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François Bayrou : "Faire naître une société de confiance"

Discours au Conseil Politique

, 16 octobre 2007

Vu 2797 fois | 2 commentaire(s) | Noté 5.0/5 par 03 votant(s)

Faire passer la France d’une "société du soupçon" à la société de confiance, faire accéder les citoyens à la décision, construire une Union européenne capable "d’élaborer une volonté politique" : "c’est cette démocratie politique et sociale qui fera changer la France, qui construira le nouvel horizon européen". C’est le cap que fixe François Bayrou à la "force politique nouvelle" qu’il vient de lancer, réunissant centre droit démocrate-chrétien et centre-gauche laïc, en janvier 1996 : Force démocrate.

"… Toutes les questions qui ont été évoquées ce matin … se ramènent à la même … interrogation : où va la France ? Quels moyens avons-nous, nous les militants engagés, nous les responsables politiques …, de lui proposer un mouvement ? … Y a-t-il une méthode pour changer les choses ? …

Oui, on peut, par une force politique nouvelle, faire changer la société française. …

Je ne partage pas l’idée … selon laquelle … il y aurait une élite assurée d’elle-même et un peuple qui aurait peur. … L’élite, ou qui se présente comme telle, a des peurs qui sont au moins aussi fortes que les peurs que l’on prête au peuple. … Le monopole de certains corps, de certains diplômes sur les postes de responsabilité dans l’administration, dans le monde politique, dans les entreprises, qu’est-ce que c’est d’autre que de la peur ? Le blocage sur ses acquis, on le reproche aux salariés ou aux fonctionnaires, mais regardez au sommet. Il y a une espèce de corporatisme des élites qui n’est pas inférieur au corporatisme du peuple et qui est … explicable par les mêmes raisons dans une société en mutation profonde, qui ne sait plus d’où elle vient et qui ne sait pas où elle va. …

Si j’avais à résumer d’une phrase ce qu’est notre mission dans la société française, c’est celle de faire naître une société de confiance, de passer de la société du soupçon … à la société de confiance. … C’est indispensable pour la société française et pour qu’elle accepte son changement. …

La société de confiance, cela consiste à … inventer des mécanismes pour que l’on puisse changer sans … crises.

Les Français ne laisseront pas leur destin confisqué par des gouvernants, même s’ils les ont élus

Pourquoi ces crises sont-elles [actuellement] nécessaires [pour faire réagir les politiques], et vont-elles se reproduire si nous n’y prenons garde, jusqu’à menacer le tissu social de la France ? …

Parce que les dirigeants de toute nature … n’ont pas pris en compte la révolution du savoir. Nous sommes sortis d’un temps dans lequel le savoir était synonyme de pouvoir. Le savoir était rare, et donc le pouvoir était concentré. Et quand je dis savoir, je dis à la fois l’information, qui est désormais partout, et puis la formation, qui est largement répandue.

L’idée qui a soutenu beaucoup de campagnes électorales, selon laquelle on allait changer la France par la concentration des pouvoirs entre les mêmes mains, cette idée est … fausse, parce que les Français … ne laisseront pas leur destin confisqué par des gouvernants, même s’ils les ont élus. C’est donc la pratique politique qui doit … changer. Ce n’est plus le pouvoir seul qui est capable de changer la société. …

La société de l’information surabondante, c’est aussi la société de l’oubli immédiat. On apprend tellement de choses par l’écran de télévision, qu’on oublie immédiatement ce qui faisait l’actualité et les gros titres de la veille. … Sur les problèmes de la Sécurité Sociale, … il y a eu concertation, … tous les acteurs [ont été] longuement entendus, … et vous avez pourtant l’impression que rien n’a été discuté, que c’est tombé dessus comme ça. …

Cela nous impose de changer de méthode. …

On a eu l’étape des pouvoirs centralisés … Vous aviez un mandat, … un blanc-seing pour une période donnée pour changer les choses, conduire la société, voter des lois, prendre des décrets, et c’est, au fond, l’attente que le peuple a eue pendant longtemps, que l’on s’occupe des choses à sa place. …

Puis il y a eu … l’étape … de la concertation … : on va discuter avant de décider. On va entendre des gens. …

Je suis persuadé qu’il faut aller plus loin, … réfléchir à cette méthode sociale que le Général de Gaulle avait appelée la participation. … C’est une idée visionnaire … Elle n’a pas été comprise en 1969. …

Les citoyens … accèdent au [rang] de partie prenante à la décision, comme s’ils étaient parmi nos conseillers, comme s’ils étaient assis à cette table mystérieuse où l’on discute des projets de réforme. …

Naturellement, c’est plus long. … Pour conduire [le] changement de la société française, le temps médiatique va trop vite. … Il y a un temps démocratique qui est plus [lent] que la trépidation de votre métier [les journalistes]. Vaclav Havel … disait : "Il y a des hommes politiques, il y a des journalistes qui sont comme des enfants qui pour faire pousser les arbres plus vite, leur tirent sur les feuilles". Eh bien, … en démocratie, ça ne sert à rien de tirer sur les feuilles des arbres, sauf à les arracher …

Cela nous impose … de reposer … les problèmes de définition de la société dans laquelle nous voulons vivre. Cela signifie que … le marché ne peut pas tout. … Si nous n’avons que la dictature de l’audimat …, alors c’est la loi du scoop, alors c’est une nouvelle nouvelle tous les jours … Ceci est une dictature à laquelle, ou bien l’on se soumettra, … ou bien … apparaîtra un nouveau besoin d’engagement, … un rôle nouveau pour le citoyen …

Avenir européen, volonté politique européenne

Deuxième étape de la société de confiance : l’horizon que nous nous proposons comme nation. … Les oui contre les non, la moitié contre la moitié, déchirement … porteur de fractures très profondes … : cette interrogation européenne nous avait séparés. … Première question … : y a-t-il un avenir pour la France en-dehors de l’Europe ? … Est-ce que nous ne devons pas, comme nation, regarder l’union de l’Europe comme notre seul avenir ? … Deuxième question : est-ce que l’Union européenne c’est … un puzzle de pays, ou bien … la capacité d’élaborer une volonté politique ? Et troisième question, est-ce que la monnaie unique a quelque chose à faire là-dedans, ou bien [est-ce qu’elle constitue des] contraintes, des problèmes supplémentaires … ?

Il y a des décennies que nous affirmons que ces trois questions doivent recevoir une réponse positive. …

Que chacun des militants se sente représenté

La troisième question de la journée : celle de l’organisation des forces politiques qui vont porter cette nouvelle pratique sociale et … cette nouvelle ambition européenne. …

Nous avons couru le risque de la division entre ceux qui forment l’UDF, et de la division entre le sommet de l’UDF et la base. … La [première] question qui est posée, c’est que chacune des familles, j’allais dire chacun des militants qui forment l’UDF se sente représenté dans sa direction.

Deuxième question qui est fondamentale, qu’est-ce que l’UDF a à dire ? Quel est son visage dans la politique française ? Quel est son message ? …

La nécessité de mettre de la volonté politique là où il n’y a que la fatalité du marché, … de créer une société de confiance et de solidarité. … Non que nous devions considérer le libéralisme comme quelque chose à rejeter, … Mais si le marché pose de bonnes questions, c’est nous, je veux dire les démocrates, qui devrons apporter les réponses et pas le contraire. … La nécessité que Jean Arthuis a signalée, d’organisations internationales puissantes pour essayer de réguler, je vais aller plus loin, pour essayer de corriger le marché, c’est l’explication de notre engagement en politique. Pourquoi serions-nous là, si c’était pour laisser faire et pour laisser aller ? …

Nous voulons former une force politique nouvelle. Nous voulons que cette force politique au lieu d’être dirigée du sommet contre la base, accepte d’associer la base à sa réflexion et à sa décision, … que la vérité ne tombe pas toujours d’en haut, décidée par le sommet au nom d’une science qui serait une espèce de monopole, qu’elle soit le bien commun.

… C’est cette démocratie politique et sociale qui fera changer la France, qui construira le nouvel horizon européen … ."


Source : "Force Démocrate : Conseil politique du samedi 27 janvier 1996. Discours de François BAYROU, président de Force Démocrate." Les passages en gras sont d’origine. Les intertitres sont ajoutés. Ces extraits ne sont pas représentatifs de l’ensemble du discours (12 pages). Les coupes sont signalées par "…" . La ponctuation est modifiée, ainsi que par endroits l’ordre des passages, en préservant le sens.

Noté 5.0/5 (03 votants)

La réponse de Etoile66

Posté le 22 octobre 2007, à 19h 37mn 46s
A rapprocher du livre de Pierre Cahuc et Yann Algan : "La société de défiance"

A rapprocher du livre : "La société de défiance" de l’économiste Pierre Cahuc et de Yann Algan Voir l’article : http://www.francedemocrate.info/spip.php ?article187

La réponse de Dianae

Posté le 21 octobre 2007, à 21h 04mn 44s
François Bayrou : "Faire naître une société de confiance"

Je suis épatée car je n’avais pas vu que l’année de ces références était 1996 ! Or ce texte est vraiment d’actualité ! Cet homme est vraiment une chance pour la France !

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