : Toujours pour en rester sur les statuts, et après on en termine là-dessus (salle : "non !"), je vais te donner une réaction du petit militant modem du 14ème que je suis : quand je les ai reçus, un copain me les a envoyés par mail, j’ai cru que c’était une blague ! la copie conforme des statuts de l’UDF ! C’est pas possible que François Bayrou, que je connais, que je soutiens, puisse nous envoyer des statuts pareils ! Je suis extrêmement déçu, je croyais qu’on était partis pour inventer le mouvement du 21ème siècle ! Un ’remake’ des statuts de l’UDF, je n’ai pas compris. Tu me rassures un peu en disant "tout est ouvert"… mais purée…

François Bayrou : Propose !

L’auteur de la question : On s’enferme tous les deux 4 h dans une salle, on les fait !…

François Bayrou : Moi je ne me suis pas enfermé 4 heures, c’est pas moi qui ai fait le premier projet… Marielle a engueulé les gens qui ont rédigé le premier projet en disant "ça ressemble trop …", mais je prends à témoins ceux qui ont travaillé sur le forum participatif. Ils sont sortis avec quelque chose qui n’est pas réellement différent ! Les propositions de Marielle de Sarnez et Corinne Lepage ce matin sont bien plus en avance ! Les statuts d’une association, même la plus révolutionnaire, se ressemblent tous un peu.

Il y a deux fonctions des statuts :
- une fonction de représentation de la base adhérente, ce sont les instances délibératives jusqu’au Bureau,
- une fonction, je ne veux pas dire exécutive (c’est pour un État), mais de leadership, d’orientation, c’est le Président et l’équipe qui l’entoure : je me bats pour que ça soit cohérent. Contrôlé par un vote de confiance, mais cohérent.

Après, on peut faire 1000 articles,…

La Conférence nationale, c’est quoi ? un Congrès permanent. Les partis anglais font une conférence natioanle une fois tous les ans à date fixe, je souhaitais qu’on fasse pareil… (quelqu’un : "on a perdu du temps !") C’était dans les statuts [première version], tu ne l’as peut-être pas lu ! L’aspect était rébarbatif, mais quelquefois sous un visage rébarbatif il y a un cœur d’or !

Question : Quand on parle de développement durable, ça pose la question de notre relation vis-à-vis des pays en voie de développement, c’est aussi important que l’écologie.

François Bayrou : 10000% d’accord. J’ai été de ceux que le discours de Dakar a étendus pour le compte. Je n’aurais imaginé qu’ un Président de la République française puisse prononcer un certain nombre des phrases qui ont été dites là. C’est un moment très inquiétant de cette période.

Dans "développement durable", il y a le développement de ce qui n’ont pas encore accès au développement tel que nous l’entendons. Il y a le processus de développement. Je ne peux que vous inviter à être parmi ceux qui participeront à écrire le projet - qui ne peut pas se limiter à écrire "on va donner 0,7% du PIB".

Dominique Bied, en charge du dossier transports à Cap21. Il faut qu’on trouve un support philosophique à ce que vous dites sur les inégalités, je pense à John Rawls qui a écrit la "Théorie de la justice". Les inégalités ne sont pas choquantes si chacun à la possibilité de vivre dignement là où ils est. Il y a en France 10-15 millions de gens qui comptent à 1€ à la fin du mois, c’est scandaleux. J’ai lu un article qui dit : le décrochage de pans entiers de l’économie, c’est pas les 35 heures ou l’euro, c’est la perte de confiance entre les gens.

Dernier point, je suis de Rouen, et pour les municipales, il y a une pilule difficile à avaler.

François Bayrou : Je vais commencer par John Rawls, c’est plus facile. Moi, ce qui me tracasse dans cette question, c’est ceci. Ce que je vois dans le projet de société de Nicolas Sarkozy, le modèle néo-conservateur, il ne faut pas le prendre à la légère. Il est extraordinairement performant, parce qu’ils ont théorisé le fait que l’inégalité est un moteur surpuissant, qu’il n’y a pas de moteur plus puissant que l’aspiration des gens à accroître leur patrimoine, leur niveau de vie, leurs moyens d’action, leur argent. Que c’est ce qui fait le plus vite avancer la société.

Moi, je trouve tout à fait vrai votre deuxième point sur la confiance, je crois comme vous que la société de justice est le but à atteindre. Pour cela il faut que nous réfléchissions : quel est le moteur de la société de justice ? Je veux trouver, formuler, libérer, débrider ce moteur. Confiance, confiance pour ses enfants, on est toujours dans le durable, je crois que ce peut être un moteur, mais nous n’en sommes qu’aux prémisses de la réflexion. Le jour où on trouve cette réflexion, je vous promets que nous gagnerons en France et partout en Europe.

Maintenant, les municipales. Je n’oublie pas le parcours que j’ai fait avec Albertini, voilà. Je crois qu’il s’est trompé pour lui-même, en multipliant les embrassades avec Sarkozy le lundi quand il me recevait le vendredi. C’était une erreur de cohérence. Est-ce qu’on doit couper tout lien avec les gens parce qu’ils ont fait erreur de cohérence un lundi, sous la pression ? Personne ne mesure ce que c’est que l’élection présidentielle, c’est un maelström, une espèce de vague, de tsunami… parce qu’en France la question politique, ce n’est pas "qu’est-ce que tu penses", "comment faire pour garantir la place de tes idées et de tes amis", c’est "sur quelle case vas-tu mettre tes jetons ?". Sur la bonne case, tu gagne le gros lot, sur la mauvaise case, tu crois que tu perds tout. La pression est telle (…), la menace contre ceux qui ne sont pas dans le bon camp, l’attrait des agréments qu’on croit que le pouvoir propose …

Il faut une grande force de caractère pour résister à tout ça, surtout que vous recevez dix coups de fil du candidat sélectionné pour le deuxième tour, … Si j’avais été au deuxième tour, ça aurait été pareil ! (dans la salle : "pas pour nous"). Pour moi non plus, je n’aurais pas fait le discours de Dakar ! Mais le même mécanisme aurait joué, celui des grenouilles qui cherchent un roi. C’est un des problèmes majeurs de la Vème République, elle conduit les responsables politiques à la servilité, même les âmes qu’on croyait les mieux trempées. Dans le combat que je mène pour les institutions (vous savez l’insatisfaction que j’ai à l’égard des propositions Balladur), un de mes buts principaux, c’est celui-là, des institutions qui conduisent à la responsabilité et non à la servilité (applaudissements).

La situation de Rouen, j’en parlerai avec les Rouennais, nous en parlerons avec les Rouennais. Je sais faire la part d’un moment où même des responsables politique ne sont pas tout à fait en situation d’équilibre de sang-froid. J’en parlerai avec les Rouennais : et les Rouennaises, car j’ai cru comprendre qu’il y avait quelques Rouennaises

Question : Il faut que la tête de liste Modem adhère aux valeurs dont nous avons parlé au début de cette réunion !

François Bayrou : Ce n’est pas le problème, je suis absolument sûr que Pierre Albertini peut signer tout ce que j’ai dit ce soir. Le problème, c’est de la tactique.

Guillaume Labaque, Tours, nouvel adhérent : Nous partageons tous complètement ce message d’union UDF-Modem, mais sur le terrain, c’est plus compliqué ! Vous dites qu’il n’y a pas de pouvoir à prendre, mais au niveau local, pour être conseiller municipal d’une ville de 2500 habitants il y en a qui tueraient père et mère !

En Indre-et-Loire, nos responsables nous disent qu’on sera allié à Loches avec l’ancien chef de cabinet de Madelin, pourquoi pas, à Langeais avec le PS dès le premier tour, pourquoi pas, mais aucune de ces alliances n’est sur la base de projet ! Nous n’avons aucun projet ! Ce sont deux-trois personnes par ville qui vendent l’étiquette modem pour entrer sur les listes ! Je crains que ça ne se passe comme ça un peu partout en France. On va perdre énormément de crédibilité. Nos adversaires et les médias nous attendent sur le terrain "on est opportunistes", on n’est pas opportunistes !

François Bayrou : Eh bien écrivez les valeurs ! Et tournez-vous vers les instances en disant : "j’ai écrit les engagements et les règles"…

Guillaume Labaque : ils ne répondent pas à mes mails

François Bayrou : Une règle, j’en ai une à suggérer, je l’ai dit à Seignosse. Nous imposons à toute équipe où nous acceptons d’entrer, le devoir de pluralisme. Celui qui est élu s’engage à partager les responsabilités, y compris exécutives, à quelques-uns de ceux qui n’ont pas été élus, s’ils acceptent. Parce qu’une ville, une communauté n’appartient pas à sa majorité.

Question dans la salle : ça ne ressemble pas à du Sarkozy ?

François Bayrou : Sarkozy, il ne fait pas du rassemblement mais du débauchage dans un parti pour mettre le parti en difficulté. Je souhaite qu’on dise : nous avons un exécutif, nous vous proposons une place dans cet exécutif. C’est une vocation de transparence. Pour moi, le cercle fermé de ceux qui ont gagné une élection est trop restreint.

C’est un des critères ; il y en a d’autres, le durable, l’environnemental, l’éducation qui devrait être la priorité des priorités, sur la culture, les transports en commun, les déchets,… Ce n’est pas des sujets de "majorité contre minorité". Il y a une majorité parce qu’on élit un maire …

"David" pose les "question internet" :

Il y a eu beaucoup beaucoup de commentaires et de questions, beaucoup beaucoup de questions sur la construction du Modem. Beaucoup de remerciements pour Quitterie (applaudissements). [Parmi] les questions concernant la construction du Modem, trois choses reviennent :
- statut et règlement intérieur
- cumul des mandats,
- innovation, expérimentation et e-democratie.

Benoît a cité la pétition des "adhérents actifs" et pose une "question simple" : "quelle est la date réelle butoir pour transmettre des projets d’amendement ?"

Et Francis, de Lyon : "les statuts se réfèrent à un règlement intérieur : comment les adhérents peuvent accepter de débattre sur les statuts sans avoir vu le règlement intérieur, notamment sur l’article 19 ’investitures’. Ce serait un chèque en blanc, ce qui n’a pas de sens pour la démocratie ?"

Une affirmation claire créerait la confiance, beaucoup de Français attendent le Congrès et peuvent adhérer au Mouvement.

François Bayrou : on est le 14, j’avais dit le 20, ce sera le 20. Tous les amendements sont lus et examinés, donc jusqu’au 19 on peut proposer des évolutions du texte. Nous les mettrons en ligne au fur et à mesure. Le règlement intérieur sera en ligne à la même date, peut-être même après-demain, je propose qu’on le relise à quelques-uns, il n’y aucun piège dans tout ça.

Q- Le règlement intérieur est amendable ?

François Bayrou : tout est amendable.

Virginie Votier : Le Règlement Intérieur est voté à la Conférence nationale, selon l’article 24 ?

François Bayrou : On va le supprimer, on va voter le Règlement Intérieur en même temps, simplement il y a la hiérarchie des normes : grandes règles dans les statuts, fonctionnement dans le règlement intérieur.

Marie-Isabelle Pichon : Déléguée Jeunes du 14ème, 7 ans à l’UDF. Un petit reproche sur les statuts : il y a peu de clarté dans la composition du comité exécutif. Si j’ai bien compris, c’est vous, le Président, qui le désignez.

François Bayrou : avec un vote de confiance, un engagement de responsabilité devant le Bureau.

Marie-Isabelle Pichon : Je vois ça comme un shadow cabinet, ce serait une très bonne idée, si les personnes prennent en charge des thématiques précises, ça fera émerger des compétences, des nouvelles têtes. (applaudissements)

François Bayrou : Je défends le principe de cohérence pour l’exécutif. Ça doit être un lieu d’action. Si chaque semaine vous trouvez dans le journal l’écho des divisions, quelquefois tendues, que vous avez dans l’exécutif - alors (Alastair Campbell) vous êtes mort. Au fond, c’est comme un gouvernement.

Il y a deux fonctions dans une équipe comme ça : les fonctions transversales - animation, engagement, fonctionnement …- et les fonction thématiques, shadow cabinet. Le schéma que vous proposez est juste, c’est très bien qu’on fasse émerger de nouvelles têtes. Des gens qui animeront des commissions.

Virginie Votier : Ce serait une innovation par rapport à l’UDF.

François Bayrou : Je ne le faisais pas à l’UDF parce que, dans cette période déjà pas facile, on avait plusieurs spécialistes de chaque domaine, de l’économie, du social, des finances… Je ne voulais pas trancher, ou en tout cas choisir les uns et écarter les autres, parce qu’ils avaient traversé le désert, un premier désert… Ça m’embêtait de faire ce tri. La configuration étant un peu allégée, peut-être qu’on peut !

Michel Hinard : informaticien dans un cabinet d’audit à Neuilly-sur-Seine, habite Rosny-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, je voudrais apporter un témoignage d’espoir. Sympathisant CDS depuis 30 ans, j’ai pris ma carte UDF 2006 puis Modem, en Seine-Saint-Denis on a eu un traumatisme (le départ de Jean-Christophe Lagarde) qui a été finalement une bonne chose, nous a permis de nous fédérer, entre internautes au départ, et finalement de remonter quelque chose. Je remercie Nicole Rivoire, qui fait ce qu’elle peut !

Le maire de Rosny-sous-Bois pose beaucoup de problèmes, mais je ne vais pas étaler ça. J’ai été coopté au bureau fédéral… Tout n’est pas rose : il y a de vieilles habitudes de vieux élus qui n’avancent pas. Mais je veux dire l’espoir que le Modem va finir par émerger.

Alain Jinoui ( ?), Modem Rungis, étudiant. J’ai beaucoup apprécié votre opposition à l’argent-roi et à notre dérive oligarchique. Je voudrais vous parler d’un problème français : on ne fait pas le lien entre les compétences de la Recherche, et celles financières et commerciales. Dans la recherche pharmaceutique ; beaucoup de chercheurs ont beaucoup d’idées mais ne s’assument pas commercialement comme c’est le cas aux Etats-Unis.

François Bayrou : C’est très juste, que la recherche soit du développement chaque fois que nécessaire, ça fait partie de la créativité de la société. Les libéraux américains disent : creative society.

Farid Taha, de Compiègne : chirurgien le matin, chercheur l’après-midi, il m’est arrivé de coller des affiches le soir ! Adhérent UDF depuis 2002, venu du PS, je me sens très bien dans le MoDem actuel. J’ai été particulièrement déçu de voir que tout le temps où ça bouillonnait sur interne, nous ne vous serviez pas de ce mouvement là. Ce qu’on est en train de faire, avec Michel Hinard, Virginie Votier, d’autres personnes de Rouen ou d’ailleurs, c’est pas des contre-propositions, c’est construire avec vous des statuts.

François Bayrou : Absolument.

Farid Taha : Je suis déçu d’avoir très peu de temps pour participer ! pour élaborer quelque chose de plus constructif ! à l’avenir, s’il vous plaît, donnez-nous plus de temps pour construire des trucs intelligents.

François Bayrou : Je suis très sensible à ce que vous êtes et à ce que vous dites : de grandes compétences, expériences humaines, avec le bouillonnement qui veut apporter quelque chose.

Il y a eu une période pendant l’été, après des législatives dans des circonstances difficiles matériellement et psychologiquement, en juillet-août on était plutôt dans une ambiance de mettre du sparadrap sur les plaies parce que l’organisation avait fichu le camp. On aurait pu réagir mieux, plus vite, le Zénith était formidable… mais les êtres humains ça a besoin de digérer.

Mais dès septembre, on a été dans le processus, avec Seignosse qui nous conduit là ; processus non pas tactique mais stratégique : associer des milliers de personnes à l’élaboration d’une maison, d’une architecture. Mais bon, on ne pouvait pas attendre plus de temps pour le Congrès, pour être en état de marche, des gens nous disent "le Modem ça n’existe pas".

Un cadre local me dit l’autre jour : "à l’UDF, nous avons pris la décision…" Je lui dis "écoute, mon vieux, il y a aussi des MoDem !", il me répond "le Modem n’existe pas !" Ça va exister.

Virginie Votier : Farid parle de groupes, Les Jeunes Libres, les adhérents actifs, Génération démocrate, l’Avenir en VO

François Bayrou : Il y a ProModem dans les Pyrénées-Atlantiques, il faudra que vous me fassiez la cartographie.

Karima Bouache, étudiante en master d’histoire Paris 13 (93) : Depuis la création du MoDem, je suis assez désemparée. Vous aviez dit dans les meetings qu’il était primordial de représenter convenablement la jeunesse ; mais dans mon entourage, beaucoup de jeunes vous soutiennent, mais à part venir sur le net, sur le site de Quitterie ou le vôtre officiel, on ne sait pas à qui s’adresser ! Mon député est Jean-Christophe Lagarde, j’ai voté pour lui pensant qu’il allait s’allier à vous et finalement non, ça a été un gros traumatisme pour moi. Concrètement, comment vous comptez, à l’approche des municipales, représenter cette jeunesse qui vous soutient ?

François Bayrou : l’enjeu du Congrès à partir du 2 décembre - ça a été assez vite, c’est la date où j’annonçais ma candidature l’an dernier devant ce paysage pyrénéen - ne croyez pas que j’aie la pression du 2 décembre ! à partir du 2 décembre on va être organisés partout j’espère ! Michel va vous répondre pour la Seine-Saint-Denis …Quand à Jean-Christophe Lagarde, je l’ai rencontré il y a trois semaines, il m’a dit "le temps est long …" peut-être qu’il n’est pas si long, quand on le dit long.

Michel Hinard : il y a une section Modem à Drancy, qui compte bien mener une liste Modem aux municipales.

François Bayrou : Très bien !

Noka ( ?) : Recruteur de jeunes en banlieue, je suis originaire du Havre et d’origine étrangère : on se sent abandonnés, a fortiori en province, dans une ville de droite, c’est l’abandon total. Pensez-vous mettre en place des choses dans les quartiers, avec des gens qui vont parler aux jeunes ? J’ai voté pour vous au 1er tour, j’ai pas voté au second tour, trop de déceptions… Beaucoup de jeunes comme moi ont voté PS… Je viens d’un milieu modeste, tous les gens dans ma situation aspirent à mieux, celui qui dit qui ne veut pas gagner plus d’argent c’est un menteur … et en même temps ils aspirent à mieux pour les autres qui restent, je veux aider les gens qui sont en bas. Donc je suis au milieu. Au niveau de la communication, qu’est-ce que vous allez faire ?

François Bayrou : Je peux signer tout ce que vous avez dit. Ça va être dur pour les échéances électorales proches, mais en même temps il y a plein de lieux où on va faire émerger des équipes nouvelles, c’est le seul parti qui va faire naître une génération nouvelle aux municipales. C’est l’enjeu, qu’on maille le territoire et qu’on soit partout.

Kamel, du 94, nouvel adhérent du Mouvement Démocrate. Dernièrement, j’étais en réunion des militants du Val-de-Marne avec Jean-Jacques Jégou. Il y avait trop de compliments envers "Monsieur François Bayrou il est sincère", c’était de la folie, enfin bon. Monsieur Pierre Malet nous dit qu’il a été "contacté par l’UMP, par le PS", tout le monde était un peu choqué, tous les nouveaux voulaient un parti libre et indépendant ! Il ne faut pas qu’on change de cap, si on change de cap on est morts !

François Bayrou : très bien.

Kamel : quand on faisait la campagne avec Jérôme Piton, dans des quartiers à Orly, on était accueillis super-bien par les jeunes, "on le kiffe ce gars-là, il est trop bien", il y en a même qui ont pris les tracts et les ont distribués. les gens en ont marre du PS et du Parti communiste, ils veulent quelque chose de nouveau ! Pour moi, le Mouvement Démocrate il est arc-en-ciel.

Il y a une question que je me pose par rapport à la politique française, spécialement les affaires étrangères : vous êtes élu en 2012, quelle sera votre politique par rapport aux pays arabes ? à tous ces dictateurs, la Françafrique, les atteintes aux droits de l’homme ? L’image de la France, c’est la Déclaration des Droits de l’Homme, je pense que c’est très important qu’on essaye d’exporter ça de l’autre côté de la Méditerranée !

François Bayrou : Ça me touche beaucoup, ce que vous dites. L’espoir que vous avez dit, je l’ai vu dans des dizaines de milliers de regards, de gens qui venaient, et qu’il n’y avait pas d’espoir ailleurs. Pour ce qui est des dictateurs, je ne vais pas faire une longue théorie, je vais dire une chose, je n’aurais pas choisi Kadhafi comme meilleur ami.

Julien, de l’EHESS et membre de l’institut Pierre Mendès-France, pas au MoDem par hasard : un article du monde.fr courant septembre écrivait qu’on vous aurait vu dans un restaurant avec M. Baylet et un dirigeant du Nouveau Centre. Pensez-vous que le dialogue avec les Centres est encore possible et souhaitable ?

François Bayrou : Je n’ai pas lu cet article… Il faut dire que j’en lis peu… Ce n’est pas les journalistes bien informés qui écrivent ça !

Je vais vous dire deux choses.

Oui, le dialogue est possible, le rassemblement est notre vocation. Beaucoup de Français m’ont écouté parce que je disais "on peut travailler ensemble". Je reçois des gens du PS à l’UMP, d’anciens compagnons de route qui disent "au fond tu avais raison", ma main ne se ferme pas.

Mais la question n’est pas de regrouper des anciens, c’est de mettre en mouvement des nouveaux (applaudissements). Je prépare un mouvement qui accordera beaucoup d’importance au fait de ne pas céder. Je n’ai pas envie d’une démarche de restauration. On sait où on va. Je veux qu’il soit clair pour tout le mode que ce que nous préparons est une alternative. C’est un projet de société nouveau, plus exactement, dans une formulation nouvelle.


Les notes précédentes couvrent 1h53. Ma batterie a lâché après. Voir aussi ici la partie sur le travail sur le projet et via internet.

Avant cela, un compte-rendu intégral mentionnerait les propos liminaires de François Bayrou : "vous voulez que je m’installe là ? … ça va Frédéric ? … bonjour Jacques, ça va bien ?" Car vos serviteurs sont arrivés très à l’avance pour que leur micro soit au premier rang !

on lui donne, apparemment par erreur un marchepied destiné à un autre François, le patron du bar ; il s’en réjouit : "c’est très sympathique"

F. Bayrou commande un Coca light, finalement zéro "c’est encore mieux, je ne sais pas quelle est la différence". Quelqu’un : "il n’y a plus de coca".)

peut-être c’est important, Virginie, ce que je raconte

Noté 5.0/5 (09 votants)

La réponse de mousseron

Posté le 18 novembre 2007, à 15h 31mn 01s
grand merci de nous rendre compte

Immense merci pour le travail réalisé pour nous qui ne POUVONS PAS être toujours présents et participants... raisons personnelles graves, professionnelles,... ancienne UDF nouvelle MoDem j’ai foi en vous pour NOUS remettre TOUS en marche avec confiance "ENSEMBLE dans le respect de chacun nous y arriverons"

La réponse de outremer32

Posté le 18 novembre 2007, à 10h 29mn 26s
François Bayrou à l’Imprévu : le texte du débat

Bravo Frédéric pour tout ce travail, très précieux et certainement très dévoreur de temps...

La réponse de andre777

Posté le 18 novembre 2007, à 01h 50mn 21s
François Bayrou à l’Imprévu : le texte du débat

Merci, merci pour tout ce boulot tellement utile à tous

La réponse de Rayon Vert

Posté le 17 novembre 2007, à 23h 50mn 41s
Merci c’est du bonheur

Merci Frédéric pour ce boulot énorme : un vrai support que je diffuse tout de suite, vu le nombre de réponses qu’il apporte au nombre de questions que tout le monde se pose partout.

La réponse de Farid

Posté le 16 novembre 2007, à 13h 38mn 45s
François Bayrou à l’Imprévu : le texte du débat

Je suis à chaque fois scotché par cette capacité à retranscrire des débats aussi nourris que celui ci. Bravo ! La retranscription est fidèle. Elle est tellement fidèle que je regrette de n’avoir pu citer tous les autres membres du collectif "Démocrates en Mouvement" en les mettant dans un "tous les autres" souvent très frustrant et toujours injuste...

Frustrant pas uniquement pour les intéressés... puisque je me se sent toujours responsable de ces omissions pas toujours volontaires !

J’ai été dans ce cas sans doute obnubilé par ceux que j’avais immédiatement sous les yeux comme Virginie Votier et Michel Hinard mais omettant et je m’en excuse, Marie Laure Treton pourtant à l’origine de l’initiative, Michel Delorm (conseiller municipal de Clamart), Laure Le Forestier du "Cercle Méthodes" venue de Rouen, Eric Julliard représentant l’Avenir en VO, de Franz Vasseur à l’origine de la pétition pour une assemblée constituante. Comme on a coutume de dire que les paroles s’envolent et les écrits restent, je voulais faire cette précision par écrits comme cela elle sera consultable avec ton compte rendu... Houla je me rend compte que j’ai oublié Fréderic LN...

» Les paroles s’envolent...

La réponse de nausicaa

Posté le 16 novembre 2007, à 12h 21mn 18s
François Bayrou à l’Imprévu : le texte du débat

Merci infiniment pour ce compte rendu précis et très intéressant. Merci à tous ceux qui passent tant de temps à nous tenir informés.Il faut dire que l’on n’est jamais déçu quand il s’agit d’un rassemblement auprès de François Bayrou.

La réponse de Karim-Pierre Maalej

Posté le 16 novembre 2007, à 01h 58mn 36s
François Bayrou à l’Imprévu : le texte du débat

Je précise que dans mon intervention, si ma mémoire est bonne, je n’ai pas parlé que d’écologie. L’Europe notamment est un sujet que j’aimerais aussi voir remis au cœur de notre engagement, et non à la marge. (Et si jamais ma mémoire est défaillante et que je n’ai pas dit cela, alors j’amende ici même mes paroles en ce sens)

La réponse de Jérôme Charré

Posté le 15 novembre 2007, à 18h 36mn 21s
François Bayrou à l’Imprévu : le texte du débat

Merci Frédéric pour ce compte-rendu très utile pour ceux comme moi qui n’ont pu venir au CafDem.

La réponse de Hervé Torchet

Posté le 15 novembre 2007, à 17h 51mn 08s
François Bayrou à l’Imprévu : le texte du débat

Avec une telle précision de retranscription, on se croirait à l’Assemblée Nationale. Bravo et merci.

»

La réponse de buildfreedom

Posté le 15 novembre 2007, à 17h 45mn 38s
Alkaline

Si cela vous intéresse, j’ai l’intégrale en audio, format ’amr’ (environ 11,5Mo) Amicalement, buildfreedom

» Amicus Curiae

La réponse de Frédéric Lefebvre-Naré

Posté le 15 novembre 2007, à 19h 08mn 31s
G4, en fait

merci ; en fait, c’est le powerbook fatigué qui s’est déclaré fatigué. La bande son est complète.

Je vais peut-être essayer de mettre du son de cette soirée en ligne (pas encore fait sur France démocrate), si mon fichier wav est trop craignos je me retourne vers vous !

La réponse de Etoile66

Posté le 15 novembre 2007, à 21h 22mn 00s
Mille mercis Frédéric... boulot EXTRA !!!!

Voilà, c’est comme si on y était...

Le net est un instrument exceptionnel, surtout quand il est alimenté en infos de cette qualité.

Merci, merci Frédéric...

C’est AUTRE CHOSE que la sauce que nous servent les journalistes à longueur de lignes...

Du vrai boulot, crevant, mais tellement important. Car c’est de l’info non filtrée...

Vous avez dû passer un temps énorme.... Encore merci :-)))

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