« retour à l'accueil France Démocrate, Le journal de la démocratie en mouvement
»«
»«

Contribuer au site Syndiquer le site Impression Contact Plan du site

Potter des Hommes

, 26 octobre 2007

Vu 1817 fois | 0 commentaire(s) | Noté 3.9/5 par 024 votant(s)

D’abord, il y a le choix de la une : quand tous ouvrent sur la rue de Grenelle engazonnée et le petit Nicolas en géant vert, magic Libération (26 octobre) titre sur Harry Potter. Ensuite, il y a l’angle : "Harry Potter est-il de gauche ?"

Libé aurait pu se pencher sur l’orientation sexuelle d’Aldus Dumbledore, la position d’Henri Guaino sur la lecture de la lettre d’Hermione aux collégiens de Poudlard ou la filiation de BHL avec la race des "sangs purs".

Non. La question n’est pas « Potter est-il royaliste ? » mais bien « Harry est-il ségoléniste ? »

La double page consacrée à la lecture de la saga de J.K. Rowling par le linguiste et philosophe Jean-Claude Milner est tout à fait roborative. Où l’on apprend que Mme Rowling « considère, comme beaucoup d’Anglais cultivés, qu’il y a eu une vraie révolution thatchérienne, catastrophique, et que la seule possibilité désormais pour la culture est de survivre comme science occulte. » Soit à dire : « à côté de la mondialisation il y a autre chose, la culture n’est pas impuissante. »

Où se lit dans la légende pottérienne « cette alliance de l’aristocratie et du peuple contre la toute puissance de la middle class [qui] s’inscrit dans une longue tradition anglaise » (voir Byron, Shelley, Marx, Virginia Woolf…). Les 4000 pages de HP sont « une machine de guerre contre les interprétations marchandes du système démocratique ». Et JK dépeint « la seule inégalité contre laquelle il n’y a rien à faire : l’inégalité en noblesse d’âme, en générosité. Harry en est doté, pas Malefoy. »

Bayrou le "moldu" sera sans doute heureux d’apprendre de la bouche du Dr Milner que pour l’auteur d’Harry Potter « les vrais magiciens, ce ne sont pas les spin doctors de Tony Blair, mais ceux qui savent le grec et le latin. »

Mais c’est justement là que le Libé blesse. Car le propos de Jean-Claude Milner est beaucoup plus subtil que ne le laissent supposer les titres choisis (après le point d’interrogation en une, l’entretien est titré "Pourquoi Harry Potter est de gauche"). Il ne dit pas exactement cela.

Il affirme en préambule que « Harry Potter est profondément politique et qu’il parle de l’Angleterre d’aujourd’hui. » Il dit comment s’y exprime que « tout ce qui pourrait représenter un rapport à la culture est une entrave dans la course au profit. » Et J.K. Rowling est à ses yeux « une vraie libertaire animée d’une volonté de préservation. »

Le week-end dernier, aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois, Jacques Julliard disait ce qu’il y a de "gauche" et de "droite" en chacun de nous. Se faisant à lui-même un test de génétique bilatérale, il s’analysait ainsi : « social-démocrate à 51%, libertaire à 24% et réactionnaire pour le reste ; jamais conservateur. » Il n’en défendait pas moins la pertinence du clivage droite-gauche, enraciné dans des postures et des valeurs, nécessaire au bon fonctionnement démocratique. Sa définition de l’être de gauche : « la tentative d’unifier la science et la justice ».

Les archéo et les néo-marxistes, les socio-démocrates honteux, les autogestionnaires dépassés, les bobos blairistes, les post-fabiusiens ou les altermondialistes répondent-ils à cette définition ? Science et justice progressant de concert appartiennent-elles pour toute éternité aux cartels des gauches dirigés par Guy Mollet ou François Hollande ?

Pour en revenir à Potter, noblesse d’âme et refus de la marchandisation générale sont-ils des marques déposées ? Mme Royal est-elle la plus qualifiée pour incarner le refus des valeurs à crédit et de la sous-culture de la world middle class ?

That is the question, dear Harry.


Noté 3.9/5 (024 votants)

À la Une

Brèves - Voir toutes les brèves S'abonner aux brèves

Le dessin du jour