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Le MoDem : un retour aux sources

Contribution au Forum des démocrates de Seignosse

vendredi 31 août 2007, par Jean-Michel Cadiot

Le MoDem s’inscrit dans un courant de pensée majeur de notre démocratie. À la Libération, c’était le Mouvement républicain populaire, qui préconisait "la révolution par la loi". Il y a un siècle, c’était le "Plus grand Sillon", engagé pour la justice sociale et l’éducation populaire.

L’extraordinaire élan de la campagne présidentielle a amené à une nouvelle vision de la politique des millions de personnes : il va aujourd’hui, avec la création du MoDem, se matérialiser.

Aucun mouvement n’avait réussi à susciter un pareil engouement en quelques mois.

Si, peut-être le MRP en 1944. Il avait été, avec 28% des voix en 1946, la première force du pays. Quoi de plus actuel, de plus vital que cette vision exprimée par le MRP à ses débuts : "La propagande et l’action politique de certains partis de droite et de gauche font appel aux intérêts particuliers. La propagande et l’action politique du MRP font appel à l’esprit de justice et au sens de l’intérêt général (…). Le respect de la personne humaine interdit de mentir aux citoyens (…). La vérité, en démocratie, rappelle à tout instant à chacun et à tous la nécessité de l’effort personnel et de la fraternité. (...) Il n’y a pas de liberté sans responsabilité : on perd la liberté si l’on fuit la responsabilité et la démocratie avorte en dictature".

Oui, le MoDem doit être le parti de la liberté et de la responsabilité.

"Le plus grand Sillon"

Je voudrais montrer à quel point la démarche du MoDem, et la garantie de sa réussite s’inscrivent dans la tradition de ce qui est appelé le "centre".

Si notre courant de pensée fut, au départ, surtout le fait de chrétiens rompant avec une Eglise alliée à la monarchie et sans préoccupation de justice sociale, ceux qui exprimaient leur idéal démocratique lors de la révolution de 1848, il fut très tôt laïc, et épousa totalement ce qui fait la véritable identité de la France : liberté, égalité, fraternité.

C’est à mon sens dans ce que Marc Sangnier [lien wikipedia] fonda il y a tout juste un siècle, en 1906-1907, "Le plus grand Sillon", qui s’ouvrait aux non-chrétiens, que nous avons nos racines les plus solides. La politique était indissociablement liée à l’éducation populaire.

En 1912, Marc Sangnier fonde la Jeune République, un parti classé à gauche qui, déjà, voulait la démocratie dans l’entreprise, une juste répartition des richesses, le droit de vote des femmes, la proportionnelle aux élections, la décolonisation, et le rejet de tout racisme …

Je n’oublie pas que nous avons d’autres racines, en particulier dans le radicalisme.

Du Sillon à la Résistance

Cette dernière année, j’ai fait un petit tour de France pour évoquer un ouvrage [lien] consacré à ce courant de pensée et essentiellement à deux hommes. Marc Sangnier, qui fonda donc le Sillon, puis la Jeune République, qui fut le président d’honneur du MRP après avoir, pendant la guerre donné son imprimerie à la Résistance. Et Francisque Gay [lien wikipedia], qui fonda et dirigea L’aube, pratiquement le seul journal anti-munichois, vice-président du Conseil en 1945 et 1946. Un des principaux journalistes de L’aube avait été Georges Bidault [lien wikipedia], qui fut unanimement désigné président du Conseil national de la résistance à la mort, en juillet 1943 de Jean Moulin.

Près du tiers des membres du CNR avaient été en lien avec Marc Sangnier, qui avait le mieux pressenti et dénoncé les dangers du nazisme et du fascisme pendant les années 30, tout en maintenant le plus possible l’amitié avec le peuple allemand. Et parmi les 80 qui votèrent contre Pétain le 10 juillet 1940, il y avait tous les députés Jeune République.

Marc Sangnier a prouvé que le nationalisme était le pire ennemi du patriotisme.

Pas d’allégeance à la droite

En rompant l’alliance fixe avec l’UMP, nous retrouvons notre chemin.

Le MoDem, ce n’est ni la gauche, ni la droite. C’est un rassemblement qui met la dignité de l’homme, la justice sociale, le progrès et la paix au coeur de toute action politique.

Le projet d’indépendance qui est le nôtre, cette façon d’occuper le centre, d’être "centraux", c’est-à-dire la résultante des forces de progrès et de bonne volonté, c’est celui du MRP.

C’est le MRP qui a voulu l’indépendance de la presse, qui a émis les ordonnances de 1944 interdisant cette soumission de la presse à l’argent. Quel recul terrible que les concentrations de ces dernières décennies, qui portent atteinte à la liberté de conscience des citoyens. J’ai infiniment apprécié que François Bayrou se soit levé contre les liens entre les médias et les groupes financiers, surtout si les entreprises concernées ont des commandes de l’Etat.

Alors, puisque la démarche du MoDem c’est une rénovation, mais aussi un retour aux sources, je voudrais énumérer certaines réalisations dues largement, parfois uniquement à notre courant de pensée, qui a toujours milité pour le salariat et les droits syndicaux : le contrat de travail, l’interdiction du travail des enfants, du travail dominical, le congé de maternité, les allocations familiales, les centres d’apprentissage.

C’est sous la présidence de Georges Bidault qu’a été adopté le programme du CNR, en mars 1944, qui a façonné le modèle social français : la sécurité sociale, les services publics, les comités d’entreprise. Ces mesures ont été adoptées surtout sous la présidence du général de Gaulle qui, à travers des hommes comme Edmond Michelet ou Maurice Schumann, a toujours eu un attachement particulier avec notre courant de pensée.

En cette période de confusion, de renaissance, il est temps de rassembler les filles et les fils spirituels de Marc Sangnier, éparpillés dans tout l’échiquier politique.

Le monde actuel est très instable.

Notre mouvement lutte pour des solutions politiques, pour la non-prolifération nucléaire, dans le cadre de la loi internationale, et pour une mondialisation équilibrée. A ces combats s’ajoute celui pour l’écologie et contre le réchauffement de la planète.

Au-delà de la politique, Marc Sangnier et ses amis ont donné tant de leur coeur et de leurs idées pour faire avancer la fraternité universelle : pensez à la Coupe du monde de football, l’événement le plus populaire et médiatisé au monde, fondée par Jules Rimet [lien wikipedia], pensez aux Auberges de la Jeunesse, aux Maisons pour tous.

L’homme le plus aimé des français, l’abbé Pierre, fondateur d’Emmaüs et combattant du droit au logement pour tous, avait été député MRP. C’est l’appel de l’abbé Pierre, en 1954, qui a contraint le gouvernement à confier à la Caisse des dépôts la mission de construire des logements.

Le MRP hier, le MoDem aujourd’hui, ce sont des femmes, des hommes, des mouvements de progrès social, appelant à l’éducation, la formation, la solidarité, non à l’assistanat. Nous pouvons en être fiers.

Que faire ? Recommencer la lutte

Je terminerai par ces propos de Marc Sangnier, qui venait, en 1910 de se lancer dans l’action politique et avait échoué à une élection : "Que faire ? Tout simplement recommencer la lutte, mais avec des formations de combat appropriées à la situation présente. (…) Recrutons de nouvelles troupes. (....) Nos adversaires entendent nous séparer du reste du pays. Ils veulent faire de nous une coterie fermée, une véritable secte. Ceux de droite comme ceux de gauche s’entendent à nous murer dans une sorte de chambre sépulcrale. Nous ne pouvons nous laisser faire ainsi".