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La politique à l’âge de la défiance

Lecture de "La contre-démocratie" de Pierre Rosanvallon

, 6 novembre 2007

Vu 1173 fois | 0 commentaire(s) | Noté 4.0/5 par 01 votant(s)

Dans son brillant ouvrage "La contre-démocratie ou la politique à l’âge de la défiance", Pierre Rosanvallon détaille les dernières évolutions notables dans la démocratie française. Il constate ainsi que :

- La démocratie est indissociable d’une tension et d’une contestation permanente
- La légitimité et la confiance, confondues dans le vote, sont vite séparées.

Organiser la défiance

Pour canaliser l’érosion de la confiance, il faut, analyse Pierre Rosanvallon, organiser la défiance (et non pas la méfiance). Trois voies sont alors possibles :

- La démocratie d’expression constituant un pouvoir de surveillance (qui s’exprime par une grande vigilance, par une dénonciation des risques et des dérives et par une notation c’est-à-dire une évaluation techniquement documentée des actions du pouvoir en place)
- La démocratie d’implication constituant un pouvoir d’empêchement (la faculté d’agir a comme parallèle la faculté d’empêcher)
- La démocratie d’intervention constituant un pouvoir de mise à l’épreuve du jugement (pour obtenir par le procès ce qu’on a pas pu obtenir lors d’un vote).

Ces trois voies constituent une composante essentielle du fonctionnement démocratique ne nécessitant pas un recours aux urnes. "Cette contre-démocratie n’est pas le contraire de la démocratie ; c’est plutôt la forme de démocratie qui contrarie l’autre, la démocratie des pouvoirs indirects disséminés dans le corps social, la démocratie de la défiance organisée".

Mais cette contre-démocratie n’est pas sans risque de dérives. Les principaux écueuils sont :
- L’ "impolitique", qui est une absence d’appréhension globale des problèmes liés à l’organisation du monde commun (l’opposition systématique conduit toujours à une absence de vision et la contre-démocratie ne peut fonctionner que si elle s’articule sur une vision, et donc sur un projet de société)
- Le populisme, qui prétend représenter le peuple en ressuscitant son unité sur un mode imaginaire dans une prise de distance radicale avec ce qui est censé s’y opposer (des catégories sociales choisies comme boucs-émissaires, les médias, les partis dominants….)
- Une judiciarisation excessive de la politique
- Un pouvoir d’empêchement excessif virant à l’obstruction
- Un pouvoir de surveillance excessif virant à l’immobilisme.

La contre-démocratie constitue un juste équilibre entre les fonctions de rebelle (celui qui rejette la situation actuelle et propose des transformations radicales), de résistant (celui qui agit dans le contexte d’une impossibilité d’intervenir de façon critique dans le cadre d’institution existante) et de dissident (celui qui témoigne des failles d’une entreprise à tendance totalitaire).

Pour qu’elle fonctionne de manière efficiente, la contre-démocratie doit être organisée mais non institutionnalisée, sinon elle sombrerait dans une routine ou un systématisme incompatibles avec sa finalité.

La démocratie par et dans
le Mouvement Démocrate

En résumé, les trois piliers de la démocratie sont :

- Un gouvernement électoral représentatif (au niveau d’une formation politique, ce sont les instances élues )
- Une contre-démocratie organisée (c’est le rôle des militants dans une formation politique)
- Un travail réflexif et délibératif du politique pour discerner et initier les évolutions nécessaires (c’est le rôle des commissions dans un parti politique).

Le MODEM, de par son positionnement politique original, est appelé à devenir l’articulation centrale de la contre-démocratie en France. Pour ce faire, l’organisation interne de cette formation devra s’appuyer sur les trois piliers de la démocratie précités.

Donc :

- Permettre aux militants d’organiser à leur guise l’indispensable contre-démocratie et donc leur permettre d’être à la fois rebelles, résistants et dissidents
- Avoir des instances représentatives
- Mettre sur pied des commissions d’experts
- Mettre sur pied une commission des élus
- Pratiquer la contre-proposition argumentée et pas l’opposition systématique
- Faire représenter toutes les sensibilités du mouvement dans les commissions et les instances
- Faire contrôler le bon fonctionnement de l’ensemble par une commission éthique.

Il conviendra donc de suivre de près le congrès fondateur du MODEM afin de constater si les orientations adoptées vont dans ce sens.


Publié le 2 novembre sur Café d’Issy

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